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Cadavre exquis 2

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Dominique Giudicelli
Admin

Messages : 397
Date d'inscription : 28/02/2014
21102014

Cadavre exquis 2

Message par Dominique Giudicelli




A la demande générale et pressante, voici un 2e cadavre exquis !

Avant de commencer, je vous rappelle la règle du jeu :

-Pour participer, il faut s'inscrire sur le forum (si ce n'est déjà fait) et se signaler par un message à mon adresse
-J'attribue à chaque participant un n° d'ordre de passage
-Chacun dispose de 2 jours pour publier son texte. Le 3e jour, texte ou pas texte, on passe au suivant, et quand tout le monde est passé, on fait un 2 tour si on est en jambe.

Le but du jeu est d'écrire une histoire ensemble, de faire oeuvre commune. Il est donc indispensable de tenir compte de l'existant pour écrire, sans renoncer pour autant à son style ou à son univers, mais sans chercher à tirer l'histoire à soi. Ce sont les personnages qui doivent guider et faire avancer le récit.

Le cadavre exquis était un jeu des Surréalistes, on n'est donc pas tenu d'être réalistes ; mais un minimum de cohérence ne nuira pas à l'intérêt de l'ensemble.

Évidemment, plus on est de fous, et plus le cadavre est exquis...

J'attends vos inscriptions ! Je posterai le premier texte, vendredi.

1-DG
2-Hubert et Dino
3-EV
4-Sylvie Viallefond
5-Federi Bernardini
6-Barbara Morandini
7-Joseph Antonetti
8-Karlheinz
9-Liveriu
10-JP Lovichi
11-
12-


Dernière édition par Dominique Giudicelli le Mar 28 Oct - 17:30, édité 9 fois
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Message le Ven 24 Oct - 16:11 par Dominique Giudicelli

Sous un arbre aux branches tombantes, un enfant silencieux, son bébé frère sur le dos, attend que leur mère ramène les lambeaux comestibles qu’elle est allée arracher aux ruines de la ville. La forêt, temple des terreurs premières — monstres aux mâchoires claquantes, gouffre béant, fauve hurlant sous la lune — est leur refuge, à la lisière de la cité dévastée. Les hommes affluent à l'orée des bois, hagards.
L’enfant regarde se hâter un couple de vieillards chancelants sur leurs jambes aux cartilages desséchés. Les vieux passent sans un regard pour les orphelins. Ils fuient. Dans la forêt bruissante de cris invisibles, ils fuient le fer rougi des machettes et l’odeur de sang rouillé.


Dernière édition par Dominique Giudicelli le Ven 24 Oct - 19:10, édité 1 fois

Message le Sam 25 Oct - 9:55 par Hubert Canonici

Sous une nappe de brume rouillée et frelatée, la mère ramasse des yeux de poissons collés sur un panneau plié " VOIE SANS ISSUE", les hurlements et la fureur métallique se font sporadiques et plus lointains.
Sous l'arbre, une grosse mouche virevolte au nez du bébé, son frère le cale contre le tronc puis tranche l'insecte avec un fil d'acier. Il embrasse la joue rouge du poupon qui décoche un sourire furtif et reprend sa moue inquiète.
C'est l'heure du convoi plombé; trois fois par semaine, un wagon transporte aliments et drogue de synthèse jusqu'au secteur 3.
Il part du centre de la ville, traverse la forêt et arrive au-delà, chez les irradiés.
C'est une entente tacite, les contaminés restent sur leur site lunaire s'ils ont l'essentiel - la nourriture - la puissante drogue pour ne plus savoir qui ils sont.
Au cœur de la ville c'est la période romaine, abondance de nourriture raffinée, d'orgies, dolce vita...
Secteur 3, un irradié fait tourner ses deux têtes qui se roulent une pelle bruyante...
La mère retrouve ses enfants, ils pénètrent dans la forêt, le bébé sourit, cette forêt, c' est la sienne...

Message le Sam 25 Oct - 19:04 par EV

Oui, c’est chez lui. C’est son endroit, son paradis, sa terre et sa prison. Son ciel familier, d’où se sont un jour éteints les astres et les nuages. Ici, il sait l’odeur des cèdres décatis par le manque d’amour, des champignons repus d’obscurité, des troncs humides qui font penser à l’automne et des tapis de cyclamens inodores au rose profond et velouté. Et puis, il sait l’aube, qui se heurte péniblement sur les cimes aux branchages feuillus, sans parvenir à profaner ce lieu que la lumière n’atteint jamais.

Ici, c’est la forêt de Minnesfel. Aux confins du Néant.

Tobias porte toujours Magnus sur son dos. Alors qu’ils continuent de s’enfoncer dans les bois, Hilda se contraint à trouver refuge dans la constance rassurante des actions quotidiennes. Celles qui animaient autrefois son ordinaire. Elle est terrorisée, angoissée, atterrée, hallucinée, pétrifiée. Inquiète. Pourtant, aucun remous de son agitation intérieure ne transparait en surface. Elle se doit d’être une Mère. D’être Mère, malgré les hurlements sinistres, tout près, qui percent jusqu’à ses entrailles et en étouffent l’espoir. Parfois seulement, elle parvient presque à oublier.

Hélas, c’est le moment de traverser. Encore. De traverser les eaux violentes, incarnates et glacées du Maurorosso.

Message le Sam 25 Oct - 21:19 par Sylvie Viallefond

Chaque semaine elle doit, avec ses fils, traverser le fleuve et émarger au secteur 2, pour le contrôle judiciaire. Pour ce millier de réfugiés la fuite est impossible et elle est illégale.
Chaque semaine la noyade à tout instant possible, le contact des pierres gluantes sous les pieds nus, le corps cinglé par l'eau glacée, l'enfant moins fort que le courant qui danse autour de lui, le nourrisson porté à bouts de bras prêt à rouler au moindre déséquilibre.
Ensuite le parcours balisé dans une langue inconnue, le registre et le colis de survie. Du blé pour l'enfant garçon, du lait pour le bébé. Elle n'en n'a plus. Jamais son corps ne produira plus de lait, ni d'enfants, ni un chant, un soupir. Sa peur pour leur vie, soudaine et adaptée, et la dissimulation de cette peur l'ont rendue lithique. De son corps pierre ne sort plus que de l'énergie, brute.


Dernière édition par Sylvie Viallefond le Lun 27 Oct - 15:39, édité 1 fois

Message le Dim 26 Oct - 19:44 par Bernardini Federi

Salva est dans le wagon 17A, A pour alimentaire, il se prépare mentalement, il regarde les grands arbres aux troncs humides défiler dans le cadre étroit de la fenêtre du wagon. Distribuer la nourriture à tous ces gens lui fait encore mal. Mal, malgré l'entraînement psychologique reçu, malgré le fait qu'il ne voudrait pas se retrouver ici, en secteur 2. Lui a eu la chance d'être choisi par le gouvernement de la cité pour assurer toutes les taches au sein de celle-ci. Et il a choisi le convoi alimentaire, au sein de la sinistre forêt de Minnesfel. Il pense qu'aider les personnes restées ici peut soulager son mal. Il se souvient aussi du regard de cette femme avec ces deux garçons. La souffrance pointait derrière ses yeux et son visage fermé ne laissait rien passer. Il veut la revoir, savoir si elle est toujours en vie. Le secteur 2 est plus dangereux que la zone contaminée. Soudain le train freine brusquement et stoppe. Salva s'inquiéte, ils ne sont pas encore arrivés au lieu de distribution au-delà du fleuve.

Message le Mer 29 Oct - 8:54 par Barbara Morandini

Un brouhaha inquiet émane du train. Comme Salva, les autres fonctionnaires savent que cet arrêt brutal ne laisse rien envisager de bon.
La docilité du soumis a ses limites et, au bout d'un quart d'heure de prostration et n'arrivant pas à distinguer quoi que ce soit de sa fenêtre, il se décide, timidement, à passer la tête dans le couloir.
C'est non sans fierté qu'il constate avoir été le premier à avoir osé faire ce geste, mais son autosatisfaction ne dure qu'un court instant. Déjà le bruit de pas déterminés s'approchant le fige dans cette position ridicule de braque à l'affût.
Il a honte et peur mais il est comme paralysé. Il ne bouge pas et attend...
Par chance, c'est Angus qu'il voit s'approcher.
Angus n'est pas un ami, mais il n'est pas nuisible. C'est un petit chef sans prétention, ce qui fait de lui, paradoxalement, un être exceptionnel.

"Angus, dis-moi que c'est un arbre mort qui encombre les rails, ou simplement un énième suicidaire..."

"Non, c'est bien ce que nous redoutions, c'est encore un coup de cette vermine révolutionnaire ; mais tout est sous contrôle désormais, rentre dans ta cabine, le train va redémarrer".


Dernière édition par Barbara Morandini le Lun 3 Nov - 21:34, édité 1 fois

Message le Mer 29 Oct - 23:41 par Joseph Antonetti

Salva aspetta, fidighjendu a furesta chì ùn finisce più. In mente , li venenu 'sse parulle " stirpà a rimigna... fà pulizia... sbaraccacci di i tupacci...".

Un venenu da i rivuluziunarii , 'sse parulle, ma da a ghjente in piazza di a villa, quelli di l'alta nubiltà, quelli chì vulerebbenu rasà a furesta da ingrandà i so prufitti.

Ié Salva , sapia chì a furesta è a so ghjente eranu un trampanu per i citatini, ch'elli ùn sterianu tantu à dichjaralli una guerra viziosa, chì nun diceria u so nome, ma una guerra senza pietà , senza cunvenzione di Genève, senza Croce Rossa, una guerra di quelle cum'è tandu , senza prigiuneri , senza altra esciuta chè a vittoria o a morte.


Una fucilata intrunò a borga, mughji stridenti li pichjonu in l'arechje.

O Angus, chì si passa?
Quellu ùn rispundì. Era biancu cum'è una panizza.

Trè omi eranu entrati in u trenu. Un purtavanu a tenuta di i revuluziunarii. Purtavanu panni ch'elli ùn avianu mai vistu in furesta.

Avà falate tutti di u trenu è seguitateci.

Message le Jeu 30 Oct - 15:26 par Karlheinz L.K.

Salva obéit. Obéir. C'est si simple. Tout va bien se passer, il suffit de courber le tête et de se laisser guider. Comme avant. Comme d'habitude. Il descendit du train. La crosse du fusil, le craquement de sa mâchoire, le sang dans sa bouche, les tâches noires devant les yeux, puis la boue dans les naseaux. La mort. Le second coup aux testicules le ranima, il cracha sang et terre, ouvrit les yeux, se tordit de douleur. La vie. Devant lui, plantés, deux enfants et une femme.

Jozef Kabrety essuya la crosse de son fusil sur l'uniforme de Salva, et lui cracha au visage le glaire le plus visqueux qu'il put racler au fond de son gosier. Hilda, prend ce fils de pute, il est pour toi. Elle s'avança vers la larve gluante qui se tordait dans la boue, sortie une lame de son corsage et lui tendit l'autre main. "Dans ma main droite, lui dit-elle, tu as l'assurance d'une mort rapide et douce, dans ma main gauche celle d'une vie incertaine faite de souffrance ; à toi de choisir."

Message le Jeu 30 Oct - 17:46 par liveriu

Un hurlement sauvage ébranla tous les acteurs de cette scène normale, en ces temps de révolte, de soumission et de catastrophe ; le cri sortait de la bouche des enfants qui tendaient le doigt nerveusement par-dessus l’épave humaine se tordant dans la boue, par-dessus le train qui avançait sur son erre comme un navire perdu au cœur de l’horreur, par-dessus la cime des arbres qui se balançaient doucement dans la brume jaunie des fumeroles de la centrale éventrée ; et il est sûr que le spectacle était pour le moins étonnant. Au milieu de cette horreur, de cette souffrance, de la puanteur qui accompagne toujours les moments intenses de la vie humaine, une lueur orange grandissait en silence au-delà de tous les personnages ; cette lueur n’était pas lumière, cette lueur n’était pas soleil, c’était comme une flamme d’une lampe à souder, mais il lui manquait le bleu de la sortie du tube, c’était comme une flamme d’incendie, mais rien ne sentait le brûlé, rien ne vrombissait ni ne roulait en volutes écarlates et noirs à la fois. Non, c’était une lumière vive, mais tranquille, aveuglante, mais douce à la fois, et elle recouvrait comme par un geste maternel la totalité des êtres éberlués qui se retrouvaient ravis, enchantés, et terrorisés tout à la fois par cette douce invasion ; Seul  Salva savait, mais il ne pouvait rien dire tellement la douleur lui tenaillait les entrailles et que son cerveau était dans l’incapacité profonde de réagir,  oui, seul Salva savait de quoi il s’agissait. Et si tous s’étaient approchés de lui, au lieu de rester béats et figés devant cette irruption incongrue de la  beauté, ils l’auraient entendu marmonner : H1N1 ! H1N1 ! H1N1 !

Message le Lun 3 Nov - 21:31 par Dominique Giudicelli

Texte de JP Lovichi :


Ainsi donc tout était vrai de ce que taisait la propagande officielle et que seuls quelques initiés, appelés terroristes, tentaient de faire circuler par le biais de réseaux anciens, enfouis, appelés autrefois sociaux, avant de devenir seulement commerciaux puis de disparaître avec l’effondrement de la grande bulle et la grande explosion laquelle avait emporté tout ce qu’ils avaient appelé progrès, qu’ils soient techniques ou médicaux. Il y avait déjà longtemps que l’homme avait renoncé aux progrès dits sociaux.

Les voilà donc revenu à l’essentiel : la survie. Mais dans la survie aussi l’égalité n’est pas de mise. Rapidement le pouvoir avait repris pied - force reste à la loi du plus fort – et aussi le contrôle par les moyens les plus primitifs dont il disposait encore et notamment la peur, la misère et la compétition.

Contre ce nouvel ordre, rares étaient ceux capables de se dresser. Sans doute s’agissait-il des plus cultivés de l’ancien monde, de scientifiques, de quelques intellectuels et de ce que, déjà, on appelait pirates. Non pas qu’ils soient plus courageux que les autres. Mais eux n’avaient pas tout perdu. Ils avaient eu les moyens d’anticiper la chute et le cataclysme. Ils avaient pu se protéger un peu, se regrouper pour préparer l’Après. Et dans certains milieux, il se disait qu’ils avaient retrouvé bien des secrets de l’ancien monde. Non, tout n’était donc pas sous contrôle. Le pouvoir n’était pas où les gens le pensaient.

Salva lui le savait. En fait, il avait eu accès à quelques bribes d’informations et s’il n’avait pas été certain d’être épié par son supérieur hiérarchique et le concierge qui logeait dans son immeuble délabré, s’il avait eu un peu plus de courage pour quitter le peu que le lui octroyait le régime, il aurait tenté de rentrer en contact avec eux bien avant. Peut-être était-ce l’occasion qui se présentait enfin dans ce chaos magnifique ?

Message le Mar 4 Nov - 10:56 par Dominique Giudicelli

Une condition sine qua non à ce projet : choisir la main gauche, et prier pour que la vie incertaine et douloureuse que lui promettait Hilda ne soit pas, en plus, post mortem et éternelle. Il souffrait moins de sa mâchoire défoncée que de reconnaitre dans son exécutrice la femme qui hantait ses pensées depuis quelques semaines. Mais pourquoi agirait-elle autrement ? Pour elle, il n'était qu'un garde-chiourme, un fonctionnaire au service d'un système qui faisait d'elle et de ses enfants des zombies, des morts-vivants. Il fallait qu'il lui fasse comprendre qu'il n'était pas leur ennemi. Les enfants le regardaient avec tellement de froid désespoir...  Salva tendit péniblement la main vers la main ouverte au-dessus de lui et dans laquelle il voulait voir une bénédiction, tout en s'efforçant d'articuler distinctement "H1N1, H1N1". La main descendit jusqu'à lui et avec une force insoupçonnable le saisit par les cheveux et le hissa sur les genoux.
"Qu'est-ce que tu dis ?
- La lumière... Attention..."
Josef Kabrety s'interposa et le saisit par le col pour le mettre debout :
"-Quoi la lumière ?" Il y avait une pointe d'anxiété dans sa voix. Lui et sa harde affrontaient chaque jour la faim, la peur, la trahison, la haine, la dissimulation armées -- tout comme ils l'étaient--  de frondes, de lames rouillées ou de filins métalliques. Mais contre une lumière orange, qu'allaient-ils pouvoir faire ?
"-Quoi la lumière, qu'est-ce que tu sais ? Parle, nom de Dieu !
-Virus H1N1... Pas respirer. Emmenez-moi..."

Kabrety le laissa retomber et siffla le repli. La troupe se forma et disparut au pas de course sous les arbres.

Salva, à terre, roula sur le dos, regarda la lumière orange passer lentement au-dessus de lui, et inspira profondément.


Dernière édition par Dominique Giudicelli le Mer 5 Nov - 0:09, édité 1 fois

Message le Mar 4 Nov - 19:35 par Hubert Canonici

Dans leur prison dorée, sous terre,  ils jacassent, ils contrôlent tout, à leur manière.
Berkov est à saturation, comme les autres il fait sa connexion mensuelle à sa colonne minérale.
Ils en ressortent nourris, euphoriques, tout ne devrait être que plénitude, pourtant...
Berkov admire Kabrety et Hilda, ils sont pour lui les symboles d'un envisageable renouveau libérateur ; il relance ses semblables sur l'horrible manipulation qu'ils exercent sur les hommes à la surface - puis argumente sur leurs androïdes - certes il se croient humains, mais leurs logiciels  sont  très limités, à l'image de Salva qui ne fait rien évoluer - il insiste sur le fait que les humains de la forêt sont dignes, méritent le respect, sont les seuls à être immunisés naturellement contre le bacille C11 - les tourmenter avec ce soi-disant H1N1 est ridicule...

-Nous sommes cloîtrés ici comme des rats ! Regardez-vous, de grands batraciens myopathes à la peau transparente ! Vous ne voulez donc pas respirer sous les arbres ? Vous ne voulez donc pas la réconciliation et le partage avec ceux d'en haut ? Nous n'avons plus l'exigence, ni l'intelligence, ni la méthode pour étudier et trouver l'antidote contre le bacille C11 !
Nous devons collaborer avec eux, additionner nos forces et chacun sera libéré !
Comment se contenter d'être des jouisseurs improductifs - de renaître sans cesse en cycles inutiles ?
Regardez notre ancien sage, il a un mois aujourd'hui, c'est dérisoire !

Ils grimaces horriblement, ils ne veulent prendre aucun risque - ils font allusion à leurs semblables de la zone 3, irradiés devenus des monstres mortels depuis deux générations

- Ils ont payé leur goût de l'aventure ! ( clament-ils de leurs bouches flasques) Nous pouvons te bannir pour ces propos de haute trahison !

En haut Salva se relève surpris d'être indemne.
Dans une grotte aux parois luminescentes, Kabrety fait tourner un cerf embroché au-dessus d'une belle braise...

Message le Sam 8 Nov - 21:24 par Sylvie Viallefond

Hilda revient à la surface. Elle a confié Magnus à son frère le temps d'un aller-retour, consigne de ne pas s'éloigner en son absence. Elle marche vite, accrochant les racines, bouleversée par ce que lui a dit Kabrety. Tobias s'est ouvert un peu à lui, pas à elle.
Soudain, elle s'arrête, Salva l'appelle. Il est là, déglingué mais debout.
"Hilda, laissez moi vous parler"
"Je dois faire vite, il fait nuit, il fait froid, les garçons sont seuls.
Si c'est important, suivez-moi".
C'est accompagné de lui qu'elle pénètre dans son abri de branches, de lianes séchées et de terre. Tobias lit, des livres ont résisté au chaos, Magnus rampe au sol, recrachant des pépites de terre portées à la bouche.
" Hilda, écoutez moi, je n'ai pas dit H1N1 quand je me suis effondré devant vous. J'ai dit "un chien est nain". Là Tobias se raidit "vous aussi vous l'avez vu alors?"
"Oui mon garçon, un chien nain blanc"
"Avec un chapeau de pirate?"
"Oui mon garçon, une petite queue ridicule et le nez aussi plat et plissé qu'une bretonne de dos"
"Ça je ne sais pas 'msieur. Mais la veille de l'accident déjà j'avais vu le chien. Il m'a parlé, il m'a dit qu'il était Conte"
"Hilda, je pense que ce chien n'est pas étranger à la catastrophe qui vous condamne à cette quarantaine et moi aussi maintenant que j'ai dépassé les deux heures d'exposition.

Message le Dim 9 Nov - 1:00 par Bernardini Federi

Soudain une voix grave, semblant venir du ciel, se fit entendre :
- Je vais compter jusqu'à trois et à trois je veux parler à Federi. Je veux entendre la seule et unique personne réelle. Un, Federi tu m'entends. Hilda et les enfants devinrent flous. Deux, tu dois venir me parler. Les murs de la cabane disparurent. Trois personne ne doit t'en empêcher. Le ciel, la forêt et le sol s'évaporèrent.
Federi ouvrit les yeux, il observa lentement la pièce et les personnes autour de lui. En clignant des yeux. Les murs étaient blancs, la lumière était blanche et les quatre personnes à ses côtés étaient habillés de blanc.
L'homme en blance en face de lui l'interrogea :
- Qui es-tu ?
- Federi.
Il connaissait l'homme qui lui parlait. Le docteur Stalla. Celui qui le suivait depuis très longtemps. A ses côtés, Mathilda, la jolie infirmière. Puis deux aides soignants pour le surveiller.
Federi jeta un coup d'oeil sur lui. La camisole était bouclée. Ca faisait une éternité qu'il n'était plus revenu ici. Il n'arrivait pas à se rappeler où il avait passé tout ce temps. Ici c'était la Clinique, au milieu des bois. A côté de la ligne de chemin de fer. Plus loin il y avait la ville où il ne pouvait plus aller.
Le docteur lui parla à nouveau :
- Federi, tu sais pourquoi nous sommes ici avec toi. Nous avons pu, grâce à l'hypnose, entrevoir d'autres personnalités en toi. Elles vivent dans un monde créé par toi. Il te faudra retourner la-bas. Une de ces personnes t'a poussé à assassiner ta famille, il te faut la retrouver et l'éliminer. Tu comprends ce que nous attendons de toi ?
- Oui très bien.
- Alors nous allons de nouveau te placer sous hypnose et tu retourneras chercher l'assassin.

Message le Dim 9 Nov - 16:13 par Barbara Morandini

Le docteur Stalla connaissait bien ce patient. Depuis de nombreuses années il était résident au sein de la clinique où il exerçait. Il l'avait vu sombrer, impuissant, vers la folie. Ses multiples personnalités et les mondes parallèles dans lesquels elles évoluaient, prenaient le dessus petit à petit. Avant la mise en place du protocole, les occasions de s'entretenir avec l'être originel étaient très rares. Pourtant, il était la clef, le seul capable de mettre fin à ses propres tourments. Le docteur avait donc dû trouver un moyen de le faire apparaître, ne serait-ce que temporairement.
L'utilisation de psychotropes calmait les personnalités déviantes de Federi, certes, mais ne permettait pas à la saine d'être opérationnelle, combative. Pour protéger le patient de lui-même, il était nécessaire de le plonger dans un profond sommeil, dans lequel il pouvait laisser libre cours à ses pulsions. Entre deux temps d'endormissement, pendant quelques minutes, le docteur pouvait s'entretenir avec la personnalité « saine » du patient et lui dicter la marche à suivre une fois endormi, afin de neutraliser ses démons. L'aspect novateur de cette méthode  résidait en les techniques employées pour plonger le patient dans un sommeil profond.
Pour garder le contrôle, le médecin devait utiliser non pas un pendule (us d'un autre temps), mais un outil imparable, jusque là paradoxalement inexploité en médecine et qui pourtant avait déjà fait ses preuves tant auprès des enfants que des adultes: le discours ennuyeux!
Mais tout est subjectif, ce qui est ennuyeux pour les uns, ne l'est pas pour d'autres. Mener cette expérimentation sur Federi n'était pas innocent, il le connaissait depuis des années et savait pertinemment ce qui l'ennuyait profondément... Après avoir pris soin de discrètement mettre des boules quies, il demanda à Mathilda de bien vouloir lui raconter ses dernières vacances...
La jeune infirmière, surprise, s'exécuta:
"- En fait au départ ma copine voulait aller au Maroc, mais moi j'ai peur des chameaux, alors on a décidé d'aller en Espagne, parce qu'il paraît que là-bas des chameaux y'en a pas beaucoup, en plus moi, j'adore la paella, voyez? Donc, elle me dit « ouais, mais Mathilda, en Espagne na na na, il paraît qu'il y a la grippe na na na » [...] »
Seulement une minute après, Federi somnolait déjà...

Message le Mar 11 Nov - 12:39 par Joseph Antonetti

Federi.... Maroc...

Tout lui revenait, l'odeur de fumée ce jour là, envahissant le salon
C'est rien, mon fils, un peu de marocaine, ton père en fumait aussi...

Son monde s'écroulait, lui qui croyait dur comme fer aux balivernes que lui avait inculqué son père, lui qui essayait de vivre selon les fameuses valeurs ancestrales, découvrait sa mère avachie sur le canapé, les yeux rouges et le sourire niais.
Et cette junkie qui prétendait que son père fumait aussi, en plus de la marocaine.

Il lui cracha au visage et s'enferma dans sa chambre.

Federi... Maroc....

Le coup fatal lui fut porté par sa trainée de sœur.

Un an jour pour jour, que le paternel était mort, comme un con , d'une rupture d'anévrisme, et cette salope s'était pointée à la maison présenter son petit copain.

Abdel, il est très gentil et est en fac de medecine avec moi....

Un bougnoule pour beau-frère. Lui qui haissait les musulmans, lui qui ne jurait que par l'amour du christ.
Et puis toutes ces histoires que lui racontait ses amis de la confrérie, la façon dont les islamistes traitaient les blanches qui couchaient avec eux lui retournèrent l'estomac.

Il vomit tout son repas au moment où sa sœur expliquait à sa mère qu'elle et Abdel travaillaient actuellement sur un cas de H1N1....

Message le Mar 11 Nov - 15:44 par liveriu

Le canapé puait. Et tout le monde le sait il n’y a rien de pire qu’un canapé qui pue. On dirait les odeurs des vieilles banquettes de skai des trains d’avant le nuage orange, de ces trains qui partaient la nuit, c’était toujours la nuit quand les trains partaient, et qui traversaient des contrées impensables, pour terminer leur course dans une autre nuit tout aussi puante. Il n’y avait alors rien à faire que de se laisser porter par les boggies, se laisser secouer l’esprit et le corps par ce martèlement régulier qui faisait semblant de bercer, alors que ce n'était qu’une torture. Et l’esprit s’en allait vers des contrées impensables, où l’on passait d’une cabane enfumée occupée par des êtres dont la détresse était absolue, à une centrale éventrée où s’agitait des escouades de mercenaires enivrés par le port des outils de mort qui les faisaient bander, se prendre pour des hommes, alors qu’ils n’étaient même plus des êtres.  On voyait aussi défiler des arbres au-delà des fenêtres, où des plaques incompréhensibles disaient de ne pas se jeter, et pourtant quelle liberté cela aurait été de se jeter de cet immonde supplice pour respirer une dernière fois le vent de la liberté. Mais le pire était à l’intérieur : les martèlements faisaient naître des délires, des vomissements, des hurlements de chien, des nausées médicalement correctes, mais immondes, des pleurs de bébés, des  claques et des ronflements hideux. Et tout ça parce qu’une conne s’était levée un pingouin tout juste bon à  dealer de la merde, et que ses produits avaient circulé dans ce groupe de tarés qui se croyaient libres alors qu’ils géraient misérablement leur suicide collectif. On ne savait plus où était le réel, sinon que le canapé puait. On ne savait plus si la nuit succédait au jour ou si le jour avait existé une fois par hasard. Non, on ne savait plus rien, on était en Afrique, là où le battement des tambours annonce la pluie de sang qui vivifie les hommes, là où les hurlements des animaux recouvrent enfin les vagissements humains. On était dans une pièce immaculée qui puait elle aussi, mais là c’était des produits qui embaumaient l’atmosphère jusqu’au désir du vomi. On était devant des enfants épouvantés devant l'aube lumineuse du monde, eux qui savaient déjà qu’elle leur était interdite à jamais. On était on ne savait où, dans un train traversant les steppes et les toundras, les forêts et les prés d'une planète excentrée,  on ne savait plus si l'on était dans un wagon plombé, dans un wagon de la mort ou dans un wagon de la révolution ; et le martèlement ne cessait pas, ne pouvait pas cesser, car le martèlement n’était en fait qu’un faible battement d’un cœur qui tentait douloureusement de continuer son bête boulot de cœur, battre, battre, battre, battre.
« Tu as raison, Stalla,  tu as complètement raison : c’est vraiment une herbe immonde, ce truc qui promet la liberté et qui n’offre qu’un éternel esclavage ! »

Message le Sam 22 Nov - 13:33 par Dominique Giudicelli

Texte de JP Lovichi :

De nouveau le blanc, puis de nouveau le mot Salva qui résonnait avec une étrange force comme s'il cherchait à s'imposer dans le cerveau de l'homme qui gisait allongé sur le dos au milieu des feuillages.

Hilda le regardait maintenant avec une lueur de compassion dans les yeux. Elle regardait aussi ses enfants qui ne bougeaient pas, trop fatigués par leur manque de nourriture saine ou peut-être déjà sous l'effet de la dernière pilule de drogue dont ils disposaient encore.

Elle, ne voulait pas en prendre mais elle n'avait plus suffisamment d'autorité pour empêcher ses propres enfants d'en faire à leur tête. Elle espérait seulement que le groupe qui avait attaqué le train ne reviendrait pas trop vite avec les caisses destinées au secteur 3. Elle savait ses enfants prêts à tout pour récupérer les maudites pilules...

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