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Le jardin du monde

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Hubert Canonici

Messages : 285
Date d'inscription : 01/03/2014
Age : 49
Localisation : Bonifacio
17022017

Le jardin du monde

Message par Hubert Canonici

Les neuro-pirates leurs ont bouffé la cervelle...

Transparence de la mer - les reflets de la citadelle, des maisons, des bateaux, des tonneaux entreposés au bord du quai, vibrent sur le plan d'eau du port - l'ombre décline ses nuances raffinées, un pêcheur au pull marin regarde ses filets, des goélands planent dans le ciel bleu éthéré, au loin, un point rouge...

Brick lève ses yeux de l'antique tableau, cette connexion avec un passé révolu lui est indispensable, bien plus que les activités périodiques obligatoires de néoréalisme - aujourd'hui, la vérité est un luxe dont personne ne jouit, pour un déconsidéré démuni, c'est très douloureux - il y a trois jours, il avait embarqué dans la navette autonome numéro
0911, pour un vol vers une plateforme de la mer d'acier à destination de champs de végétaux à perte de vue - il marchait entre des allées de laitues, toutes rondes et larges, parfaitement calibrées, il est "normal" d'être invité à  apprécier du beau, de "l'authentique", même si c'est du faux, après une heure de marche avec d'autres citoyens obsolescents, des "chairs molles", il fut témoin d'un rare disfonctionnement pour la firme Ferex (fabricante des faunes et des flores) - sur des limaces disproportionnées, un mètre de long environ, apparurent des crochets d'acier, elles ravageaient littéralement des laitues de synthèse...il y avait cette femme, une demi-molle (structure métallique et chair), elle lui semblait singulière, il en avait d'agréables frissons, évidemment, il n'osa lui parler...tant personne n'a rien à entendre, on ne peut aimer que l'impalpable...ils n'ont même pas ça...

Brick attend la visite des "CéToi" (auxiliaires du pouvoir attachés aux mœurs et à l'hygiène)...ils entrent, terrifiants avec leurs visages de cire, leurs vestes longues s'élevant latéralement comme des carapaces de capricornes, Brick a l'impression d'être un mannequin de bois- c'est routinier, l'un d'entre-eux applique un insecte d'acier sur son abdomen, l'objet est truffé de capteurs - ils décèlent si les modes d'alimentation, de médication, de pratique sportive, de cycles de sommeil sont respectés...Brick sait être irréprochable, il reçoit toujours les résultats positifs avec un soulagement certain...il prend un globule en lévitation ordinaire pour se détendre...il descend chez l'irradié claquer deux crédits pour une conserve de joues, cette barbaque a un goût médicamenteux, un rond, ressemblant à du pain, et une boisson gazeuse à l'alcool de synthèse, c'est réveillon ce soir...les fêtes chrétiennes n'existent plus, Noël a été conservé par mystère...

Dans la rue, des machines diffusent le complément d'oxygène nécessaire - une musique, issue d'un rouage d'acier cranté, rend floues toutes pensées d'où qu'elles mûrissent.
Une vieille femme tente de s'extraire du faisceau lumineux d'un drone faucon, ses gestes sont saccadés, comme ceux des créatures d'un vieux film fantastique, ses crédits sont épuisés, elle aussi  - elle le sait, sa puce crânienne va exploser - elle stop, fait une grimace aux caméras, quand il n'y a plus d'espoir, les instincts se libèrent

- Vous voyez deux hippocampes copuler, et pas le requin prêt à vous manger...lance t-elle en guise de testament à des passants médusés par tant de subversion, muets, comme ceux qui n'attendent rien, laids, dans leurs tenues et leurs viandes grises...

Sa tête explose, les morceaux tapissent un rayon de 10 mètres  - le drone faucon va tout pulvériser au laser, l'odeur de mort pourrait changer les habitudes consuméristes des citoyens - Brick détourne les yeux de cette lancinante procédure...
Les sans crédits âgés sont pulvérisés sans autre forme de procès, les jeunes sont recyclés comme cobayes de la section médicale du pouvoir...

Des papiers gras planent au ralenti, la poussière recouvre jusqu'aux rats automates les plus agiles, le vent époussette les luminaires mobiles faisant jaillir des faisceaux pisseux...soudain, une divine surprise se matérialise dans le ciel, de gros flocons descendent en arabesques légères comme l'inattendu, Brick n'en avait jamais vu, ses yeux se figent, sa bouche ouverte reçoit une fraîcheur surprenante, il prend ça comme un message d'ailleurs.

Une pellicule blanche revêt les quartiers communs (pauvres), cette féerie dénote avec l'insidieuse tension d'une dictature douce s'exerçant sur le peuple. Des citoyens déambulent alternant des airs niais, puis graves, comme pour bien signifier aux innombrables caméras qu'ils ne sont pas responsables de cet événement imprévu...les rats, seuls à conserver un instinct, s'organisent, les "chairs molles" sont momentanément sortis de leur rail...
Brick claque 1 nouveau crédit pour avoir accès à l'image, soirée "Inversion" du  onzième mois...
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