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Sujet imposé : Surréalisme

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Hubert Canonici

Messages : 287
Date d'inscription : 01/03/2014
Age : 49
Localisation : Bonifacio
06042015

Sujet imposé : Surréalisme

Message par Hubert Canonici

Hubert Canonicci nous envoie chercher loin, dans les replis mystérieux de notre cerveau limbique, des matériaux hétéroclites et précieux pour le métamorphoser en oeuvres dérangeantes et belles, surréalistes.






Comme toutes les mi journées, les lunes sont alignées sur l'horizon. Il a peint les pierres jusqu'à la pendule au temps figé. Philibert est dans une période butée et renâcle à trouver la sagesse.
Les bateaux de verre scintillent de toutes leurs facettes, Philibert cherche un hamster au pelage propre et lisse, de quoi s'essuyer les arrières.
Elles sont souillées les fourrures, il dit une prière aux libertaires de son arbre pour qu'ils les mènent au lac des vapeurs.
Ne voulant pas craqueler sa volonté du jour il rejette sa vision physico-chimique des faits.

Philibert se rend à la plage aux algues mouvantes. Il parle avec les coquillages puis marche longtemps sur l'eau, plus il dépasse l'horizon plus les vagues sont violettes et atteignent des centaines de mètres de hauteur. C'est là qu'il vient pleurer sur l'existence qu'il ne vivra que dans son imaginaire.
Alors que la nuit s'éclaire par la trainée des astres, il s'imagine en père.

Le père entre dans la masure.

Le petit dernier de 2 ans joue à étirer ses morves le regard vide et la bouche ouverte.
La mère épluche des pommes de terre,
L'aîné travaille dans les caves du baron, la fille n'est pas là.
Le père met la main sur sa braguette et cligne grossièrement de l'œil vers le gamin, la mère le prend et l'assoit dans le placard puis pousse la porte.
Sans un mot elle réajuste sa coiffe blanche, détache son tablier bleu outremer, retrousse sa robe de laine rouge et appuie ses mains sur la table, il bave devant ses généreuses fesses blanches qui se reflètent sur le pot au lait.
La corbeille où le pain tranché est constellé de petites touches lumineuses l'attire, alors qu'il fourre sa queue tendue dans le sillon fessier il s'en fourre une tranche dans la bouche.
Il ondule lentement entre les fesses, comme si cela pouvait durer éternellement, elle reste impassible, elle pense au lait qu'elle versera dans la purée, il décharge.
Une fois son ouvrage terminé, sa frustration revient aussitôt, il se dit que leur misère est liée à sa façon d'être, il provoque la tempête et ne sait pas l'arrêter.
Il boit au pichet avec le vain espoir de retrouver cet endroit chaud comme un océan sans mémoire.
Il ressort avec des pièces à convertir en breuvage dans une taverne.
En voilà une bien feutrée. Il entre, le taulier le sert, son verre vibre, des ondes provoquées par les coups de reins subis par sa fille à l'étage ?

Le client ne donne à la fille que la moitié de la somme convenue, il a trouvé détestable de taper dans une lune irritée et rougeoyante - Éh, c'est les punaises de lit - dit-elle - Dis-leur de payer la différence - dit-il en partant.

Un courant d'air ouvre grand la porte des latrines - tous ces séants ouvrageants tels des bubons disciplinés, ces culs alignés faisant leurs ordures le ramènent aux tuileries.
Le tavernier chantonne - J'vous ai apporté des bubons, parce que les glaires c'est moins viable, et les bubons ça sent pas bon, bien que les glaires soient plus détestables, surtout quand elles sont en fluxion, et maintenant je monte le son -  les infos, c'est toujours pareil, le chômage en courbe ascendante - depuis que les retraites ne sont plus payées le taux de suicides explose, les kits mort libre sont taxés à 70% par le pouvoir - Merde, font chier les seigneurs - dit le père - Plains-toi pas - dit le taulier - T'as une femme toi, et bien en chair la bougresse - Et toi, t'as un beau poireau sul'nez !

La fille descend et donne une pièce au tavernier - T'es là ? Lance le père - Éh, j'ai l'cul rouge, satanées punaises, les clients ont payé moitié moins à cause de ça, faudrait un remède - Faut leur donner des lorgnons anti éclipses -  Pas idiot ça - grommelle le tavernier.

Le fils a transvasé le vin des fûts de chêne à la cave.
Il sollicite une  audience avec le baron - entre dans la luxueuse maison baroque,
Le baron est assis nu et perruqué sur son canapé en forme de coquillage, son sexe est semblable à un petit moineau déplumé, il écartèle l'arrière d'un lapin sans pyjama pour le farcir de son oiseau - Glou glou glou glou - hurle t'il en sautant un peu partout dans l'immense pièce, rivé au lagomorphe - Faites donc les oreilles de lapin avec vos mains - dit il essoufflé - le caviste s'exécute hébété.
Des vierges creuses de deux mètres clignotent et changent de couleurs, à qui pleure, à qui pisse,  le baron jouit dans un long cri aigu - Donnez-moi la toge près de vous - le baron enlève sa perruque et pose une couronne de laurier sur sa tête - Elle servira à l'assaisonner, j'ai une passion pour la chair douce et lisse des lapins - Parfaitement monsieur le baron - Ah non, pas parfaitement d'après mon confesseur, quelle est votre requête ? - Je me permets d'informer votre seigneurie pleine de discernement sur le fait suivant, je sollicite une place de sommelier à votre service, j'ai acquis une expérience des plus aiguës, une connaissance exceptionnelle des nectars de vos caves sur lesquels je suis dithyrambique et intarissable - Bingo, il y a justement une orgie dans ma résidence bleue ce soir, je ne pourrai être présent, je veux vous lancer dans le bain, vous représenterez ma cave, mais avant, je veux vous soumettre à un test, mes soirées sont très surprenantes - le baron demande à son néo sommelier de passer le test du lapin - Ça amusera les convives - dit il en tendant un nouveau lapin - N'oubliez pas que les humains trouvent la violence profondément satisfaisante, mais enlevez la satisfaction et la violence est creuse - il s'exécute en pinant le Leporidae, le baron saute avec lui dans toute la pièce en glougloutant, les deux mains en balancier au-dessus du crâne - Je vais vous faire un aveux, je suis conscient de mes privilèges, mais je suis frustré de n'avoir pas trouvé un sens à ma vie, je pars pour plusieurs jours aux confins, là où le vent souffle si fort sous le soleil que les embruns salent arbres et buissons, si fort que l'herbe chante - Cher baron je suis heureux de découvrir une telle sensibilité chez vous...

La fille ramasse des fleurs pour égayer ce jour particulier, comme tous les autres jours, un de plus pour la centenaire du pavillon rose.
Celle-ci, chaque jour, lui prépare des beignets de tomates vertes, lui raconte un épisode de sa vie lumineuse, la fille y puise un équilibre vital.
Elle se rappelle cette histoire, ce mariage avec un aviateur méditerranéen sous la cascade colorée par une aurore boréale - de cette croisière sur le Nil où flottait la bouteille contenant un message, elle l'avait déposé dans un étang des années auparavant sur un autre continent.
La maison rose n'est plus, la fille y trouve un parterre d'orchidées blanches, elle comprend mieux pourquoi hier la vieille dame lui avait raconté sa journée, elle avait épuisé ses souvenirs.
Tandis que les larmes de la fille perlent sur les fleurs tristes, Philibert décloisonne les dimensions, les mondes s'interpénètrent par le biais de la gravité quantique - sur la colline des soupirs apparait un immense portrait représentant la vieille dame au sourire avec le message de la bouteille à la main - il est écrit - Et du haut de cette colline je suis avec vous pour toujours.

Philibert croise le fils, celui-ci l'appelle père, il mange un ananas - L'ananas est l'avenir de l'homme père - Philibert voit les personnages et les rues comme dans son imagination - il voit son reflet dans une sculpture de glace, il est le père - il les délivre de son esprit, ils ont désormais leur libre arbitre dans le cadre modifiable qu'il a créé - il rejoint la masure pour voir sa femme - mouche son petit dernier dont les yeux brillent enfin - prend sa femme dans ses bras en demandant pardon - lui offre une belle robe tissée avec des fleurs sauvages - sur la colline des soupirs apparaît le portrait de "La laitière" - tout processus de création est inexplicable, le chant du vent sur les terres de leur monde raconte que Philibert avait inspiré ce peintre

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5a/Johannes_Vermeer_-_De_melkmeid.jpg/280px-Johannes_Vermeer_-_De_melkmeid.jpg

La fille a des fleurs dans les cheveux - Père, mère, je suis si heureuse de vous voir amoureux, j'aime un cultivateur ( elle rit dans un flot à faire pousser des fruits dans le désert ) il cultive des tomates de toutes les couleurs, des goûts fabuleux si vous saviez - le fils est explorateur de nouveaux mondes - le baron dirige le théâtre du lagon, il a trouvé l'amour avec une actrice sirène - Philibert part en voyage de noce avec sa femme et son fils, le bateau de verre fend une mer dorée où les dauphins salueront leur retour.
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Message le Lun 22 Juin - 23:08 par Marco B

J'ai lu les deux derniers textes et je les ai adorés.

Hubert, je ne sais pas où vous allez chercher tout ça. Suspect

Liveriu, c'est génial, et merci d'avoir proposé ce texte en trois versions.
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Message le Mar 23 Juin - 15:07 par Hubert Canonici

Au fait, le choix du prénom du protagoniste de cette histoire est un pur hasard, j'avais pas envie d'inventer un prénom, ni de mettre Pierre ou Paul, j'ai oublié Jacques alors j'ai mis Marc comme on colle un timbre...


Hubert Canonici a écrit:L'apéro précédant le repas était paisible, Marc se pensait même bien considéré.
La sanction vint au moment du dessert.
Une éminente sous-secrétaire d'état ouvrit les hostilités

<< Huissier ! Faites distribuer la photo de Marc avec sa bite à la main ! >>


Évidemment, le coup fut plus brutal qu'un uppercut au foie, le sinistre représentant de l'observatoire d'un culte dérisoire y allait de sa banderille

<< Regardez l'écran, images et son, la poupée est dotée d'une caméra sophistiquée ! >>

Et l'on voit Marc faire l'hélicoptère avec ses attributs, il demande à Malika ( la poupée )

<< Tu veux un apéro ? J'adore ton p'tit abricot fendu et doré !

( voix caverneuse ) Oui mon capuchon, avec des olives ! >>

Marc empoigne ses couilles et projète son bassin en avant

<< Tiens des olives ! >>

Marc est rouge comme un crustacé en villégiature dans un haut fourneau, ces oreilles bourdonnent, tout bourdonne en lui - il dit à l'assistance que le pervers dans une relation est la personne qui vole les images, que cette machination est révélatrice de l'époque, qu'on a jamais autant parlé de sexe et aussi peu baisé - puis il houspille madame Boudin, grande prêtresse puritaine vivant avec le clone de son propre fils...
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Message le Dim 28 Juin - 1:32 par Hubert Canonici

<< Je regarde tout le monde, il n'y a personne ! >>
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Message le Mer 1 Juil - 0:20 par Dominique Giudicelli

Pardonnez-moi, tous, d'avoir laissé s'installer le silence autour d'un si beau sujet, et partout ailleurs sur Praxis. Un petit passage à vide, et l'envie de mener à son terme un projet trop longtemps différé, un roman...

Il s'achève, et je reprends goût à d'autres univers. Je reviens. Bientôt. Et je compte bien que vous ne m'attendrez pas...

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Message le Mar 3 Nov - 17:57 par Sylvie Viallefond

Hubert, merci d'avoir tenu la baraque, régulièrement avoir déposé de magnifiques textes comme on dépose des offrandes devant un temple...

Je serais heureuse que nous redémarrions un truc, un concours par exemple, parce que bêtement je ne maîtrise pas la langue Corse et je languis quand je devine la qualité de ce qui s'écrit sur le blog Tonu è timpesta, ça me donne envie...Pas vous?

Je propose un thème : La mauvaise foi.
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Message le Mer 4 Nov - 13:37 par Marco B

ça marche, la mauvaise foi, donc...

Message  par Contenu sponsorisé


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