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Sujet imposé : Surréalisme

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Hubert Canonici

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06042015

Sujet imposé : Surréalisme

Message par Hubert Canonici

Hubert Canonicci nous envoie chercher loin, dans les replis mystérieux de notre cerveau limbique, des matériaux hétéroclites et précieux pour le métamorphoser en oeuvres dérangeantes et belles, surréalistes.






Comme toutes les mi journées, les lunes sont alignées sur l'horizon. Il a peint les pierres jusqu'à la pendule au temps figé. Philibert est dans une période butée et renâcle à trouver la sagesse.
Les bateaux de verre scintillent de toutes leurs facettes, Philibert cherche un hamster au pelage propre et lisse, de quoi s'essuyer les arrières.
Elles sont souillées les fourrures, il dit une prière aux libertaires de son arbre pour qu'ils les mènent au lac des vapeurs.
Ne voulant pas craqueler sa volonté du jour il rejette sa vision physico-chimique des faits.

Philibert se rend à la plage aux algues mouvantes. Il parle avec les coquillages puis marche longtemps sur l'eau, plus il dépasse l'horizon plus les vagues sont violettes et atteignent des centaines de mètres de hauteur. C'est là qu'il vient pleurer sur l'existence qu'il ne vivra que dans son imaginaire.
Alors que la nuit s'éclaire par la trainée des astres, il s'imagine en père.

Le père entre dans la masure.

Le petit dernier de 2 ans joue à étirer ses morves le regard vide et la bouche ouverte.
La mère épluche des pommes de terre,
L'aîné travaille dans les caves du baron, la fille n'est pas là.
Le père met la main sur sa braguette et cligne grossièrement de l'œil vers le gamin, la mère le prend et l'assoit dans le placard puis pousse la porte.
Sans un mot elle réajuste sa coiffe blanche, détache son tablier bleu outremer, retrousse sa robe de laine rouge et appuie ses mains sur la table, il bave devant ses généreuses fesses blanches qui se reflètent sur le pot au lait.
La corbeille où le pain tranché est constellé de petites touches lumineuses l'attire, alors qu'il fourre sa queue tendue dans le sillon fessier il s'en fourre une tranche dans la bouche.
Il ondule lentement entre les fesses, comme si cela pouvait durer éternellement, elle reste impassible, elle pense au lait qu'elle versera dans la purée, il décharge.
Une fois son ouvrage terminé, sa frustration revient aussitôt, il se dit que leur misère est liée à sa façon d'être, il provoque la tempête et ne sait pas l'arrêter.
Il boit au pichet avec le vain espoir de retrouver cet endroit chaud comme un océan sans mémoire.
Il ressort avec des pièces à convertir en breuvage dans une taverne.
En voilà une bien feutrée. Il entre, le taulier le sert, son verre vibre, des ondes provoquées par les coups de reins subis par sa fille à l'étage ?

Le client ne donne à la fille que la moitié de la somme convenue, il a trouvé détestable de taper dans une lune irritée et rougeoyante - Éh, c'est les punaises de lit - dit-elle - Dis-leur de payer la différence - dit-il en partant.

Un courant d'air ouvre grand la porte des latrines - tous ces séants ouvrageants tels des bubons disciplinés, ces culs alignés faisant leurs ordures le ramènent aux tuileries.
Le tavernier chantonne - J'vous ai apporté des bubons, parce que les glaires c'est moins viable, et les bubons ça sent pas bon, bien que les glaires soient plus détestables, surtout quand elles sont en fluxion, et maintenant je monte le son -  les infos, c'est toujours pareil, le chômage en courbe ascendante - depuis que les retraites ne sont plus payées le taux de suicides explose, les kits mort libre sont taxés à 70% par le pouvoir - Merde, font chier les seigneurs - dit le père - Plains-toi pas - dit le taulier - T'as une femme toi, et bien en chair la bougresse - Et toi, t'as un beau poireau sul'nez !

La fille descend et donne une pièce au tavernier - T'es là ? Lance le père - Éh, j'ai l'cul rouge, satanées punaises, les clients ont payé moitié moins à cause de ça, faudrait un remède - Faut leur donner des lorgnons anti éclipses -  Pas idiot ça - grommelle le tavernier.

Le fils a transvasé le vin des fûts de chêne à la cave.
Il sollicite une  audience avec le baron - entre dans la luxueuse maison baroque,
Le baron est assis nu et perruqué sur son canapé en forme de coquillage, son sexe est semblable à un petit moineau déplumé, il écartèle l'arrière d'un lapin sans pyjama pour le farcir de son oiseau - Glou glou glou glou - hurle t'il en sautant un peu partout dans l'immense pièce, rivé au lagomorphe - Faites donc les oreilles de lapin avec vos mains - dit il essoufflé - le caviste s'exécute hébété.
Des vierges creuses de deux mètres clignotent et changent de couleurs, à qui pleure, à qui pisse,  le baron jouit dans un long cri aigu - Donnez-moi la toge près de vous - le baron enlève sa perruque et pose une couronne de laurier sur sa tête - Elle servira à l'assaisonner, j'ai une passion pour la chair douce et lisse des lapins - Parfaitement monsieur le baron - Ah non, pas parfaitement d'après mon confesseur, quelle est votre requête ? - Je me permets d'informer votre seigneurie pleine de discernement sur le fait suivant, je sollicite une place de sommelier à votre service, j'ai acquis une expérience des plus aiguës, une connaissance exceptionnelle des nectars de vos caves sur lesquels je suis dithyrambique et intarissable - Bingo, il y a justement une orgie dans ma résidence bleue ce soir, je ne pourrai être présent, je veux vous lancer dans le bain, vous représenterez ma cave, mais avant, je veux vous soumettre à un test, mes soirées sont très surprenantes - le baron demande à son néo sommelier de passer le test du lapin - Ça amusera les convives - dit il en tendant un nouveau lapin - N'oubliez pas que les humains trouvent la violence profondément satisfaisante, mais enlevez la satisfaction et la violence est creuse - il s'exécute en pinant le Leporidae, le baron saute avec lui dans toute la pièce en glougloutant, les deux mains en balancier au-dessus du crâne - Je vais vous faire un aveux, je suis conscient de mes privilèges, mais je suis frustré de n'avoir pas trouvé un sens à ma vie, je pars pour plusieurs jours aux confins, là où le vent souffle si fort sous le soleil que les embruns salent arbres et buissons, si fort que l'herbe chante - Cher baron je suis heureux de découvrir une telle sensibilité chez vous...

La fille ramasse des fleurs pour égayer ce jour particulier, comme tous les autres jours, un de plus pour la centenaire du pavillon rose.
Celle-ci, chaque jour, lui prépare des beignets de tomates vertes, lui raconte un épisode de sa vie lumineuse, la fille y puise un équilibre vital.
Elle se rappelle cette histoire, ce mariage avec un aviateur méditerranéen sous la cascade colorée par une aurore boréale - de cette croisière sur le Nil où flottait la bouteille contenant un message, elle l'avait déposé dans un étang des années auparavant sur un autre continent.
La maison rose n'est plus, la fille y trouve un parterre d'orchidées blanches, elle comprend mieux pourquoi hier la vieille dame lui avait raconté sa journée, elle avait épuisé ses souvenirs.
Tandis que les larmes de la fille perlent sur les fleurs tristes, Philibert décloisonne les dimensions, les mondes s'interpénètrent par le biais de la gravité quantique - sur la colline des soupirs apparait un immense portrait représentant la vieille dame au sourire avec le message de la bouteille à la main - il est écrit - Et du haut de cette colline je suis avec vous pour toujours.

Philibert croise le fils, celui-ci l'appelle père, il mange un ananas - L'ananas est l'avenir de l'homme père - Philibert voit les personnages et les rues comme dans son imagination - il voit son reflet dans une sculpture de glace, il est le père - il les délivre de son esprit, ils ont désormais leur libre arbitre dans le cadre modifiable qu'il a créé - il rejoint la masure pour voir sa femme - mouche son petit dernier dont les yeux brillent enfin - prend sa femme dans ses bras en demandant pardon - lui offre une belle robe tissée avec des fleurs sauvages - sur la colline des soupirs apparaît le portrait de "La laitière" - tout processus de création est inexplicable, le chant du vent sur les terres de leur monde raconte que Philibert avait inspiré ce peintre

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5a/Johannes_Vermeer_-_De_melkmeid.jpg/280px-Johannes_Vermeer_-_De_melkmeid.jpg

La fille a des fleurs dans les cheveux - Père, mère, je suis si heureuse de vous voir amoureux, j'aime un cultivateur ( elle rit dans un flot à faire pousser des fruits dans le désert ) il cultive des tomates de toutes les couleurs, des goûts fabuleux si vous saviez - le fils est explorateur de nouveaux mondes - le baron dirige le théâtre du lagon, il a trouvé l'amour avec une actrice sirène - Philibert part en voyage de noce avec sa femme et son fils, le bateau de verre fend une mer dorée où les dauphins salueront leur retour.
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Message le Mar 7 Avr - 18:31 par liveriu

Le chat aux yeux rouges ronronnait. Il n’y a rien de plus étrange que de voir un chat ronronner, on croit que c’est normal, en réalité c’est une étrangeté. Cela fait croire aux hommes qu’ils sont utiles, qu’ils servent à quelque chose, qu’ils ont une réalité. Le chat aux yeux rouges ronronnait, et il dressait sa queue en dévoilant son sexe, il faisait croire qu’il était en attente, alors qu’il rêvait à un monde sans les humains, à un monde où les chats et les chattes étaient les maîtres du monde.
Antoine méditait en voyant la bestiole gigoter sous le passage de ses doigts. Les envies de meurtre étaient banales, les envies de tortures étaient naturelles, le plus fascinant restait ces yeux rouges qui ronronnaient, cette chose vivante qui vibrait ainsi suivant les cordes étranges d’un univers plus ou moins expliqué.
Le plus dérangeant c’était ces yeux rouges. Une drôle de couleur pour des yeux de chat, une drôle de chatterie pour la couleur des yeux. Et le pire c’était ce ronron, ce bruit de diesel marin qui faisait croire que l’animal était au cœur de l’océan, à la recherche de la morue salvatrice, ou du rouget nutritif, tout dépend de la mer qu’on choisit, la mer des marins sans limite, ou la mer bien maîtrisée des choses mortes parce que trop traversées, ces mers propres ouvertes à l’inconnu de la tempête ou ces mers sales emplies d’histoire et de traversées plus ou moins épiques qui se terminent en des ports qui ressemblent à des garages.
Antoine songeait en regardant ces yeux rouges, tout en caressant le chat dont le ronron emplissait gigantesquement son petit espace de survie. Il le regardait faire, il le regardait vivre, et une nausée incoercible lui venait jusqu’aux lèvres, il sentait combien cette bestiole l’indisposait, il jouissait de son indisposition, comme si, devenu gonzesse, il avait acquis un rythme régulier qui venait battre contre le ronron de la bestiole comme un autre calendrier, comme une autre contrainte, comme un autre prix à payer pour donner et faire vivre la vie.
Et il n’est jamais bon de laisser songer un monstre. Le chat a beau avoir des yeux rouges, ce n’est jamais qu’un greffier bidon qui se mêle de faire croire aux hommes qu’il leur est utile, alors qu’il est, qu’il vit dans une dimension totalement étrangère aux actes de leur espèce conne qui se croit plus maline que toutes les autres. Antoine savait cela, parce qu’il ne savait rien, et qu’il agissait uniquement selon ce qu’il ressentait, et comme il ne ressentait que de l’informulé, en fait, il ne ressentait rien, il ne faisait que gesticuler. On aurait pu croire qu’il était réel, en fait, ce n’était qu’une idée, qu’une esquisse, qu’une ébauche, qu’un schéma. Antoine savait qu’il n’était qu’un schéma, et les yeux rouges du chat l’indisposaient ; il ressentait cette gêne lunaire des gonzesses, et cela lui donnait l’envie de gerber, parce qu’il savait qu’il n’était pas de la lune, qu’il n’avait pas de règles, qu’il était de l’autre côté. Et les yeux rouges et les ronrons le gonflaient, car ces simagrées venaient d’un monde qui n’était pas le sien, et que cette animalerie satisfaite d’être émoustillée par trois doigts dans un ramassis de poils lui apportaient un sentiment de rage et de colère incoercibles ;
Non ! il ne le déchiqueta pas. Non ! il ne le dépeça pas ! Non ! il ne le jeta pas contre un mur ! Non ! il ne lui fit subir aucun outrage !
Il le regarda et il s’avisa que c’était lui qui avait les yeux rouges, que c’était lui qui ronronnait comme un con, que c’était lui qui semblait devoir être déchiqueté, dépecer, jeter contre un mur, outragé dans sa totale intégrité.
Antoine était un chat, Antoine était le chat, Antoine avait les yeux rouges, et Antoine ronronnait les yeux rouges, sous les doigts experts d’on ne savait qui, d’on on ne saurait jamais qui, et c’est ce qui rendait le réel inutile, et qui donnait aux yeux rouges on ne sait quelle force obsédante qui pervertissait les esprits et la simple adhésion à ce que les humbles, les autres, les esclaves, les soumis, ont pris l’habitude d’appeler la vie.
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Message le Mar 7 Avr - 18:32 par liveriu

Antoine avait les yeux rouges, nous le savons déjà. Mais ce que nous ne savons pas c’est qu’il ne voyait plus poindre le jour, il n’apercevait plus la blancheur de l’orient matinal écorcher les sombres rochers des montagnes qui bordaient sa masure. Il ne supportait plus la lumière et chaque fois qu’il tentait d’ouvrir les yeux, une atroce douleur lui fulgurait le crâne et le faisait hurler, et drame absolu, il s’était rendu compte qu’il ne faisait que miauler, et que ces miaulements se mêlaient indéfiniment au ronron qui le traversait désormais en permanence depuis qu’il était chat.
Il attendait ainsi, prostré que le jour s’en aille, que la lumière baisse et que la nuit envahisse le monde. Alors, avec ses yeux rouges, il pouvait regarder le monde, il pouvait se déplacer, même si on le voyait venir de loin, lui qui n’arrêtait plus désormais son ronron nourricier, lui qui ne pouvait plus que ronronner, qui ne savait plus que ronronner.
Les nuits de ce printemps glacé lui plaisaient. Il voyait les animaux rejoindre furtivement leur tanière, épouvantés qu’ils étaient par ce diesel continu qui dérangeait l’ordre de la nature. Et Antoine apprenait à vivre en chat, à regarder sans trop bouger, juste pour s’habituer à cette nouvelle condition de nyctalope aux yeux rouges et au ronron permanent.
Il ne pouvait plus courser la gueuse ni chasser le touriste en randonnée extrême. Il ne pouvait plus entrer dans son bar, et même les plus sordides de tous les caboulots lui étaient désormais interdits : qui aurait toléré au milieu des insanités nocturnes et des pornographies de second choix de passer un moment avec ce diesel puant qui ne savait que ronronner ? qui aurait supporté cette odeur de suif venant contrecarrer les effluves d’entre cuisses et de mauvais whisky (je n’ose parler du champagne fabriqué dans le village voisin..) qui faisaient l’ordinaire de la clientèle au cœur de laquelle il se sentait si bien auparavant.
Il était là, dehors, allongé dans l’herbe humide à se lécher les mains et à tendre ses yeux rouges dans toutes les directions. Il lui semblait porter des lunettes de vision nocturne, ces engins incroyables qui rendaient le monde de la nuit vert et glauque, à mi-chemin entre une piscine salie par une invasion d’algues microscopiques et une menthe à l’eau sans menthe et avec trop peu d’eau. Il avait la foi du découvreur, même s’il avait déjà dû se battre avec un renardeau qui l’avait surpris par derrière et lui avait occasionné quelques douleurs là où, auparavant, il pensait exprimer sa plus entière virilité. Il reniflait ce monde étrange où il était arrivé sans le vouloir, sans savoir comment ce ronron l’avait envahi ni comment ces yeux rouges lui étaient apparus.
Antoine désormais était une errance de la nuit, et la nuit riait en voyant ce déchet se dandiner en ronronnant et s’essayer à la découverte du monde. Les arbres riaient et ne lui offraient que leurs faces moussues, rendues opaques pour lui avec cette saloperie de vision aux yeux rouges. Il se cognait aux branches basses, il se cognait aux troncs, il glissait sur l’herbe humide qui, elle aussi, participait à ce camaïeu de vert qui l’emprisonnait dans une inutilité imposée, lui qui savait que la seule inutilité était l’inutilité choisie, et là, il n’avait plus le choix, il était prisonnier de ses yeux rouges, prisonnier de son ronron diesel maritime, et obligé de se battre pour ne pas séduire un renardeau déluré qui s’était cru capable de pouvoir l’outrager. Il l’avait dépecé, bien sûr, comme par habitude, comme en un beau souvenir, mais il avait été effrayé par la couleur du jus verdâtre qui s’était échappé de la bête, et il l’avait laissé là, et il avait fui, comme si désormais il ne pouvait que fuir, il ne pouvait qu’échapper à toute rencontre biologique, son ronron et ses yeux rouges l’enfermant dans une prison infinie dont il ne voyait ni les murs ni les verrous. Antoine était arrivé sur une nouvelle planète et il sentait déjà qu’il n’avait pas de place prévue pour lui, et qu’il devrait errer et survivre, avant, sans aucun doute, de devoir disparaître.
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Message le Mer 8 Avr - 17:43 par Sylvie Viallefond

37,4° au réveil. Hier aussi. Mon corps est une couveuse. J’ai pris un demi-degré, ma température interne devient la température externe d'un micro-organisme qui a besoin de ça.
La démesure des modifications rapides de mon corps et la réalité microscopique de ce qui les justifient me laisse perplexe. Une comète qui déstabilise le cosmos, une étoile de mer déchaîne tous les océans. L'embryon de quelques jours fait un coup d'état, soulève une armée continentale et fait frapper monnaie.

Mes seins sont douloureux, ronds comme des globes, tendus sous la pression des glandes mammaires déchaînées.
J'ai le teint brouillé, des veines bleues parcourent ma poitrine. 



Mon visage se marque, je m'enfonce dans la mine ré-ouverte pour être exploitée.
Le chantier a repris en mon corps. Un architecte déplie ses plans tous les matins, mon corps fait les trois huit. Je suis la mine qui résonne d'activités souterraines; je suis le terril de nouveau fumant de cette excavation.


J'avais le souvenir d'un travail mirobolant et gai. Dans mon corps plus âgé, le grand projet dévoile son coût exorbitant.


On m'a adressée au centre d'orthogénie pour l’avortement. La gynéco a un accent roumain, on se revoit dans une semaine pour l’avortement médicamenteux. J'ai demandé comment ça se passe. “'Très bien. Il y a deux prises de médicament, ici à l'hôpital, à quarante-huit heures d’intervalle. L'expulsion se fait après la seconde prise du médicament, chez vous. Vous mettrez des garnitures, ça peut venir, dans la rue, dans votre lit, aux toilettes, ne soyez pas surprise. C'est comme des très grosses règles. Vous ne risquez rien, simplement faites attention pour ne pas souiller votre linge ou votre canapé”.
J’ai dû signer une demande écrite d'avortement et formulaire de consentement obligatoire pour l'utilisation de l’embryon à des fins de recherche scientifique. Ils viendront le chercher ?

J'ai attendu huit jours et je suis allée au centre. On a pris mes constantes, on m'a assise dans un box infirmier, on m'a remis un cachet et un verre d'eau, consigne de prendre le cachet sous les yeux de l'infirmière. Je l'ai fait. Elle a noté l'heure de la prise du cachet, fixé le rendez-vous deux jours après heure pour heure “pour finir”.

Je n'y suis pas retournée.
J'ai oublié.
Un instant j'ai pensé à cet avortement avorté. Cette grossesse déglinguée.
J'ai laissé la pensée devenir irréelle.
C'était comme une maison en désordre, j'ai fermé la porte et je suis partie. Je voulais voir plus tard.
Cet embryon était inclus en moi, comme un nœud qu’on n’enlève pas ou sinon tout s’en va. 
Je ne voulais pas spécialement le garder, je voulais juste en rester là.
Cette grossesse à moitié avortée, claudiquant entre réel et déni, est devenue ma fuite, une bande de terre qui va vers nulle part.


Puis le sommeil s’est installé, en pleine journée, compulsivement, comme on a soif, comme on a froid. Dormir devient une urgence absolue, le sommeil traverse le corps. Un sommeil sidérant.


Puis très vite la grossesse est devenue ce que j'en connaissais, légère, transparente.
Les premières semaines passées où les hormones fixent les odeurs, travaillent les muscles et les articulations, où le sang chargé de messages sur-sollicite le corps, l'embryon s’accroche, il prend le relais, aérien, un petit air de flûte accompagne le jour, accompagne la nuit.


J'ai oublié, mon corps, léger et concentré sur son équilibre.
Je suis revenue à mes enfants, j'ai retrouvé mon appartement et ses attentes, ses menus chantiers, j'ai repris le fil de l'année que mes grands étaient en train de filer, leurs courts termes, leurs moyens termes, leurs grands projets.
J'ai fait un tour dans leurs armoires pour voir ce qui manquait, j'ai fait un point sur leurs vaccins, leurs CV, leurs papiers, leurs relevés de compte. Je les ai changés d'opérateur pour aussi bien mais moins cher, je leur ai acheté des lampes de bureau, des gamelles en inox sans phtalates, j'ai retrouvé le plaisir aigu de les séquestrer dans mon nid, certains soirs quand ils rentrent de leurs diables vaux verts.
Je me suis reposée de ma vie. J'ai pensé à mon père.
Je me suis remise au travail avec bonheur, j'ai toujours aimé travailler. J’ai fait le tour du monde à vélo en cumulant mes trajets, j'ai pensé changer de poste, aller voir ailleurs. Je l'ai fait, c'était pareil, mais nouveau. Je me suis laissée pousser les poils, j’ai oublié d’appeler Bruno, j’ai oublié Bruno.

Après Noël, un matin, le fœtus a bougé.
Un poisson rouge dans son bocal, l'ondulation du poisson rouge. J'ai ressenti l'effroi du réel.
La menace imminente d'un éclatement mental, d'une implosion avec éclats, de chair.
J’ai dû descendre de vélo, m’asseoir pour récupérer. Je me suis rappelée que rien n'arrêterait ce scénario, que mon déni n'y changeait rien, je n'avais pas ce luxe qu'a tout homme de choisir la fuite.
Il s'est mis à bouger tous les jours, mille fois par jours, tourbillonner dans mon eau, dès mon corps allongé, passer contre ma paroi. Jamais je n’avais imaginé fœtus si vif.
Je regardais mon ventre au réveil, pourtant il était presque plat.
Jusqu’à la naissance ça arrive parfois, quand après une nuit calme, le fœtus s’est installé au creux du ventre au repos, allongé et aplani.
On se lève et le ventre est plat, la grossesse semble avoir régressé, le fœtus dort profondément, épousant les courbes intérieures, jusqu’à ce que la boule se reforme et le petit se recroqueville, sous l’effet de la pesanteur. 

Cette grossesse se précipitait, le fœtus s'agitait, trop. La petite flûte jouait trop vite, je ne reconnaissais pas le morceau, j'entendais la musique du vent qui se lève, évidemment trop puissant, la tempête devinée, le cataclysme.
J'ai eu peur pour nous soudainement, nous tous, toi petit, mes grands. J'ai eu peur d'être emportée par une vague, noyée dans mon liquide amniotique.
J'ai eu peur d'être étouffée par mon placenta, ses membranes m’asphyxiant, j'avais fait un acte plus grave que moi.
J'ai consulté.

6 mois de grossesse. On m'a accueillie avec la froideur et le respect qu'on doit à une délinquante. J'avais à moitié avorté et au deux tiers poursuivi une grossesse déglinguée, fabricant nuit et jour un fœtus délirant, polymalformé, sans que personne ne se prononce sur le lien entre son syndrome et le protocole abortif délaissé en plein court.
La substance abortive avait-elle déprogrammé les noyaux des premières cellules de ce bourgeon naissant ? Ma vieillesse avait pu faire cet ouvrage funeste toute seule, la vieillesse de Bruno pouvait avoir produit des gènes délirants mais résistants, le hasard de la vie, sans lien avec le chagrin, l'avortement, la vieillesse ou la délinquance.
J'ai subi une amniosynthèse sous échographie, hyper vigilante. Un champ opératoire sur le renflement de mon ventre, le foetus décidément trop mobile, l'aiguille démesurée, puis le petit bruit sec de l'aiguille qui perce la peau et immédiatement ensuite le sac amniotique,  « feutt feutt » un bruit double, une sensation profonde au moment de l'aspiration. La seringue se remplie et le ventre se creuse en proportion, en un endroit précis, le lieu de la piqûre exactement. Un dénivelé concave se forme, du même volume que celui prélevé. La préparation des tubes pour les cultures. La pression sur le point de pénétration de l’aiguille, le repos une heure et puis le départ, pour un tunnel de jours. Je savais déjà ce qu'il y avait au bout du tunnel. Je le savais depuis des semaines, des mois.

Je suis repartie avec ma boule de nerfs, de muscles et d'os dans le ventre, ce fœtus si ressemblant à ma vie. Je l'ai porté au-dessus de mes jambes, sous ma peau. J'ai pensé me jeter sous un bus, me jeter d'un pont d’autoroute, la circulation routière m'est apparue comme une solution. Je l'ai pensé. 
Les cellules ont poussé, mon fœtus a tourné sur lui-même sans repos, le téléphone a sonné, le diagnostic est tombé, les médecins ont arbitré, collégialement.
On m'a fixé un rendez-vous. Le nom du syndrome m'a évoqué le grand Nord de l'Europe. J’ai entendu que l'espérance de vie était de quelques semaines sorti de mon ventre, désespérance de vie plutôt, marquée par des pathologies cardiaques, respiratoires, des défaillances organiques. Sa belle vie était maintenant, partageant mes organes, ma respiration, ma digestion, mon alternance de veille et sommeil, la perception du jour, la peur de la nuit, le son des voix de ses aînés, mon agitation fondamentale.
On m'a présenté l'option de l'interruption médicale de grossesse, son cadre légal, son déroulement, un accouchement par voie basse suivi de l'accompagnement du fœtus à la mort, aucun combat pour sa survie, rien qui ne laisse espérer.
Je voulais attendre qu'il meurt, le porter jusqu'à là. Être là tout autour de lui mourant, être sa tombe.
Ils m'ont entendue, dit qu'ils se tiendraient là, pour moi, en fonction de ma réflexion, cette interruption médicale de grossesse étant possible encore quelques temps, mais pas trop. Il faudrait faire assez vite si je la désirais. Là, il n'était pas encore viable, naître le tuerait. Plus tard, il faudrait l'aider à mourir. Je n'ai pas compris tout de suite le sens de ces propos.
Je suis repartie, le fœtus ne bougeait plus, j'avais perçu un coup lorsque j’étais assise devant eux, un coup puissant, plus vif qu'à l'accoutumée, puis plus rien. Il était sonné ce tout petit, sonné par mon propre état de choc, mon cœur battant trop vite, l'adrénaline qui l'avait agressé, les contractions déclenchées.
J'ai appelé Bruno, abasourdi.
J’ai recontacté les médecins, fixé un rendez : la date, le lieu et l'heure où il serait retranché de la réalité. Une fois pour toute.
 
 
La toile à peindre a des chevrons. Des milliers de chevrons. Saumonée jaunasse, la peinture est bien posée, au moins trois couches bien étirées. A un mètre vingt du sol une large plainte en aluminium qui fait le tour de la pièce, trente centimètres de large au moins.
Au plafond des dalles de polystyrène un peu poussiéreuses, tous les cinq plaques une applique lumineuse plate, aux mêmes dimensions que les plaques, poussiéreuses aussi.
Une fenêtre à deux vantaux dont on a supprimé la poignée d'ouverture. La lumière est artificielle. Il est tôt; il fait encore nuit noire.
Je suis mal assis sur une chaise en plastique à peine propre. On nous a enfermés seuls dans la salle d'attente. Je lutte contre le sommeil et l'envie de m'enfuir.
Sophie est à côté de moi. Je l'ai à peine reconnue hier, elle a encore changé ce matin. Son expression, son vieillissement fulgurant, la maigreur mal répartie en son corps. Comme si on l'avait aspirée de l'intérieur, comme si elle était dans un courant d'air infernal. C'est elle, mais pas la femme que j'ai laissée il y a six mois. Entre l'une et l'autre, j'imagine une guerre, deux décennies de procès, un cancer, une science-fiction.
Et ce n'est pas fini.
- “Il est bien ton jean, la coupe est belle.”
- “Mouais, j'en suis assez content. C'est une bonne toile, tu vois je peux le laver et relaver, il ne bouge pas. En même temps, il n'était pas donné.”
- “Oui, mais tu vois, ça vaut le coup de mettre le prix. C'est un vêtement de qualité, il durera plus longtemps, parce qu'il va bien vieillir.”
-“C'est vrai. Je pensais même m'en prendre un second.”
-“N’Hésites pas, tu le portes très bien. Je te trouve très juvénile et puis tu as bonne mine. Très juvénile. Tu as coupé tes cheveux aussi un peu?”
Un long silence obscène. Je voudrais un café, absolument. Je sors ma monnaie
“Je vais me chercher un café, tu en veux un?
“Non, je dois rester à jeun.”
“Ah, oui excuses moi, que je suis con.” “J'arrive très vite.”
Je laisse la vieille femme étrange dans son bocal, un petit fruit qui s'est déshydraté en hiver, au milieu d'elle le noyau qui affleure.
Un pruneau séché autour de son noyau. La pauvre fille, elle a morflé, putain qu'elle a morflé.
Je reviens sur mes pas sans café, on l'a appelée, j'avais dit que je l'accompagnerai. Je prends son sac, son manteau et je passe derrière elle, une autre pièce saumon jaunasse, d'autres chaises pas très propres.
Une sage-femme très jeune lui prend sa tension, puis sa température. Elle reporte les constantes sur le dossier. Je demande si je dois sortir, elle me dit de rester.
Elle dit à Sophie de se déshabiller et de poser ses affaires sur la chaise. Elle se déshabille, sans magie aucune, sans la joie que je la savais mettre dans cet exercice spontané.
“Enlevez la culotte aussi”. Elle enlève la culotte aussi.
Mon Dieu que ce corps est beau et triste.
Au centre de cette femme un enfant en boule. Tout son corps à elle semble converger vers cette masse ondulante et la déséquilibrer.
Ses seins sont gonflés, magnifiques, les mamelons sont plus foncés mais pas agrandis, toujours aussi petits. Un trait brun part de son pubis à son nombril largement surélevé, proéminent.
Ses hanches sont les mêmes, ses cuisses toujours oblongues, elle est plus menue encore autour de ce petit chapiteau forain qui laisse deviner sa complexité : ses muscles à elle, sa poche à lui, puis dans sa poche, son dos sûrement, longue courbe se repliant sur elle-même, en diagonale de Sophie.
Il croise Sophie en son centre, à leur intersection, leurs nombrils.
Elle est debout, porte en son centre un petit corps replié sur lui-même, affleurant sous la paroi abdominale expansée. Sa peau est presque grise tant elle a froid.
Elle me voit la regarder fixement, sidéré par son corps et tout ce chantier.
Je suis vêtu, elle est nue, je suis intègre, elle va exploser. Je ne ressens rien, elle grouille de mouvements et d''informations sensorielles. Elle se met à pleurer, ni la sage-femme ni moi n'y faisons rien.
Il n'y a qu'elle qui soit vivante.
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Message le Mer 8 Avr - 18:33 par liveriu




« Chat loupe, chat pitre, chat lange, chat pèle, chat qui pelote, chat rabia » Antoine psalmodiait en boucle ces mots qui le hantaient, le dernier plus que tous les autres, puisqu’il mêlait sa vieille langue avec l’autre, celle qui cause et qui sait encore se faire entendre. Ah ! la rabbia, ah ! la rage, la sainte rage, la belle rage, l’immense rage qui le traversait, qui l’emplissait, qui le mutilait aussi, puisqu’il était pris par elle et par ses yeux rouges qui l’empêchaient de voir la douceur de l’aube sur le noir de ses montagnes.
Il psalmodiait prostré, appuyé à un hêtre, dans son pays dépeuplé, où seul un hêtre vous manque et vous êtes abandonné. Il passait des heures à laisser filer ses phrases sans queue ni tête, ni tête-à-queue, il vaguait, il gémissait, il avait mal à la tête, et ses lèvres psalmodiaient « Chat loupe, chat pitre, chat lange, chat pèle, chat qui pelote, chat rabia », « Chat loupe, chat pitre, chat lange, chat pèle, chat qui pelote, chat rabia » « Chat loupe, chat pitre, chat lange, chat pèle, chat qui pelote, chat rabia »….
La nuit le sauvait un peu mais pas tant que ça, et même si elle lui enlevait son mal de tête, elle ne lui permettait plus de reprendre souffle, de reprendre vie, et il avait l’immense douleur de voir qu’il était en train de devenir complètement dingue, dingue de ses yeux rouges, dingue de son ronron, dingue de son ronron aux yeux rouges, qui ne lui servait même pas à gravir son Canigou. Antoine, ô la belle chose, souffrait. Quelle merveille de voir souffrir un salaud, quelle merveille de voir danser autour de sa souffrance tous ceux qu’il avait fait souffrir, tous ceux qu’il avait martyrisé avant que d’être saisi par des doigts inconnus, qui l’avaient fait ronronner, qui l’avaient transformé en chat, et qui lui avaient offert en prime ces doux yeux rouges qui le rendaient dingue.
Une fois encore il prit une décision et sans frémir retourna en claudicant vers sa masure puante, bouleversa ses tiroirs en maugréant « Chat loupe, chat pitre, chat lange, chat pèle, chat qui pelote, chat rabia », retrouva enfin ses vieux ciseaux qui autrefois lui permettaient de tondre ses brebis, et qui tout rouillés de sang humain avaient acquis une couleur de fonte, alors que c’étaient de bons ciseaux d’acier qu’il avait su voler, il y avait longtemps déjà, dans un brico débile des habitants de la plaine. Il s’en saisit et tout en psalmodiant « Chat loupe, chat pitre, chat lange, chat pèle, chat qui pelote, chat rabia »il s’enfonça en une seule fois les deux branches dans les deux yeux et s’effondra en hurlant sur le sol pauvrement carrelé de son humble demeure.
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Message le Mer 8 Avr - 18:41 par Francesca


Quelle est donc votre définition du surréalisme? Dominique, MB, au secours! Je n'ai jamais vraiment cerné cette notion, ni cette école. J'aime Boris Vian, qui ne peut paraît-il être classé dans le surréalisme. Mais pourquoi? Si je fais un texte en hommage à Boris Vian me considérerez-vous hors sujet?
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Message le Mer 8 Avr - 18:47 par Hubert Canonici

Chat peau
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Message le Mer 8 Avr - 19:17 par liveriu

Francesca a écrit:
Quelle est donc votre définition du surréalisme? Dominique, MB, au secours! Je n'ai jamais vraiment cerné cette notion, ni cette école. J'aime Boris Vian, qui ne peut paraît-il être classé dans le surréalisme. Mais pourquoi? Si je fais un texte en hommage à Boris Vian me considérerez-vous hors sujet?
Chère Francesca, le surréalisme n'a pas de définition, c'est ce qui fait sa caractéristique. Il fonctionne un peu comme nous, un regroupement de dingues amoureux des mots et des situations les plus absurdes possibles. Il préfère la poésie, comme chez Eluard par exemple, mais la prose de Breton par exemple dans Nadia est une route possible, de même qu'Aurelien de l'immonde Aragon, qui a écrit ensuite de très bons romans inspirés par sa période surréaliste, et comme d'ailleurs Vian, même si sa liberté gênait le dogmatisme de certains des surréalistes. Au théâtre c'est Artaud qui a tenté de faire du surréalisme, mais le plus grand de tous c'est Michaux.
Pour moi lui faire un hommage à Vian c'est bon, mais on verra ce que les grands chefs diront.
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Message le Ven 10 Avr - 16:33 par Sylvie Viallefond

Après neuf mois, l’enfant ne vint pas. Le ventre expansé sans dépassement possible, les seins lourds d’un lait clair, aucun signe de délivrance imminente.
J’attends, des jours, qui se suivant font des semaines, aucun signe de travail, aucun signe d’usure des tissus gonflés d’eau et de sang, des membranes perméables, des verrouillages organiques qui empêchent l’enfant de tomber de sa poche quand je me lève.
J’attends.
Une nuit, le vent se lève, d’emblée fort et sifflant. Une tempête en quelques minutes constituée, mon ventre se met littéralement en érection, le muscle utérin se tend en enserrant l’enfant sous une pression inouïe. La tempête devient séisme, de quoi faire naître une montagne. En état de choc, je ne suis plus, cette histoire va mal tourner. Une fin du monde arrive.
Une contraction incommensurable écarte le passage d’où pointe la poche des eaux qui se rompt brutalement. Un liquide aussi chaud qu’une fièvre gicle, immédiatement suivi d’un pied, puis deux. La douleur m’a mise en déliaison, je la subie et je l’observe. L’enfant se présente à l’envers, c’est tout ce que je réalise, je ne peux éviter de pousser, il s’expulse lui-même, ses fesses, son thorax, vient sa tête, entourée de deux petits pieds. Stupéfaite. L’enfant est sorti, je l’attrape, des jambes sortent, des fesses, un abdomen, un thorax, une tête, bien faite, entourée de deux petits pieds, j’attrape l’enfant, des jambes sortent, le reste, la tête, entourée de deux petits pieds. Huit enfants sortent, le huitième ne semble préparer la sortie d’aucun autre. Le vent tombe.
J’ai coupé avec mes dents les cordons, j’ai senti passer un placenta gros comme une piscine gonflable pour bébé. Chacun a crié, tous n’ont pas tété, ils attendent le poing dans la bouche. Il y a des filles, des garçons, un roux, un noir, deux vrais jumeaux et une petite fille Eurasienne, deux enfants de type caucasien et une petite fille mongolienne.
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Message le Sam 11 Avr - 0:11 par Francesca

liveriu a écrit:
Francesca a écrit:
Quelle est donc votre définition du surréalisme? Dominique, MB, au secours! Je n'ai jamais vraiment cerné cette notion, ni cette école. J'aime Boris Vian, qui ne peut paraît-il être classé dans le surréalisme. Mais pourquoi? Si je fais un texte en hommage à Boris Vian me considérerez-vous hors sujet?
Chère Francesca, le surréalisme n'a pas de définition, c'est ce qui fait sa caractéristique. Il fonctionne un peu comme nous, un regroupement de dingues amoureux des mots et des situations les plus absurdes possibles. Il préfère la poésie,  comme chez Eluard par exemple, mais la prose de Breton par exemple dans Nadia est une route possible,  de même qu'Aurelien de l'immonde Aragon, qui a écrit ensuite de très bons romans inspirés par sa période surréaliste, et comme d'ailleurs Vian, même si sa liberté gênait le dogmatisme de certains des surréalistes. Au théâtre c'est Artaud qui a tenté de faire du surréalisme, mais le plus grand de tous c'est Michaux.
Pour moi lui faire un hommage  à Vian c'est bon, mais on verra ce que les grands chefs diront.

Merci Liveriu. Au moins un qui me répond... Wink

PArdon Francesca, et les autres, je ne recevais pas les notifications de vos messages, d'où mon silence.
Liveriu a parfaitement répondu et cité les plus grands noms du mouvement. L'intérêt pour nous est de libérer encore plus radicalement notre plume en l'affranchissant des contraintes du réalisme. Le surréalisme explore les dimensions invisibles (oniriques, inconscientes, imaginaires...) de la réalité, en utilisant des "techniques" comme l'écriture automatique ou le cadavre exquis. c'est une façon de faire de la littérature un univers en-soi, qui échapperait aux lois de la physique auxquelles le monde et l'Homme sont soumis pour y vivre et transmettre des expériences inédites, créer des associations qui n'existent pas entre des éléments qui n'existent pas plus dans la réalité.

Les collages en sont une bonne illustration.

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Message le Sam 11 Avr - 8:29 par liveriu

Hubert Canonici a écrit:Chat peau
chat c'est gentil, chat ! le vôtre aussi c'est un très bon chat lange !
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Message le Dim 12 Avr - 13:20 par Hubert Canonici

Le cri de la carotte avant de pousser.

La moto démarre.

http://www.routard.com/images_contenu/communaute/Photos/publi/050/pt49584.jpg

Je roule sur les carreaux poussiéreux - d'abord, il me faut trouver le petit meuble avec caleçons et chaussettes propres, au cas où il m'arriverait quelque chose qu'ils disaient avant.
La veuve noire de 50 centimètres de circonférence est semée, son venin me ferait recommencer à zéro.
Le meuble est derrière une carcasse de zébu, à l'intérieur un caleçon Éminence noir à liseré blanc et des chaussettes bleues à losanges violets.
J'ai moins de dix minutes pour pointer au laboratoire, sinon, l'araignée me transpercera, ce sera très douloureux et je repartirai à zéro.
Je dois prendre le virage du grand ravin à la corde pour y arriver, 20 secondes de gagnées, le gouffre ne doit pas m'aspirer, je ne veux pas revivre cette ahurissante chute et m'éclater 500 mètres plus bas sur les arêtes, la trajectoire semble parfaite, la roue avant est à plat, c'est l'embardée, je chute...

Je roule sur les carreaux poussiéreux, j'arrive à hauteur du meuble derrière la carcasse de zébu, j'enfile le caleçon et les chaussettes, en bas du meuble une massette, je frappe un os à son extrémité et j'en retire une pointe bien acérée, j'enlève une chaussettes pour fixer l'os à un manche à balai, j'entends le bruit électrique des déplacements de la veuve noire - elle zigzag prête à bondir - je jète de toutes mes forces la lance, elle l'évite dans un saut se terminant sur ma figure - elle enserre ma tête - je vois une femme s'agiter derrière une cage de verre, elle regarde vers moi et semble hurler - la veuve noire plante ses crochets dans mes yeux, la douleur est vive...

Je roule, derrière la carcasse le meuble, caleçons chaussettes, je file vers la cage de verre, la femme est en transe

- Prenez le filet en haut du meuble, prenez un chaton dans le creux de la roche à votre gauche, l'araignée ira forcément faire un cocon autour, jetez lui le filet dessus, re fabriquez la lance et tuez-la, visez le cœur, après revenez me voir, faites vite !

Je réalise tous les gestes avec dextérité, je retrouve l'espoir.
J'ai un peu de peine pour le chaton et son regard inquiet, la veuve noire tisse son cocon, elle me guette alors que je balance le filet - elle pousse un cri strident et horrible qui me paralyse quelques secondes, je casse un os en pointe, l'attache au manche avec une chaussette - la frappe au cœur - avant de mourir elle plante ses crochets dans le corps tendre du chaton.
Je vais voir la femme, elle me dit de prendre le fourgon derrière la haie de citronniers, de rouler tranquillement et d'effectuer un carottage dans le virage, le matériel nécessaire se trouve à l'arrière, puis de porter le tout dans la zone industrielle à un homme, dans un hangar rouge.

Je m'exécute, arrivé devant le hangar, je remets le prélèvement de goudron à l'homme qui acquiesce comme un bédouin devant un kilos de dattes.
Un semi transporte la cage de verre sur sa remorque, l'homme pratique une ouverture avec un diamant, la femme se jette dans mes bras

- Tu as réussi, viens, nous devons aller en zone mixte !

Elle fourre sa langue dans la bouche, j'avais pas bandé depuis les derniers jeux olympiques, sans doute.
Elle m'explique ce qui va arriver, comment influer et lier notre avenir commun.
Pour commencer, nous sortons de la terre, nous sommes deux belles carottes...

Message le Lun 13 Avr - 23:59 par lovichi

De nouveau, ça part très fort !!!
Bravo Messieurs !!

Message le Dim 19 Avr - 8:38 par lovichi

Hier, je n'avais plus rien.
Rien...
Ris Hein !
Tu te marres. Je sais, c'est drôle. Il y a des types qui partent dans le désert pendant trente jours pour y parvenir.
Moi, j'ai juste perdu mon job il y a un mois.

Un petit boulot comme on dit. Petit, ça en dit long. Petit ne se rapporte pas à la taille du boulot. Un boulot n'a pas de taille même si dans les petits boulots, le salarié est le plus souvent taillable à merci. Corvéable aussi parce que le salarié espère toujours que le petit deviendra grand. C'est un loi de la nature non ? On grandit. Sauf les petits boulots qui eux ne font que se reproduire. Une autre putain de loi de la nature. Ou s'appeler. Ca je ne sais pas d'où ça sort. Peut-être une loi économique libérale ? Et le plus souvent se perdre. Et d'une certaine façon, c'est logique : plus c'est petit et plus ça se perd facilement. Mais c'est aussi ce qu'on trouve le plus facilement en ce moment. Allez comprendre...

Quoi qu'il en soit, avec le petit boulot, c'est aussi ma petite chambre d'hôtel miteux que j'ai perdue - le gérant m'a dit que le nom de son hôtel, c'était "Paris d'ami" et pas le secours populaire ; il n'était pas catho non plus -,  et aussi ma petite amie.

Attention, je dis pas que les femmes sont vénales. Parfois, elles n'ont juste pas de veine... Sûr que c'est pas avec un temps partiel à six cents euros mensuel que tu peux attirer les femmes vénales. Avec cette somme là, t'as juste une chance d'attirer les assistantes-sociales, les infirmières de l'âme, ou les plus paumées que toi. Moi, c'était la troisième hypothèse qui s'était réalisée.

Et elle avait lu dans la paume de ma main que ce n'était pas bon pour nous de rester ensemble. Alors elle était partie. Faute d'argent pour prendre les lignes aériennes, elle suivait les lignes de la main pour tracer son chemin d'existence, celles des autres. Elle aurait pu les lire avant vous me direz, mais elle voulait laisser une place à la magie. Elle les lisait a posteriori. Une fois le problème survenu. Pour savoir ce qu'il fallait faire.

Elle aurait dû rester. Tout ce qui se lit s'interprète.

Hier je n'avais rien. Et aujourd'hui tout a changé.

Tout ou rien. Quatre lettres pour se contredire.

Quand on a tout, il nous manque tout le reste. Quand on a rien, on a tout ce qu'il faut.

C'est drôle une transformation. Puissant. Ca vous surprend quand ça survient. Survient... Vient sur. Vient au dessus de ce qui vient. Recouvre. Tout ce qui se vit s'interprète.

Hier cafard et le lendemain riche comme Crésus. Tout est là. Sur la table. La vie, le bonheur, la joie. Servi.
Merde !
J'ai jamais été servi, verni.

Au poker, il me manquait toujours une carte quand j'envoyais le tapis, aux pronos, toujours un résultat pour remporter le gros lot, aux courses toujours un cheval pour faire le quinté.
J'ai joué par besoin et perdu par nécessité. Un vieux proverbe corse.

Et là, je n'ai plus de besoins et j'ai tout gagné.
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Message le Dim 19 Avr - 12:24 par Marco B

Vous savez quoi ? Je sèche complètement sur ce sujet.

Mais c'est pas grave, les textes sont géniaux.
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Message le Dim 19 Avr - 12:26 par Marco B

"Quelle est donc votre définition du surréalisme? Dominique, MB, au secours! Je n'ai jamais vraiment cerné cette notion, ni cette école. J'aime Boris Vian, qui ne peut paraît-il être classé dans le surréalisme. Mais pourquoi? Si je fais un texte en hommage à Boris Vian me considérerez-vous hors sujet?"

Ben, Dominique, comme je disais précédemment, je sèche et j'archisèche. La réponse de Liveriu me semble bien plus pertinente que ce que j'aurais à en dire. C'est à dire rien.
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Message le Dim 26 Avr - 2:14 par Francesca

Les autres croient tous que je vis seul. Ils me plaignent. Ou ils ne me trouvent pas normal. Il n'y a qu'Alan pour m'inviter parfois chez lui à regarder les matchs du Skeubeu ou de l'OM. Il est fan des deux, je ne m'explique pas ça, d'ailleurs le foot je m'en fous, seulement on mange bien chez Alan, c'est lui qui cuisine car il n'a pas de femme, mais il n'est pas feignant comme moi. On est nombreux à crier, à sauter en l'air, à pleurer ou à rire à chaque but, on a l'air de gros fous, les voisins tapent au plafond...C'est un bon moment, ça me change de mes boîtes de cassoulet ou de choucroute-bière devant l'ordinateur.  Parfois je ne les chauffe même pas, les boîtes.
Mais je ne suis pas seul. J'ai ma petite souris grise. La souris de l'ordi. Ensemble on passe nos soirées et nos nuits. Elle m'accompagne sans rechigner sur tous les sites, y compris les plus inavouables. Elle détourne pudiquement les yeux quand je fais des petites saletés. Après, on visite des sites propres, pas intellos, non, je mentirais, on joue à des jeux, elle me fait toujours gagner et alors ses petits yeux noirs brillent pour me sourire. Elle m'obéit au doigt et à l"oeil, je ne peux pas rêver meilleure compagne.
Les "autres" ne me manquent pas : je ne supporte plus leur veulerie, ni leur hypocrisie, leur esprit moutonnier, leur égoïsme forcené.  
Quand on va se coucher, elle vient avec moi dans le lit, j'installe son petit tapis à côté de moi, là où dormait Cecilia, ma souris d'avant, une vraie souris humaine celle-là, mais n'en parlons pas, j'essaie d'oublier qu'elle dormait là, avec ses longs cheveux soyeux qu'elle perdait un peu partout dans la maison et que je ramassais avec délices, car ils étaient parfumés de ce parfum que je ne retrouve plus nulle part, le parfum unique, celui de Cécilia. Non, j'ai dit qu'on n'en parlait pas, je veux oublier.
"Elle était inoubliable". C'est la petite voix de la souris grise. Elle est aussi triste que moi. Elle lui a tenu compagnie pendant toute sa maladie. Et à présent elle fait tout pour me consoler. Elle y arrive presque, sauf quand on se couche.
Elle est fatiguée d'avoir trottiné toute la soirée sur le web. Alors elle reste là, blottie sur son petit tapis et elle me regarde tendrement et il ne faut pas. Une seule personne avait le droit de me regarder aussi tendrement, et je ne veux pas y penser.
"Tu la trahis en voulant l'oublier". Toi la souris tu la fermes, ou je te jette avec l'ordi.
L'ennui, c'est que le soleil n'entre plus dans cet appartement. La nuit, ça va, on ne pense pas au soleil. La lune est là, ronde comme une consolation, blanche comme mes nuits. Elle se penche par la fenêtre. Parfois elle entre sans façons et se ballade dans toute la maison comme si elle était chez elle. Avant, quand on avait fait l'amour, avec Cécilia, on allait la regarder sur la terrasse. Elle descendait volontiers, on la décrochait et on jouait tout doucement avec elle, au ballon.
"A elle aussi, elle lui manque". Oui, oui, sûrement. Elle doit la chercher dans toute la maison, c'est pour ça qu'elle en fait le tour. Oh, ferme-la, bon Dieu, souricette.
Elle me met de la musique pour m'endormir. Mais il ne faut surtout pas que passe la chanson de Cécilia, surtout pas. Je ne dormirais plus jusqu'au matin.
Le jour, je ne reste jamais chez moi. Je mets la souris dans ma poche, avec juste petit son museau et ses moustaches qui dépassent. On file dès l'aube pour oublier que la maison reste toute noire, toute la journée.
Au bureau, je la cache dans mon tiroir à peine ouvert, car une souris d'ordi vivante, ça pourrait leur paraître bizarre, aux collègues. Ils me croient déjà fou, je ne veux pas leur donner d'autres prétextes.
Il n'y a pas que Cé qui manque, à la maison. Tous les jours, un objet disparaît. Cela a commencé discrètement, sans qu'on s'en rende compte, la souris et moi. Et puis un jour, j'ai vu que le vase de Cé, un grand vase bleu, avait disparu, celui où j'avais laissé le dernier bouquet d'oiseaux du paradis se dessécher. J'ai d'abord soupçonné ma souris. Elle en a pleuré et j'ai regretté ma bêtise : comment aurait-elle pu transporter un vase dix fois plus lourd qu'elle? Je l'ai déçue et ça me fait de la peine.
Ensuite, un à un, tous les objets préférés de Cé ont disparu.
La souris m'a aidé à faire un inventaire sur l'ordi. Chaque soir en rentrant, on regardait ce qui manquait et on barrait l'objet sur la liste. Parfois, on ne trouvait pas ce qui avait disparu et on ne s'en apercevait que dix jours ou un mois plus tard.
Le plus dur, ce fut la photo de Cé, la dernière que j'avais prise d'elle en bonne santé, rayonnante, à la plage. Alors j'ai emporté toutes ses photos chez ma mère et je les ai enfermées à double tour dans un secrétaire.
Un autre jour, j'ai trié tout ce que j'aimais le plus dans les souvenirs de Cé et j'ai tout mis chez ma mère.
A présent, je laisse partir les autres objets, l'un après l'autre.
"Pense à Diogène", dit la souris grise, à chaque fois. C'est ce que je fais, je me dis que Diogène a fini avec juste son tonneau. Et je ressens un étrange soulagement, je me sens plus léger de jour en jour. Tous ces objets, à quoi ils me servaient? Quand on a fait l'inventaire, j'ai eu du mal à me souvenir de beaucoup d'entre eux, ceux qui dormaient au fond des placards depuis dix ans, ou plus, bien plus. Pourquoi me manqueraient-ils?
Mais je pense aussi : "un jour ce sera le tour de l'ordi. Que vais-je devenir?"
J'avais oublié que la souris lisait dans mes pensées. Elle est de plus en plus triste, son poil qui était argenté a tourné au gris terne, ses yeux brillent souvent, mais pas pour me sourire, ce sont des larmes, je le vois bien.
Car sans l'ordi, plus de souris.
"Prépare-toi à me dire adieu", dit-elle parfois.
Mais personne ne se prépare à dire adieu à ceux qu'il aime. Comment se préparerait-on à l'impossible? Que serait cette "préparation à la séparation"?  
Voilà, c'est l'heure de quitter le bureau, le soleil s'est couché. Allez, viens, la souris!
Bon Dieu, le tiroir est vide.
Je suis pris de panique, je cours à la maison. La lune est à peine levée. Un peu décoiffée, elle m'attend dans le salon, près du meuble d'ordinateur. Elle a l'air désolée pour moi.  
L'ordi a disparu, même le petit tapis de souris s'est envolé.
Je crois bien que je suis en train de crier comme un fou désespéré, bien plus fort que lorsqu'on crie au foot avec les autres. La lune s'approche bizarrement de moi, elle est très grande, finalement, elle ressemble un peu à ma mère quand elle me prenait dans ses bras quand j'étais petit, lorsque j'étais tombé. Et aussi un peu à Cé, lorsqu'elle s'approchait en riant par derrière pour me faire une farce.  
Je suis tombé et je me suis fait mal.
C'est la lune qui me ramasse. La lune?
Dieu qu'elle est parfumée, je reconnaîtrais ce parfum entre mille!


Dernière édition par Francesca le Mar 26 Mai - 0:49, édité 4 fois
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Message le Jeu 14 Mai - 22:06 par Hubert Canonici

La vie est surréaliste, puisqu'elle sort de nulle part pour s'étioler en poussière cosmique.
J'aime lire dans les traits instables.
J'aime les textes.
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Message le Jeu 18 Juin - 12:20 par liveriu

Un si parlaia più di ghjorni, erani centi settimani ch’Antonu, chi t’avia u so da fà, un era andatu à fighjulà a so mascina ; O un piuvia micca, sola a grandina era vinuta à batta l’arburi d’a so furesta cara, e uni pochi di saietti s’erani accupati di sciariscia a bughjura di lu mondu. Antonu avia vivutu sicondu à u so versu senza più mischià si di i gesti e di i fatti d’una squatra ch’eddu suvitaia quandu nascia in a so menti u ricordu ch’un omu un po campà solu, ch’edd’a bisognu di fa neci d’essa à mezz’à lu mondu, supratuttu par avè a paci, par crià ad’ogni minuta un spaziu di paci chi daghjia sensu à a so vita.
E tuttu stunatu avia vistu ch’un c’era più ch’un silenziu, un silenziu colmu di nienti, un silenziu di l’abbandonu, un silenziu tutali. Più nimu si lacaia andà à splurà i biddezzi d’u verbu, più nimu s’era lanciatu à palisà uni pochi di sicreti par via d’un scrittu più o menu elaburatu. Più nimu scrivia, più nimu piddaia à u seriu a splurazioni d’u veru riali, u surreali, u mondu ghjustu  ch’avia sempri parmissu à tutt’ognunu di scappà a vita mirdosa, di pruvà à campà meddu a mezz’à tutt’i st’imbroglia chi facini neci d’essa a vita.
Tuttu surpresu piddo una dicizioni. Si n’ando in carciara à circa u so turnavita longu e finu e dicido di smuntà a mascina par veda si tuttu un vinia d’edda. E aspittendu à buscà una pezzetta rotta in un cantu d’u so discu, casco in un mondu strasurdinariu ;
Antonu era un bon micanicu e l’urdinatori a sapia fà marchja, e ancu un ghjornu n’avia fattu unu solu sulettu par splurà i so capacità e u soiu l’avia chjamatu castagnu, chi a mela era stata presa, e chi marchi cummerciali eddu un avia micca ! E dunqua sapia bè cio chi si truvaià drentu à sti cosi chi tutt’u mondu avali utilizaia par fà neci d’essa mudernu, bedd’insiritu in u so tempu. Aspittaia dunqua di buscà uni pochi di carti matrici, uni pochi di viti chjughi chjughi, e unu o dui pezzi di plasticu par fà tena tuttu bè bè in u corpu di l’ensgin.
Ma a so mascina un era più una mascina. Carca di vita e di sulitudini, avia crisciutu da par edda e s’era trasfurmata in un mondu novu. Tutti i lettari, tutti i segni erani duvintati gioeilli, e si vidia oru, argentu, petri turchini, petri rossi, diamanti, perlini rusulani o bianchi più ch’a nevi. E tutti sti gioeilli baddaiani e parlaiani, cantendu si arii cussi dolci chi si paria d’essa in u corpu d’una mamma. E Antonu capia tuttu cio chi diciani sti lettari, colmi di gioia e di tranquillità, chi si ralligriani d’essa stati abandunnati d’a tutt’à sta squatra oramai duvintata muta.
E Antonu tuttu cuntentu d’a so scupertu piddo a sola dicizioni chi li paria ghjusta . Inghjutto una à una tutt’i sti lettari e sti segni d’accumpagnu, e masticendu li l’unu apress’à l’altru, duvento, eddu di no, un segnu novu, un pezzu novu di u santacroci, e ghj’è cussi ch’Antonu fu par l’eternu a nova lettara chi nimu un voli cunnoscia, a lettara d’u silenziu, d’a litteratura compia, d’a scrittura nutuli.
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Message le Jeu 18 Juin - 16:39 par liveriu

صمت العملاق!
أحد يمكن التحدث لمدة أيام، أسابيع مائة أنطوان، الذي كان مشغولاً للغاية، وقد فتحت جهاز الكمبيوتر الخاص به. ليس بسبب المطر: كان هناك إلا قليلاً من البرد في أشجار الغابات القريبة، والبرق قليلة فقط كانت مضاءة ظلام العالم. أنطوان عاشوا عقب عاداته، ودون اختلاط الكثير من الإيماءات وأعمال المجموعة التي تهتم به عندما يتذكر أن لا أحد يمكن أن تعيش وحدها، الجميع بحاجة إلى التظاهر بالانتماء إلى قلب العالم، لا سيما في العيش في سلام، لبناء مساحة من السلام، وإعطاء كل معنى الثانية لوجودها.
وكان بدهشة كبيرة أن كان ينصح أن أتم أكثر من الصمت، صمت شغلها، صمت الهجر، صمت مطلق. لا أحد يجرؤ على استكشاف جمال اللغة، لا أحد بدأت تكشف عن بعض أسرار من خلال كتابة عملت أكثر أو أقل. كتب أكثر من شخص، لا أحد أحاط بالقلب لاستكشاف الواقع الأكثر حقيقية، سريالية الواقع، عالم واحد فقط أن سمحت دائماً كل شخص الفرار من هذه الحياة غزر، دائماً يسمح للجميع في محاولة للعيش على نحو أفضل في مركز المزالق التي تجعل الاعتقاد بأنهم، الحياة.
مندهش للغاية، حتى أنه اتخذ قرارا. أنه نزل في قبو منزله تبحث عن أ ه مفك نحيلة طويلة، وأنه بدأ بتفكيك جهاز به، ومن المؤكد أنه ليس من جاء لها. وفي حين أنه من المتوقع العثور على قطعة مكسورة في ركن من بلده الصلب، دخل الكون غير عادية.
أنطوان كان ميكانيكي جيد، وأجهزة الكمبيوتر، وعدم إلا أنه يعرف باستخدام، بل وحتى، يوما ما، أنه في صنعت واحدة لإثبات مواهبه الخاصة، وقد دعا الكستناء، قد اتخذت بالفعل أبل، وأن الأسماء التجارية، أسماء الشركات، وقال أنه ليس لديه شيء أنها نظيفة! وهكذا كان على علم تماما بما أنه سيجد في هذه الأشياء الغريبة التي الجميع الآن، اعتادت أن تكون مقتنعة بأن تكون الحديثة، للتأكد يدرج أيضا في وقته. وهكذا، أنه يتوقع العثور على عدد قليل من الأوراق الرابحة ومسامير اثنين أو ثلاثة، وواحد أو اثنين من علامات التبويب البلاستيكية التي تم استخدامها لجيدة تناسب جميع هذه العناصر في بطن المركبة.
ولكن كان له آلة أكثر من جهاز. يصبح على قيد الحياة بفضل له الشعور بالوحدة، وقالت أنها قد استمرت في النمو، وقد تغيرت تماما. كل الحروف، وكل الدلائل، تم تحويلها إلى المجوهرات وأقر الذهب والمال، اللازورد، الياقوت، والماس، واللؤلؤ الوردي واللؤلؤ الأبيض أكثر كالثلج. وجميع هذه المجوهرات رقصت وتحدثت ورقصت وغنت الألحان حلوة أن يعتقد في بطن أمة. وأنطوان يفهم كل ما قيل، بينما أعرب عن هذه الرسائل، سواء للفرح والسلام، كما أنهم ابتهجوا لتم التخلي عنها بهذا الفريق أصبحت صامتة.
وأنطوان، أنه أيضا جميعا سعداء بهذا الاكتشاف، اتخذ القرار الوحيد الذي يبدو أنه الأفضل. أنه ابتلع واحداً تلو الآخر كل هذه الرسائل وهذه الإشارات النحوية، والتفت بمضغ لهم بعناية، بدوره. علامة جديدة، كانت الرسالة الجديدة الأبجدية، أنطوان الآن إلى الأبد الرسالة الجديدة أن لا أحد يريد أن تعرف، الرسالة الصمت، الأدب المكتملة، كتابة الرسالة تصبح عديمة الفائدة.
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Message le Jeu 18 Juin - 18:50 par liveriu

Gigantesque Silence !
On ne pouvait parler de jours, cela faisait une centaine de semaines qu’Antoine, qui avait été très occupé, n’avait ouvert son ordinateur. Pas à cause de la pluie : il n’y avait eu qu’un peu de grêle sur les arbres de la forêt voisine, et seuls quelques éclairs avaient illuminé l’obscurité du monde. Antoine avait vécu, suivant ses habitudes, et sans plus trop se mêler des gestes et des actes d’un groupe qui l’intéressait quand il se souvenait que personne ne peut vivre seul, que chacun a besoin de faire semblant d’appartenir au cœur du monde, surtout pour vivre en paix, pour construire à chaque seconde un espace de paix, pour donner du sens à son existence.
Et c’est avec un grand étonnement qu’il s’était avisé qu’il ne rencontrait plus qu’un silence, un silence empli de rien, le silence de l’abandon, un silence absolu. Plus personne n’osait explorer les beautés du langage, plus personne ne se lançait à révéler quelques secrets à travers un écrit plus ou moins travaillé. Plus personne n’écrivait, plus personne ne prenait à cœur d’explorer la réalité la plus réelle, la surréelle réalité, le seul monde juste qui avait toujours autorisé chacun à fuir cette vie de merde, toujours autorisé chacun à tenter de vivre mieux au centre des embûches qui font croire que ce sont elles, la vie.
Très étonné, donc, il prit une décision. Il descendit dans sa cave à la recherche d’un tournevis long e effilé, et il se mit à démonter sa machine, pour être sûr que cela ne venait pas d’elle. Et alors qu’ il s’attendait à retrouver une pièce cassée dans un coin de son disque dur, il pénétra dans un univers extraordinaire.
Antoine était un bon mécanicien, et les ordinateurs, non seulement il savait s’en servir, mais, même, un jour, il en avait fabriqué un pour se prouver ses propres talents, et il l’avait appelé châtaigner, parce que la pomme avait déjà été prise, et que des noms commerciaux, des noms d’entreprise, il n’en avait aucun qui lui soit propre ! Et donc, il était parfaitement informé de ce qu’il allait trouver dans ces trucs bizarres que tout le monde utilisait désormais, pour se persuader d’être moderne, pour être sûr d’être bien inséré dans son temps. Et donc, il s’attendait à trouver quelques cartes maîtresses, deux ou trois vis microscopiques, et une ou deux languettes de plastique qui servaient à bien faire tenir tous ces éléments dans le ventre de l’engin.
Mais sa machine n’était plus une machine. Devenue vivante grâce à sa solitude, elle avait continué de se développer, et s’était complètement transformée. Toutes les lettres, tous les signes, s’étaient transformés en joyaux, et on reconnaissait de l’or, de l’argent, des lapis, des rubis, des diamants, des perles roses et des perles plus blanches que la neige. Et tous ces joyaux dansaient et parlaient, dansaient et chantaient des airs si doux qu’on se serait cru dans le ventre d’une mère. Et Antoine comprenait tout ce qui était dit, tout ce qu’exprimaient ces lettres, gavées de joie et de tranquillité, car elles se réjouissaient d’avoir été abandonnées par cette équipe désormais devenue muette.
Et Antoine, lui aussi tout content de cette découverte, prit la seule décision qui lui parut la meilleure. Il avala une à une toutes ces lettres et ces signes grammaticaux, et en les mâchant soigneusement, il se transforma à son tour. Devenu signe nouveau, lettre nouvelle de l’alphabet, Antoine désormais fut pour l’éternité la nouvelle lettre que personne ne voulait connaître, la lettre du silence, de la littérature achevée, la lettre de l’écriture devenue inutile.

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Message le Jeu 18 Juin - 20:01 par Hubert Canonici

Bravo Liveriu, c'est très cru de vérité, lire le silence c'est une réalité étouffante.
Écrire pour un puits qui ne réfléchit pas, voilà où passent mes nouveaux mots.
Liveriu, vous avez fait naître l'echo des ténèbres.
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Message le Ven 19 Juin - 8:08 par liveriu

Le silence à deux voix cela commence à faire la musique de l'univers, mais ce n'est pas encore assez pour créer. Nous sommes sur la corde du violon d'avant le big bang, nous verrons bien s'il aura lieu.
Bon puits, Hubert, bon puits, et merci.
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Message le Sam 20 Juin - 20:56 par Hubert Canonici

L'bec.

La lumière filtre par les jalousies en halos poussiéreux, Marc va appuyer sur la détente, le canon de son flingue est dans sa bouche direction cervelle.

Poc poc poc...

Ça l'alerte, un poussin picore l'œil de sa poupée, robot sexuel plus vrai que nature, en espérant gober la mouche à l'intérieur. Ça le fait sourire, le remet sur une ligne de vie, après tout, il peut bien voir venir la soif puis l'étancher encore et encore.

Alors, il pose l'arme, se remémore ce fameux diner de samedi dernier, il pousse un cri intérieur l'électrisant de manière tentaculaire jusqu'à ses extrémités.

Toute la crème était là, la fraîche, la délavée fripée, l'élite indigène, les cosmopolites éclairés, des pédants - diverses dindasses, porcs et porcasses.

Il ne s'en était pas douté une seule seconde, son invitation était un prétexte, celui de sa mise à mort sociale, la plus perverse...

Marc avait eu l'outrecuidance, n'est-ce pas, de produire un article dénonçant la redondante pleurniche de la tranche éclairée de ses concitoyens les plus repus.
Il y relatait son agacement devant ce consensus de façade, ce front commun devant la courageuse lutte contre... "le rien"...

C'était de pointus et lancinants cris de révolte contre une critique émise par tel homme politique continental, ou contre la lourde blague de tel animateur minable - ça pouvait bien l'agacer 5 minutes à Marc, ces pics venus de fâcheux félons, mais la pseudo révolte obligée de ses coreligionnaires l'irritait définitivement, comme s'il avait son ressort tissé de fibres nationales définitivement cassé, n'est-ce pas...

Ces mêmes raffinés, houspillaient les virtuels responsables d'un flux non contrôlé de pouilleux, venus de pays réduits en terre battue par leurs gentils défenseurs civilisés et démocrates...

Marc pointait aussi, dans son article, la critique acerbe de ces pouilleux, effectuée par d'irréprochables patriotes d'opérette, entre deux cocktails d'inaugurations diverses et variées.
Ils viennent dans des embarcations indignes, ils veulent les miettes d'un argent qui ne leur appartient pas... Marc avait juste demandé, mais à qui appartient il ?

On est à l'ère où certains obtiennent le bac avec mention avant la naissance - où nombre de femmes vivent avec des robots qui les font jouir bien plus fort que la chair et le sang - c'est pas un monde de poète... à suivre
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Message le Lun 22 Juin - 20:21 par Hubert Canonici

L'apéro précédant le repas était paisible, Marc se pensait même bien considéré.
La sanction vint au moment du dessert.
Une éminente sous-secrétaire d'état ouvrit les hostilités

<< Huissier ! Faites distribuer la photo de Marc avec sa bite à la main ! >>

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