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New Hamlet, par Marc Biancarelli

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Dominique Giudicelli
Admin

Messages : 397
Date d'inscription : 28/02/2014
05042015

New Hamlet, par Marc Biancarelli

Message par Dominique Giudicelli

Quand les bornes sont franchies, la transgression ne connait plus de limites, et Marcu Biancarelli nous entraine loin, très loin...


Aujourd’hui, j’ai baisé maman. Ou hier, je ne sais plus. De toute façon ça fait plus d’un mois qu’elle est dans la cave, attachée, et de temps en temps je descends et je la baise. Donc ça pouvait être aujourd’hui, ou hier, ou tous les jours, j’avoue que je ne fais pas une croix sur le mur à chaque fois que ça se produit.

Maman a toujours été une sacrée délurée. Une sorte de Catherine M. qui fréquentait les milieux mondains, mais seulement en province, et juste pour la défonce, les touzes, car maman n’a jamais écrit le moindre livre, ni fréquenté réellement le monde des arts. Enfant, j’ai bien connu quelques junkies de passage qui prétendaient faire de la peinture, mais bien des années plus tard, lorsque j’ai voulu taper leurs noms sur google pour vérifier qu’ils avaient réellement existé, rien n’est remonté en surface. Juste un effluve concernant un certain Gary Laherte, qui avait laissé une trace désespérée et affligeante sur Copains d’Avant. Il était devenu chauve et souriait niaisement à un photographe improvisé, un ami de travail, sans doute, et son sourire ravagé et son teint olivâtre n’annonçaient pas la joie de vivre. J’ai eu la nausée en imaginant que ce blaireau avait lui aussi baisé maman, à une certaine époque.

J’étais juste une petite merde qu’on foutait au placard les soirs d’ivresse. On m’envoyait dans ma chambre et je me pignolais en entendant les bruits des orgies. Je dois à l’honnêteté de reconnaître que jamais l’on ne profita de mon jeune âge pour faire des choses sales avec mon corps. Ça n’était pas Outreau à la maison, mais si mon corps y échappait, mon âme, elle, se fissurait à mesure que maman subissait les assauts bruyants des différents convives. Certains devenaient même mes nouveaux papas à l’occasion. Ils s’installaient chez nous, du jour au lendemain, duraient ce qu’ils duraient, commandaient ce qu’ils pouvaient, puis ils disparaissaient comme ils étaient venus. Ils ne m’ont laissé que peu de souvenirs, hormis Oncle Claudius, un ancien diplomate qui prétendait être l’auteur caché d’Emmanuelle, ce bouquin à la noix qui faisait bandouiller les amateurs d’érotisme, bien avant que Youporn ait définitivement tué ce succédané d’émotion sexuelle. Je n’arrive pas à croire que l’on ait un jour pu bander en regardant Emmanuelle, ou même les films X à la con des années 70, où Brigitte Lahaie exhibait une touffe à faire pâlir de honte le plus velu des mollahs de Daech. Mais c’était ainsi. On bandouillait alors pour un rien, et les pseudos auteurs de nanars érotiques à deux balles hésitaient à assumer publiquement les livres qu’ils avaient soi-disant écrits. Ils baisaient ma mère dans le fion, mais ils hésitaient à s’assumer officiellement dans la transgression.

J’ai été un adolescent sans aucun intérêt, et de même un adulte des plus effacés, des plus soumis. Au bureau – je travaillais au centre des impôts de ma petite ville de naissance – je m’écrasais comme une bouse dès que mon directeur sonnait du clairon, Monsieur Polonius, et je me vengeais par la suite avec les mauvais payeurs. J’étais même, je pense, le plus impitoyable des agents du Trésor public, sans pitié pour les plus petits, roublard avec les plus puissants. Mais je savais y faire pour amorcer anonymement un contrôle fiscal même lorsque ces barons de province croyaient pouvoir me toiser, me prendre de haut. Sinon je vivais seul, dans une petite maison cossue du centre-ville. Je cuisinais pour moi-même et de temps en temps je m’offrais des vacances. Je partais en Thaïlande, j’y baisais de très jeunes filles que leurs mères avaient vendues pour un bol de riz, et qui se trémoussaient dans les peep-shows de Bangkok ou de Pattaya. Au pays, en revanche, ma misère sexuelle était complète. Je ne tirais que des grosses désespérées que je piégeais sur des sites de cul. J’eus aussi quelques expériences échangistes, mais elles tournèrent au fiasco lorsqu’il me fallut me dévêtir devant les maris. Leurs regards inquisiteurs m’étaient insupportables, leurs sexes dressés m’effrayaient à mesure que le mien semblait rétrécir et s’engoncer en moi comme dans une gangue.

Le souvenir d’Oncle Claudius, notamment, me semblait se raviver chaque fois qu’une de ces expériences se présentait. Les obscénités qu’il émettait envers maman, à l’instant du coït – souvent partagé avec leurs amis – ou les remontrances qu’il proférait sempiternellement à mon encontre me revenaient en mémoire et me hantaient. Toujours il m’avait rabaissé, me reléguant au rang de sous-être, insignifiant, méprisant chacune de mes tentatives afin d’exprimer la valeur qui était en moi. Enfant, je dessinais beaucoup, et je montrais mes dessins à maman, dans le vague espoir qu’elle m’incitât à poursuivre une carrière artistique. Je croyais même pouvoir être peintre, comme tous ces gens étonnants qui défilaient à la maison. Oncle Claudius anéantissait chacune de mes velléités. Il disait que je ne serais en aucun cas un dessinateur digne de ce nom, et me déniait à jamais l’espoir de devenir peintre.

J’ai retrouvé sa trace il y a quelques temps. Malgré son âge avancé, et une sénilité somme toute assez visible, il animait des cafés littéraires dans les beaux quartiers – pas toujours, parfois de simples MJC suffisaient semble-t-il à son bonheur, pourvu qu’il ait pu s’y donner en spectacle, s’y exhiber selon les caprices de sa nature extravagante. J’ai repéré l’annonce d’un café littéraire, et je l’ai enlevé le soir lorsqu’il en revenait. Il avait arrêté son taxi juste devant son domicile, et avant qu’il n’ait pu mettre les clés dans sa serrure, je lui ai chloroformé la gueule sans ménagement. Il s’est réveillé dans ma cave, ligoté, et nu. Je l’avais attaché sur un fauteuil en osier, exactement comme Sylvia Kristel incarnant Emmanuelle tant d’années auparavant. J’ai imaginé que cette photo immortelle avait été une œuvre de ce salopard pédophile de David Hamilton, mais je ne crois pas, il n’en a rien été, et après tout peu importe. Car mes sentiments artistiques ne m’ont pas mené vers ce flou langoureux, ces voiles légers sur des corps nus, vers le grain baroque de ces insupportables portraits d’enfants que proposait le porno-chic des seventies.

Je lui ai bourré la gueule à coups de poings, pendant qu’il étouffait de douleur et d’incrédulité, je lui ai fracassé les côtes et les tibias à coups de pied, et ça n’est qu’alors, au comble de cette fureur invraisemblable qui guidait ma vengeance, que je me suis rendu compte de l’excitation qui était la mienne. Oncle Claudius était devenu ma chose. Une créature dont j’assumais la pleine possession. Je pourrais si je le voulais en jouir à satiété. Satyre gérontophile désormais révélé, j’ai alors acheté un chevalet dans une salle de gym. Je l’ai descendu à grand peine jusqu’à la cave, et installé comme il se devait devant mon prisonnier qui, bâillonné, ne pouvait témoigner de son effroi qu’en me lançant des regards suppliants et épouvantés. Il a eu droit à quelques nouvelles baffes, et je l’ai finalement trainé jusqu’au chevalet, où je l’ai mis en position, bien à califourchon, les mains et les pieds liés à l’instrument de torture. Là, une fois qu’il était dans l’impossibilité de se mouvoir, ou d’esquisser le moindre geste de défense, je n’ai pas fait cas de la merde dont il s’était souillé, et j’ai enculé Oncle Claudius jusqu’à le faire exploser de honte.

Maman est désormais liée à lui, je veux dire attachée au fond de la cave d’où personne n’entendra leurs cris. Lorsque je sodomise Oncle Claudius, je vois la gueule décomposée de ma mère qui cherche à remplacer ce qu’elle voit par du vide. Elle me fait penser à ces drogués qui mouraient sur les bas-côtés des routes de Katmandou, au temps des rêves chimériques d’une génération de sales cons, trop gavés de liberté. Les temps sont aux achèvements, les chimères sont aux caves, et les irresponsables d’antan sont tout au bout du processus, sur des chevalets de souffrance où les enfants du libéralisme le plus accompli les défoncent sans vaseline.

Puis je la prends à son tour, pliée sur son chevalet d’orgueil. Je l’entendrais presque qui mugit.

O my son, what theme ?


Mais il n’est nulle cause, mère, et quarante mille frères ne pourraient, de toute leur quantité d’amour, arriver au total de l’amour dont vous m’avez privé.
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