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Sujet imposé : la honte, textes en lice

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Dominique Giudicelli
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Messages : 397
Date d'inscription : 28/02/2014
16022015

Re: Sujet imposé : la honte, textes en lice

Message par Dominique Giudicelli

Karlheinz : Die Lager der Scham*


Non, je n'ai pas honte. Je n'ai plus honte. La culpabilité m'a rongé, jusqu'à l'os, le squelette blanchi comme une pièce de pot-au-feu, et lorsqu'il n'y eut plus rien à manger, comme tout charognard, la honte s'en est allée sucer le sang d'un autre. Exsangue et décharné, voilà ce que je suis. Pourtant, la couche de graisse était épaisse, gavé que j'avais été par mon éducation catholique, repu de culpabilité et d'interdits. La morale. Le bien et le mal. Le jugement. Je n'ai plus honte.

Il en aura fallu des centaines, de milliers peut-être. Gluante et collante comme un glaviot de tuberculeux la culpabilité s'incruste au plus profond de notre être, sorte de métastase de la conscience qu'aucune chimiothérapie ne peut atteindre. J'étais aux commandes, c'est moi qui actionnais le levier, celui qui mettait un terme à toute cette merde. Bien sur nous étions des milliers à participer, chacun à sa place, chacun à son poste, je n'étais qu'un élément de la machine, mais c'est bien moi qui actionnais ce putain de levier. Il y avait peu de cris ; la fatigue, la résignation, l'efficacité de notre méthode. Je n'ai pas honte de le dire, notre méthode. La mienne aussi. J'en ai vomi, j'en ai pleuré, je me suis tordu de douleurs sur mon lit, j'ai posé plusieurs fois mon Luger sur ma tempe, mais je me suis toujours relevé, je n'ai jamais appuyé. J'ai abaissé ce levier tant et tant de fois.

La douche. Pour moi aussi. A chaque vague, une couche de culpabilité disparaissait ; rincé de ma honte à chaque convoi. Je peux le dire aujourd'hui, il n'y a pas de morale, pas de code, pas de loi. Il n'y a que des hommes. Des hommes qui appuient sur des leviers ou sur des gâchettes, des hommes dont les caresses sont des alibis, des hommes abrités par leur honte, honte ridicule, simple symptôme de leur humanité dissoute dans l'acide des guerres et des crimes, des haines et des jalousies, dissoute dans leur égoïsme.

J'ai abaissé ce levier, c'est tout. Je n'ai plus mal au ventre, je n'ai plus vomi en y pensant, je n'ai plus touché mon Luger que pour le faire briller ; la honte m'a quitté pour se poser sur les épaules des autres, ceux qui en sont revenus. Honte de n'avoir pu se battre, de ne pas s'être jeté contre les barbelés, honte d'avoir marché sur plus faible ; simplement honte d'avoir survécu et de n'être que des hommes.


* Les camps de la honte


Dernière édition par Dominique Giudicelli le Mar 24 Fév - 19:49, édité 1 fois
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Message le Lun 16 Fév - 18:34 par Dominique Giudicelli

Liveriu : Anecdote

La honte est un curieux sentiment. On la croit partagée par tous, on s’imagine que c’est une réalité humaine généralisée, on croit même dans certaines spiritualités que c’est le plus pur chemin vers la rédemption et le rachat.
Antoine, lui, ne connaissait pas la honte. Ce n’était pas un monstre absolu, ce n’était qu’un être sans grande envergure, qui aimait faire le mal, mais sans volonté d’affirmation, sans discours explicatif trop recherché. Non, c’était son comportement, sa personnalité, il vivait dans le mal, il existait dans les méfaits, il se contentait de suivre son fil, sans s’interroger davantage sur cette façon qu’il avait de ne se reconnaître que dans des coups, sordides le plus souvent. Il s’interdisait d’être un bandit magnifique, il haïssait les légendes de ses montagnes où des êtres forts comme des géants accomplissaient des exploits au nom de l’honneur, faisaient trembler les institutions, chuchoter les vieilles, le soir à la cheminée, et illuminer le regard des enfants éblouis. Lui, il vivait. Comme il avait été soldat, il avait son ordinaire garanti, puisqu’il était retourné dans ses rives, après deux périodes complètes de service, une activité qu’il avait appréciée, et dont il avait profité pour affiner ses talents en toute légitimité, au nom des puissants et des chefs, enfin de ceux qui s’imaginaient l’être et qui ne faisaient que jouer des rôles affreux au nom des grands principes, et pire, parfois, au nom des grands sentiments.
Et là il s’était fait malfrat. Oh ! ne croyez pas que c’était un braqueur magnifique, un de ces êtres courageux qui se lance seul derrière un comptoir en giflant la caissière pour montrer qu’avec lui ça ne va pas rigoler. Non, Antoine, lui, avait choisi de voler les vieilles, pas celles de son village, trop veule et trop lâche, mais toujours celles des autres villages, là-bas derrière la crête, là où personne ne le connaissait et où personne ne pouvait le reconnaître. Et il ne le faisait pas pour l’argent, encore moins pour vider ses glandes, non il le faisait parce que, de temps en temps, ça lui venait, alors, il partait, il allait, il accomplissait, et il s’en retournait avec trois perles, un bracelet tout usé, ou une gourmette avec un prénom de bébé, tous ces trésors que, dans son pays, on gardait précieusement, comme une manière de faire vivre son histoire, de se construire une mémoire. Et comme il appartenait à un monde d’engagés, d’amoureux de la guerre, des veuves, des vieilles, il y en avait beaucoup, ce qui lui donnait de l’ouvrage, et ce qui le satisfaisait de manière continue depuis maintenant quelques années.
Ce soir-là, assis sur son tabouret devant son feu qu’il chahutait lentement sans trop penser, parce que penser était une chose qui l’emmerdait profondément, Antoine réfléchissait. La sortie avait été juteuse et la promenade particulièrement profitable. Sur la table, derrière lui, il avait déposé un grand sac de supermarché tout rempli de belles choses. Des pièces, des lingots, et aussi des billets, des liasses de billets, des vieux fatigués tenus par un élastique, et même des coupures neuves et craquantes qui venaient sans aucun doute de sortir d’un ou de plusieurs distributeurs de la ville voisine. Et Antoine réfléchissait en se disant qu’il en avait marre. C’était trop facile, et maintenant voilà que ça devenait rentable, qu’il venait sans trop peiner de quintupler sa pension trimestrielle, qui, pourtant, dans la misère locale, faisait de lui un des plus aisés du canton. Et cela l’emmerdait parce qu’il y en avait trop, et que même s’il entrait en java pendant plusieurs semaines, il n’en viendrait pas à bout, il était prisonnier de ce butin dont le montant venait, une seconde fois, pensa-t-il, de le mettre à la retraite.
On aurait pu penser que devant cette fortune, un remords, une question, une interrogation dubitative ne lui traversât l’esprit. On aurait pu penser, et on aurait été un con, car Antoine, des remords, des rougeurs aux joues, des questions profondes, il ne s’en posait jamais. Il allait, il venait, il se cuitait, il se battait, il pontifiait, il sautait quelques grognasses dans les lieux les plus sordides possible, mais il ne se regardait pas, il ne s’analysait pas, il était simplement ce qu’il était, et si, nous à sa place, nous réfléchissions, nous pourrions dire qu’il n’était qu’une grosse merde bien banale et bien hideuse. Mais, de notre avis, Antoine s’en foutait, et de l’avis du monde entier, d’ailleurs, il se foutait aussi, il suivait son erre, jour après jour, en toute automaticité biologique.
Pourtant ce soir-là se produisit un déclic. Fatigué de regarder son feu et énervé par le poids du sac toujours posé sur la table qui lui paraissait le narguer, et Antoine n’aimait pas être nargué, ni par un sbire, ni par une chose, Antoine se détourna de sa cheminée, s’assit devant le sac et commença à séparer les pièces des billets, ce qui lui prit un bon moment, ce qui eut le don de l’énerver encore plus. Une fois les deux tas constitués, il prit les billets et les jeta au feu, quant aux pièces il les dispersa par la fenêtre de sa masure du côté de la montagne, là où personne ne pouvait passer, là où elles attendraient une fin du monde pour briller sous un soleil nouveau, un monde toujours inconcevable où des êtres de son acabit, des personnages sans vergogne, n’auraient aucune raison d’exister.
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Message le Lun 16 Fév - 18:35 par Dominique Giudicelli

Sylvie Viallefond :
La première expérience de honte est onirique. Elle est là, elle a 6 ou 7 ans, dans le petit supermarché de sa commune de banlieue et elle fait pipi sur des toilettes devant tout le monde, entre le pressing et la pharmacie. Elle ne peut pas s'interrompre, c'est parti, ça dure infiniment. Puis vient un autre rêve. Elle part a l'école sans culotte. Tout y est, sauf la culotte. Personne ne le sait, qu'elle. Le même rêve mais sans chaussures. Elle a une culotte mais pas de chaussures.

Puis plus tard la honte surgit à l'état de veille. Son père surpris nu dans la lumière du frigo une nuit où elle s'était levée pour boire. La porte rabattue sur lui, sa surprise, son effroi, lui si pudique. Comment faire que ça ne soit pas arrivé? Comment se reparler après?

La honte ensuite, partagée avec d'autres filles, des règles surprises, inattendues, inopportunes, profondément inutiles, qui l'ont attaquée par derrière, ce vêtement maculé qu'on découvre le soir et qui nous a dénoncé à notre insu tout le jour, cette tache sur le canapé des voisins, sur le siège de voiture d'un grand frère, bienveillant et élégant de n'avoir rien dit.

La honte du bruit des sexes qui se trouvent et se séparent, les autres en font ils aussi, peut on en parler? Si ça pouvait ne pas exister. Si ça pouvait ne pas être arrivé. Si ça pouvait être pareil pour tout le monde.

La honte d'avoir donné à voir à son compagnon devenant père dans l'instant un corps intime béant et obscène, qu'elle est la seule à n'avoir pas vu et aurait souhaité cacher à tous.

Excréments, nudité, sang des règles, sexe obscène de l'accouchement. La honte lui semblait avoir pour origine le corps, son corps et comme vecteur la vue : voir ce qu'il ne faut pas voir et avoir été vue comme elle aurait souhaité ne jamais l'être.

Chez elle la honte ne volait pas haut, elle était pas mal liée à des questions d'orifices, et des orifices, les filles en ont plus que les garçons.

Les garçons ont ils des grandes hontes, morales et civilisatrices et les filles des hontes de fuites, de béances, ou de dégoulinures? Des hontes de bruits, d'échappements? Des hontes de pertes...perte de contrôle, perte d'amour? Perte d'estime, ce moment où le corps casse le charme? La honte, c'est cette image qui vient en tête comme une balle de tennis à pleine volée, on voudrait fuir sa tête mais c'est impossible, on voudrait oublier, mais c'est arrivé, alors quand déboule la pensée, on chantonne, on toussote, comme pour cacher le bruit que fait l'image dans la tête. Comme on toussote après un petit pet pointu, juste après, justement après, trop tard.
Elle a vécu d'autres hontes aussi, plus graves, plus sérieuses, des hontes interhumaines ayant eu de très grandes conséquences, mais elle ne comprend pas pourquoi un même mot évoque le long apprentissage du corps et de la féminité, en creux, en intériorité, cavitaire et troglodyte et le long apprentissage de la citoyenneté. La honte de se montrer non épilée ne peut égaler la honte de n'avoir pas protégé ou d'avoir douté d'une innocente peut être.
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Message le Lun 16 Fév - 18:36 par Dominique Giudicelli

Francesca :

Le monde est désormais pour moi divisé en deux catégories : les "excusards" et les "accusards".

Pas depuis longtemps. C'est Millan Kundera qui m'en a fait prendre conscience, dans son dernier livre, " la fête de l'insignifiance" : un de ses personnages, Alain, est heurté par une passante et aussitôt, instinctivement, platement, il s'excuse, tandis que l'autre, sans aucune gêne, sans doute confortée par cette pauvre humilité, l'insulte : "connard!"

Alain s'en trouve alors profondément troublé, au point qu'il a besoin d'appeler un ami avec qui il partage une longue réflexion sur cet instinct somme toute un peu ridicule, de la race des "excusards", à laquelle il appartient, et dont triomphe sans coup férir l'autre race, celle que j'appellerai donc par parallélisme celle des "accusards".

Incontestablement, je suis des "excusards", comme Alain. Au top 3 des mots que j'emploie au quotidien, un statisticien averti trouverait nécessairement : "désolée", "pardon", "excusez-moi"!

La question essentielle est : "Pourquoi"?

Pourquoi ce besoin impulsif de s'excuser de toute erreur supposée, de tout faux pas sans doute imaginaire, d'une insuffisance largement dramatisée, en toute occasion, avec tout le monde, même et peut-être surtout avec les pires des connards? Avec ces imperturbables suffisants qui pensent toujours que ce sont les autres les coupables, qui, eux, ne se remettent jamais en question, ces orgueilleux invétérés qui se feraient couper en deux plutôt que d'imaginer que l'on puisse s'excuser d'une faute, qui accusent et insultent sans complexe, comme cette conne de passante, comme ces conducteurs qui vous invectivent et sont prêts à vous frapper alors que ce sont eux qui ont cherché à vous griller la priorité? Et vous vous excusez quand même, vous n'êtes pas sûre d'avoir bien vu, de ne pas vous être trop vite avancée, vous vous sentez coupable de ne pas avoir bien anticipé. Un rapport quasiment sado-masochiste aux autres s'est-il sournoisement installé, qui vous fait immédiatement repérer comme victime potentielle des gens dont on parle souvent : les narcissiques pervers?

"Qui s'excuse se déclare coupable", dit Alain. "Et si tu te déclares coupable, tu encourages l'autre à t'injurier, à te dénoncer, publiquement, jusqu'à ta mort."

A la racine de ce besoin de s'excuser, n'y a-t-il pas finalement quelque blessure profonde, une faille inconsciente qui pourrait bien avoir pour motif la honte d'être soi et pour tout dire, l'incertitude de sa légitimité d'être au monde. S'excuser d'exister, n'est-ce pas la base de tout cela?

Et si l'on creuse encore, l'Enfance surgit : l'enfance où l'on a toujours été déclaré coupable, où l'on n'a peut-être pas reçu ce brevet de légitimité que devrait recevoir tout enfant avec l'amour inconditionnel et l'admiration de ses parents, soit que ceux-ci aient été absents, ou qu'ils l'aient dominé comme des dictateurs sans l'écouter et sans l'entendre, sans lui laisser la parole, ou qu'ils l'aient battu, ou qu'ils n'aient pas su faire comprendre à l'Enfant l'importance qu'il avait pour eux ou... tant de situations où les parents ont failli, même s'ils ne le voulaient pas (nous sommes tous si faibles), qui créent cet être illégitime, ce pauvre excusard honteux, cet être qui aura à apprendre ou qui ne saura jamais qu'il a le droit d'être et que l'autre n'a pas le droit de lui mettre le pied sur la tête et de l'enfoncer dans la terre.

Oh, ma fille, ma fille, j'y pense toujours, je voudrais être sûre de t'avoir fait ce cadeau que l'on garde pour la vie : la Légitimité d'être.
Et d'avoir exilé pour toujours la Honte de ton coeur.
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Message le Lun 16 Fév - 18:37 par Dominique Giudicelli

JYA :

Le souvenir de cet après-midi-là était si fort qu’il m’avait fallu étrangler ces images, mentir à ma propre mémoire et lui en proposer d’autres plus confortables. Comment accepter l’insupportable réalité lorsqu’il est si simple de la travestir, de l’habiller de l’hypocrite paraître de ce que l’on souhaite avoir vécu. J’ai tout détruit de ces instants et remonté, pierre par pierre, le mur qui m’en séparerait. J’ai creusé jusqu’au tréfonds de la terre pour y enfouir à jamais le spectre même de leur existence. Ainsi ensevelis je les croyais asphyxiés, promis à une mort certaine et, je l’espérais, précédée de mille souffrances. A présent je le sais, on ne tue pas la vérité. Il n’est de gouffre assez profond, de lame assez tranchante pour elle. On peut lutter, quelquefois sans même le savoir, mais on ne peut triompher. Elle sait vivre dans l’ombre de notre indifférence, telle un insecte en diapause négligeant dix récoltes pour mieux dévaster la onzième, attendant que la plus belle des fleurs mette au monde le plus beau des fruits pour y pondre ses œufs. Devenus des larves, ils en dévoreront la chair tendre et gorgée de vie, ne laissant derrière eux qu’une bouillie d’excréments et de pourriture. Nos secrets intérieurs peuvent dormir mais ils ne meurent jamais. Lorsqu’ils se réveillent, ils errent en nous comme dans un labyrinthe, des tripes jusqu’au cœur. Ils cherchent la lueur dans l’inconsciente obscurité à laquelle nous les condamnons et quand enfin ils la trouvent, ils répandent dans notre esprit l’abject venin de la réalité.

Mon père était orphelin. Ses parents étaient morts dans un accident de voiture duquel il avait réchappé. On parla de miracle. D’aucuns évoquèrent une étoile que l’on qualifia un peu hâtivement de bonne. Cet événement lui valut la Une du plus grand quotidien local et d’être recueilli par un couple qui semblait avoir voué son existence à faire le bonheur d’enfants que le deuil avait frappé trop tôt. Ils n’étaient en fait que des tueurs d’étoiles.

Pas une fois nous n’avons parlé de ces moments, ni des siens ni du mien. Tout ce que je sais je le dois aux dernières quinze minutes et au visage de cet homme agenouillé en haut de l’escalier que je viens de dévaler. Assis sur le trottoir, je suffoque. Mes yeux me font mal tant je les oblige à fixer le sol de peur qu’il ne se dérobe sous mes pieds. A la seconde même où j’ai de nouveau croisé son regard, la digue a rompu laissant libre cours aux eaux déchainées du fleuve des souvenirs trop longtemps retenus. Depuis le quart d’une heure qui durera toujours, je revois en boucle ce que fût mon calvaire. Du coup de téléphone de la veille de ce jour maudit jusqu’aux bras de ma mère m’arrachant des Enfers.

Nous étions à table quand la sonnerie retentit. Ma mère se leva pour décrocher, écouta sans dire un mot, posa le combiné et revint avertir mon père que l’appel était pour lui. Il quitta à son tour la table pour s’isoler. A son retour, son visage était grave. Il dit que c’étaient « eux » et qu’ils souhaitaient me voir, me connaitre avant que ce ne soit plus possible. Ma mère refusa net et coupa court à la conversation. Le repas se termina sans que le sujet ne soit plus abordé ni aucun autre d’ailleurs. Le lendemain, alors que ma mère était allée jusqu’au village, mon père me fit monter en voiture. Durant un voyage de près de deux heures, il parla sans cesse. De ces gens, qui pour n’être pas ses parents biologiques ne l’en avait pas moins élevé. Il disait qu’il leur devait bien ça, que ma mère comprendrait. Il répétait à l’envi qu’ils étaient à présent trop vieux pour me faire ces choses qu’il ne définissait pas, ne terminant jamais sa phrase. Je sais aujourd’hui qu’il ne s’adressait pas à moi. Il ne cherchait qu’à occuper son esprit et à se persuader qu’il agissait de sa propre volonté, qu’il n’était plus une victime. Une fois la voiture garée, nous marchâmes jusqu’à cette tour que mes yeux d’enfants estimèrent gigantesque. Il appela l’ascenseur, m’y fit entrer et me dit d’aller frapper à la première porte à droite lorsqu’il s’arrêterait. Etrangement, je ne m’étonnai pas qu’il me faille y aller seul. En même temps que la porte, l’abîme s’ouvrit devant moi.

J’aurais tant aimé qu’il en fût autrement, que mes yeux vissent autre chose, que ma peau frissonnât différemment en cet après-midi que l’été incendiait. J’aurais voulu qu’ils fussent doux et aimants et leurs caresses celles admises par la morale des hommes. J’aurais tellement souhaité être fier de leur vie de labeur et être, à mon tour, leur fierté de voir que la mémoire de leur nom était entre de bonnes mains. J’aurais tant voulu mais il n’en fût rien.

Lui était petit, décharné pas les ans, le front recouvert d’une mèche argentée qu’il ramenait sans cesse pour dissimuler le désert de son crâne. Elle, était minuscule et tout aussi maigre. La cigarette qu’elle tenait entre le pouce et l’index et sur laquelle elle tirait de l’extrême bout des lèvres, lui donnait un air des plus vulgaires. Dans l’appartement flottait le parfum d’une incontinence dont ils ne se préoccupaient visiblement plus. Je ne me souviens pas précisément de leurs visages mais jamais plus je n’oublierai leurs mains, abominables et sales sur mon corps nu. Je pourrais vivre mille vies de mille ans chacune, elles n’effaceraient pas ces regards qui me profanaient, souillant mon devenir et brûlant la paix de mon âme. Je pleurais et eux riaient. C’était le rire innommable des tortionnaires jubilant de la faiblesse de leurs victimes, c’était le rire du diable. Ils disaient que mon père pleurait lui aussi, les premières fois surtout, insinuant combien il avait dû subir les assauts du mal. Et ils riaient encore de la nouvelle abondance de mes larmes que ces mots immondes provoquaient. J’aurais rêvé de les toiser du mépris de celui qui défie ses bourreaux, d’avoir le courage insensé et vain d’affronter le supplice en souriant. Mais du haut de mes dix ans, je ne sus que pleurer. J’aurais voulu enfin ne pas haïr mon père de m’avoir mis dans cet ascenseur et m’indiquer la porte où il fallait frapper.

C’est de cette même porte que vint le salut. D’abord il y eut cet homme, hébété et hirsute, titubant et empestant l’alcool. Sans qu’on sache pourquoi, il se tenait au milieu de la pièce maugréant d’incompréhensibles syllabes. Il regarda l’horrible scène semblant ne pas la voir et ressortit à reculons en nous fixant, les yeux au bord de l’énucléation. Cette apparition sema la discorde entre les deux démons qui s’encornèrent d’importance, se reprochant l’un l’autre de n’avoir pas verrouillée la porte. Ils n’eurent même pas le temps de le faire que ma mère arriva à son tour. Sans un mot ni un regard pour eux, et sans prendre le temps de couvrir ma peau nue, elle m’emporta aussi loin que possible de ces heures de plomb. Dans la voiture, mon père nous attendait. Nous rentrâmes chez nous dans le plus parfait silence, ma mère me serrant et lui regardant droit devant.

Je ne vis plus jamais de discorde entre mes parents et plus beaucoup d’amour non plus. Je les soupçonne d’être restés ensemble uniquement pour se surveiller l’un l’autre et s’assurer que rien ne me rappellerait ces instants. Où étaient-ils maintenant que ma mémoire vomissait jusqu’à ses viscères, que je revivais à chaque seconde ce qui ne devait jamais avoir existé. J’avais haï mon père d’avoir cru que les choses seraient autrement avec moi qu’avec lui. A présent je haïssais ma mère de ne pas m’avoir dit comment elles avaient été. La haine de ses propres parents est parfois salutaire, c’est en elle que j’ai puisé la force de vivre avec cela et surtout, de les aimer encore.
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Message le Lun 16 Fév - 18:38 par Dominique Giudicelli

Sylvie Vaillefond (2) :

Plus d'asperges au printemps la première année. Plus jamais de cerises l'été. D'ailleurs plus de marché. La mutuelle, les abonnements, on n'y touche pas.
Tout va bien.
Puis un automne sans forêt, le musée le premier dimanche du mois, gratuit. La carte orange est payée. On mange une frite en marchant. Le bonheur de déambuler en famille, un thé chaud au retour. La beauté et l'intelligence à portée de nous. Puis un palier encore à franchir. C'est vite fait un palier, un mois difficile suivi d'un mois difficile. Quel que soit le suivant c'est trop tard. J'ai fait sauter une assurance, la décès, celle qui leur assurait un petit capital si je meurs avant d'avoir fini.
La Corse enfin au bout de l'année que je vois comme un carré, une saison par côté. La Corse, ma principale. La réservation d'une cabine pour 3 et sa sur occupation. Il y en a un qui sort de la voiture au port à Marseille et qui remonte en voiture à l'embarquement. On dort en quinconce. C'est là que la honte a commencé, quand je les ai vus avoir peur. Quand cette peur était de la honte.
Puis un palier. Les manteaux mous qu'il va falloir faire durer, les chaussures fatiguées. Les sous vêtements épuisés. L'orthodontiste détesté pour son mépris obséquieux. Les petites vacances passées a travailler pour maintenir les mutuelles, les abonnements, puis les grandes qui arrivent et pour la première fois ne nous ramènent pas en Corse. Qu'est-ce que tu vas faire pendant les vacances? Tu as des copines? Non, elles sont toutes parties, aux Etats Unis, en Israël, en Corse, ça c'est le pire. La rentrée arrive, l'école c'est le luxe. Les études c'est leur luxe, ces enfants c'est mon luxe. La honte c'est le cinéma qu'ils ne suivent plus que par les bandes annonces, les vêtements qu'ils payent de leurs petits boulots de jeunes sans vacances. La honte c'est avoir eu les yeux plus gros que le ventre qui les portait. La honte c'est quand ils me racontent leur rêve : une grande maison, des loisirs, du fric, des asperges et des cerises, dans un pays loin. La honte c'est quand un se ballade et qu'on se parle comme parlent des oiseaux dans les arbres et qu'il fait nuit et qu'on regarde envieux les intérieurs des gens, les maisons avec étage, les cuisines douillettes, les salons spacieux, même les petites bicoques. C'est la sortie du dimanche, on va regarder les gens dans le quartier pavillonnaire.
Si la honte est un sentiment qui a évolué en moi, elle est passée de mon corps de fille à mon identité de mère
Je n'ai de honte que vis a vis des enfants, vis a vis d'eux seulement je peux éprouver de la honte, plus jamais pour un adulte. Je n'ai plus d'amour propre entre adultes ni de morale, je n'en n'ai plus que vis a vis des enfants, tous les enfants, y compris la petite fille qu'a été mon aïeule et qui attendait de moi que je revienne riche pour laver sa honte de l'exil.
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Message le Lun 16 Fév - 18:39 par Dominique Giudicelli

Hubert Canonici :

La bergerie en pierres sèches est isolée dans l'éternité de ces montagnes arides. Une terre caillouteuse, une étendue sans fin, C'est le domaine d'Angelina.

Comme fréquemment ici, le vent joue sa partition, il ramène avec lui le tintement des cloches de ses chèvres qui progressent vers les crêtes du diable.
Elle remet des bûches dans la cheminée, sort et jète des épluchures aux poules, donne une carotte à l'âne, puis regarde dans la bassine en fer où en sont les escargots qui dégorgent.
Elle se rend au-dessus du puits à l'eau bleutée; à cette heure matinale, un rayon de soleil y fait parfois intrusion.
Cela crée une luminosité féerique propice aux visions venues de l'au-delà.
Souvent, elle y voit Pierre son mari lui sourire, son amour mort il y a dix ans, c'était hier, c'était il y a une éternité...

Ce matin, les reflets sont brouillés et sombres, elle pousse un petit cri d'effroi.
Elles étaient si difficiles les premières années sans lui.
Évoluer seule dans leur humble "château", une rusticité où chaque objet a un sens, si apte à braver la rudesse des tempêtes et à conforter leur bonheur.
Si les lampes à huile ont retrouvé leur éclat, il n'est pas un soir où, voyant la chaise vide et patinée par son homme, elle ne récite ces quelques vers

<< C'est aux premiers regards portés,
En famille, autour de la table,
Sur les sièges plus écartés,
Que se fait l'adieu véritable. >>

Il n'y a plus de ciel.
Pato, le vieux berger des Pyrénées, aboie signalant de la visite.
Pour venir ici, il faut grimper un kilomètre à pieds depuis le village.

<< Ça doit être le facteur, ou Panisse ! >> Se dit-elle.

Panisse, ce vieil ami qui passe tous les jours prendre des nouvelles, proposer un coup de main. Il a gardé ses beaux cheveux frisés, même s'ils sont devenus tout gris, ses grandes et belles dents en avant, et ses longs poils sur les mains.

Il s'agit de Marie, sa nièce.
À quarante ans elle est toujours aussi jolie, espiègle et pétillante.
Elle est appointée par la banque du village. Angelina adore sa nièce, fille de son frère Vincent. Vincent "a réussi", il est le député maire d'une petite ville.

Elle est mariée à Marius Galibotti, fils de César, le patron du "Bar de la marine", ils ont un fils de onze ans, Paul.
Paul adore rester avec Angelina, il vient souvent pendant l'année scolaire vivre au coeur des montagnes et de leurs secrets, chaque été, il y passe un mois pour les grandes vacances.

En voyant sa tante, cette "immigrée Corse", vêtue de noir dans ce décors intemporel, elle ressent jusqu'aux tripes ses racines profondes.

Paul est à l'école, Marius est couché avec de la fièvre, dans son rêve il est un berger peintre:

( Songes d'un matin d'automne )

Son troupeau revient vers la bergerie, quelques chèvres ont ses tableaux fixés sur le dos, des promeneurs voient souvent passer les toiles du berger, vers le nord, il aime colorer le chemin.
La luminosité de cette fin d'après-midi parait sortir d'un western lyrique, elle teinte l'espace d'un orangé flamboyant .
Après la traite, en s'éloignant du compulu, il ressent une étrange atmosphère, une force se dégageant des végétaux.
Il prend à boire et à manger à la bergerie et se dirige vers la roche creuse, dans les hauteurs.
Son feu est vite allumé avec du bois sec,
Il se pose un verre de vin à la main, au loin, la lune se reflète dans une mer d'huile dessinant un violon, son prochain tableau pense-t-il...

Il entend des pas lourds et des sons gutturaux.
Inquiet, il file à la bergerie récupérer son fusil et des grenades; et encore, à cette époque, "Murtoriu" n'était pas encore écrit...

Une géante de dix mètres de hauteur, fendant l'air avec un énorme rasoir de barbier, approche...

<< O Marius! Ti tengu caru ! >>

Il la reconnaît, Toussainte, un amour accidentel de sixième, une folle furieuse vivant aujourd'hui à la ville.
À l'époque, il l'avait tout juste doigté.
C'était derrière le container de poubelles du "Café de la place", il ne sait pas ce qui l'avait le plus dégoûté, ses propres doigts mouillés de sang, les cris de baleine de Toussainte ( il n'aime pas les baleines, ces grosses vaches des mers qui bouffent 3 tonnes de plancton chaque fois qu'elles ouvrent la gueule ), ou ce rat hirsute à un mètre de lui à peine, boulotant un rouge-gorge en le fixant droit dans les yeux.

Qu'est-ce qu'il avait eu honte, le lendemain, lorsqu'elle était venue sur la place avec son sourire niais et ses dents en avant, lui crier qu'elle l'aimait.

Ce soir, elle est de retour, pleine d'assurance et assoiffée de désir.

<< Chéri j'ai tant rêvé de ta langue de velours sur ma nature ! RAAAH pas tes doigts rugueux de tripoteur de salopes de chèvres ! >>

Marius sait qu'il va devoir s'exécuter. Il aurait préféré avoir affaire à une "excusarde". Elle enlève sa jupe, si ample qu'elle pourrait servir de tonnelle au buffet froid d'un baptême.
Puis sa culotte rouge qu'elle jète négligemment, recouvrant totalement un olivier tricentenaire.

<< Hardi-petit ! Fais du bien à tata ! >>

Marius est subjugué par ce clitoris, un punching ball turgescent à l'horizontal.
Elle regarde le ciel, sa bouche commence à mousser.
Il se trouve dérisoire avec sa petite langue pâteuse, introduit ses deux jambes bottées dans le monstrueux vagin dont les lèvres paraissent être des limasses géantes et irradiées, il balance de grands coups de pieds vers un point rugueux où figure l'inscription "G", et de ses poings boxe le clito de toutes ses forces.
Elle éructe un air d'opéra satanique infâme - jouit assez vite, il est emporté dans un tsunami de mouille - elle revient avec une insatiable appétence - par chance, la baleine l'a fait échouer près du fusil et des grenades.

<< - Tu m'aimes comme je t'aime ?

- Blblbl !

- Je vois, mon fougueux chevalier est trop ému pour déclarer sa flamme! Fais moi jouir derechef, je te ferai prendre ton pied après ! >>

Elle se plante en grand écart facial, il vomit, son sexe est un immonde cloaque, il lui semble voir son beau-père à l'intérieur, avec un un sourire démoniaque et un bébé noir dans les bras - elle lève les yeux au ciel.
Marius dégoupille deux grenades et les balance dans le gros trou, tire un coup de chevrotines dans sa gueule abjecte...

Il se réveille en sueur, sa fièvre est passée.
Il pense à Marie qui est chez Angelina en ce moment, elle a eu le courage d'aller lui parler de l'infamie...

<< Tata, ce soir il faut que l'on soupe chez toi ! Il faut que l'on te parle de choses très graves, je vais monter avec Fanny, mon amie, et Marius !

- Fanny ! la vendeuse de coquillages, je l'aime bien cette petite ! Dis-moi tout ma chérie ! Ne laisse pas ta vieille tante se ronger les sangs ! >>

Angelina trouve les bons arguments, Marie, en larmes, lui expose les faits. Elle prend sur elle pour lui raconter l'enfer vécu par elle même et Fanny, de la manière la plus détachée possible.

<< Nous étions des fées, nous rêvions de maisons en pain d'épices, de fleurs en sucre, d'animaux magiques, nous protégions ce joli poupon noir ! >>

Les nuits passées dans l'antre de Satan - les torches aux flammes vacillantes - les terrifiantes invocations, le bébé noir.
Le cercle tracé au sol, les capes, la douleur provoquée par les sexes enfoncés en elles - l'exécution du bébé noir, le sang, le sourire satanique de son père - la menace - la culpabilité - la honte - le silence...

<< Tata, aujourd'hui je n'ai plus honte ! ( elle éclate en sanglots ) Ça me déchire le cœur de te parler de ces horreurs ! Tu es si droite, si aimante, si juste ! (Elle redouble de sanglots)
Je regrette tant de te faire de la peine, d'évoquer ces saletés qui sont si loin de ce que tu es, de ton univers si pur !

- Ma chérie, la maison se serait effondrée sur moi, ça m'aurait peut-être tué mais ça ne m'aurait pas fait plus de mal ! Surtout ne parlez à personne de cette histoire !
Ce soir ça ne va pas être possible, ton père vient manger à la maison, j'ai reçu sa lettre il y a deux jours, il doit me parler d'héritage !
Passe demain matin avec Marius, on parlera de tout ça ! >>

Elle songe à son frère Vincent, quand ils étaient petits ils adoraient placer des collets pour les grives et les merles dans le maquis, il était si gentil, si espiègle...

Cet après-midi il n'y a pas de ciel, Panisse repart la tête dans les épaules, Angelina ramasse des champignons; Vincent ne devrait pas tarder.

L'honneur c'est comme les allumettes, ça ne sert qu'une fois !

Vincent est en pleine forme, il lui explique être très influent dans une organisation importante, qu'il va accéder au 33 degré, le plus élevé, que c'est réservé à de rares privilégiés...
Elle le ressert, il lui parle des différents biens de la famille - sert l'entrée, salade de pissenlits et omelette de champignons...

Le lendemain matin, Marie et Marius arrivent non loin de la bergerie lorsque Panisse vient à leur rencontre les larmes aux yeux. Il tend une lettre à Marie.

Ma chère Marie

Je t'écris ces mots pour te dire au revoir, ainsi qu'à Marius et à mon petit Paul.
Hier j'ai beaucoup réfléchi, j'en suis arrivé à cette conclusion, Vincent doit être puni, et surtout, ne plus avoir la possibilité de faire du mal aux anges; de plus, il ne faut pas, et ce sont mes dernières volontés auprès de vous, parler de ça aux gens, Vincent salirait le nom de mes parents, il te salirait une seconde fois et ça je ne veux pas. Il ne faut pas pleurer, j'ai mangé moi aussi de l'omelette, j'y ai mis un mauvais champignon, tu sais, le Cortinaire couleur de rocou, celui que je te disais toujours de ne jamais toucher. Tu vois, il va me conduire au ciel retrouver Pierre, mes parents, j'étais fatigué, je n'avais plus la volonté...
Tous les papiers de l'héritage sont dans le buffet en haut à droite, tout est bien en règle, tu verras, je pars sereine parce que tu es avec un gentil mari, et Paul est le meilleur des fils.
Un soir, vous viendrez manger à la bergerie, d'en haut, je ferai un feu d'artifice avec les étoiles, j'espère que tu nous feras bientôt une petite fille aussi adorable que toi, tu pourras peut-être l'appeler Angelina ? ...

Je vous aime.
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Message le Mer 18 Fév - 0:23 par Dominique Giudicelli

Dominique Giudicelli : œuvre civilisatrice


- Ahahahaaha ! Qu’est-ce que t’as là ?! Fais voir !?

La Grande a saisi d’une poigne indiscutable le poignet maigre que Mini serre autour des petites médailles pour étouffer leur tintement. Mini serre le poing et les dents, elle garde les yeux grands ouverts sur le sourire narquois de la Grande. Elle la regarde en face, mais elle ne la voit pas, elle est tombée au fond du noir, dans un grand affaissement glacé. Son corps de ronce se dresse tout seul face au rire formidable.

- Eh les filles venez voir !

La meute moqueuse s’est assemblée autour, masse compacte de corps charnus, plantés épais dans les shorts et les tee shirts de sport. La Grande lui tient toujours le poignet et, une autre fille agite du doigt les médailles pieuses épinglées sur sa poitrine.

- Diling diling !

Elles rient et se tapent dans le dos.

- C’est quoi ces trucs de vieille ?! Pourquoi tu portes ça à ton maillot ?

- C’est pas un maillot, c’est un tricot de corps …

- Aaaarfff ! Un tricot de corps !! Ah non, mais elle est impayable la Mini !! Bon alors, tu réponds, dis : pourquoi tu portes une épingle à nourrice avec des médailles sur ton « tricot de corps »… ?

-Pour rien.

-Mais si, dis-nous. Pourquoi ? C’est pour faire joli ou pour faire tes prières ?

La meute s’étouffe de rire.
Se taire. Couvrir de silence tout ce que les autres ignorent, qu’elles doivent ignorer. Ces habitudes, ces façons d’être qui menacent de la transformer en phénomène.
Elle tâche de rester droite, le menton  levé, malgré l’effondrement intérieur. Elle fait écran de tout son corps maigre. Derrière, mal contenus, affleurant dangereusement, il y a le mauvais oeil et sa mère qui la signe quand elle a mal à la tête, les rameaux d’olivier qu’on brûle avant Pâques pour bénir la maison, les vers du fromage, le pâté de tête que son père charcute lui-même dans la petite cuisine, la bouillie de châtaigne, les promenades dominicales dans les champs aux confins de la ville, et ces chansons sans musique que son père chante à mi-voix, l’air sombre, quand il croit que personne ne l’entend. Des habitudes d’arriérés, de la musique de vieux, du manger de pauvres. Les autres dégustent des chips et des saucisses oranges, elles boivent du Fanta en écoutant Johnny sur leur tourne-disque. Elles ne mettent pas de tricots de corps, pas de collants sous leurs pantalons. Elles vont au cinéma le dimanche, et chez elles, tout le monde parle français.

« Tu parles patois ? lui a demandé un jour une maitresse en faisant l’appel.  
Comme d’habitude, Mini avait dû se lever et corriger son nom. Chaque fois, elle écoute s’égrener l’alphabet, redoutant le moment où après un instant d’hésitation, l’enseignant écorchera son nom d’un ton interrogateur, ou l’affublera d’un accent chantant. « C’est italien, non ? » Non… Et elle debout sous tous les regards, exposée comme une bête curieuse. « Comment ça se prononce ? » Répondre en rougissant, sous les quolibets des enfants. Ahahaahaaha ! Comme la guenon de Daktari ?! Et puis les cris de singes, et les bras en rond qui se grattent les aisselles. Elle n’en sait rien, elle n’a jamais vu Daktari. « Et en patois, ça se dit comment ? » Sa mère lui a dit de toujours répondre en français, alors elle prétend qu’elle ne sait pas, honteuse de ce mensonge.

Mini est trop jeune pour mettre un nom sur ce sentiment de trahison, cette hybridité qu’il lui faudra des dizaines d’années pour admettre comme inéluctable.
Pour l’instant, elle baigne dans le monde transplanté de sa famille, et elle vivrait heureuse si l’école ne lui faisait pas honte. Ses parents avaient connu les cheveux arrachés, les oreilles tirées, les coups de règles sur les doigts… Désormais, les punitions étaient rétrogrades. La honte suffisait à faire oeuvre civilisatrice.
Ce que dissimule farouchement Mini, c’est l’oeuvre inaccomplie ; les traces persistantes d’arriération, de rusticité dans le T4 tout confort. Sa famille qui ne parle toujours pas français, et ne vit toujours pas comme tout le monde. Ces moeurs archaïques qu’elle ne questionne pas, même quand la télévision et les villes nouvelles clament l’évidence du progrès.

La Grande a lâché le poignet de Mini. Elle lui tourne le dos, et dans un grand geste, invite la meute à la suivre.
- Allez venez, les filles, qu’est-ce qu’on en a à foutre de ses breloques ? C’est rien qu’une guenon qu’est pas encore descendue de son arbre…


Dernière édition par Dominique Giudicelli le Mar 24 Fév - 0:52, édité 2 fois
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Message le Ven 20 Fév - 16:49 par Sylvie Viallefond

Il est tard, je rentre d'un très beau spectacle. J'ai pensé à toi, j'ai envie de clore nos échanges.J'aime Jacques Higelin, pas tout. Bernard Laviliers, pas tout non plus mais avec le temps de plus en plus de choses, Madness beaucoup, les fourmis rouges de Jonasz, les wagonnets, son boléro, j'aime tous les textes de Tchekov, j'ai adoré Duras sans plus pouvoir la lire, Camus pareil, j'aime Henri James, Maupassant tout le temps...Patie Smith, Blondie, Serge Reggiani, Barbara, Francis Lemaire, Boris Vian...Tout ça c’est des motifs sur le papier peint de ma tête, j'aime Marcu Biancarelli et Jérôme Ferrari qui sont deux presque monstres, écrivains, Loudmila Oulitskaia, leur sœur aînée. 

J'aime fumer car ça m'isole du monde. J'aime mes enfants et j'ai tout le temps peur pour eux, j'aime l'Ile de Corse d'une manière déraisonnable mais sincère. J'aime travailler, marcher vite, tout faire vite, ne jamais être au repos, une chanson me terrorisait enfant qui disait qu'on avait toute la mort pour se reposer.

Mon dos avait des reliefs gracieux, j'avais je crois de jolies jambes aux fines attaches, des seins menus mais symétriques, un ventre qui avait eu le bon sens de bien porter de gros enfants sans m'en tenir rigueur, tout ça je l'ai su un peu tard, il y a peu de temps car je me suis toujours vue comme un insecte rampant, mais depuis ce constat j'ai su aussi que je devenais vieille . J'avais dit on des courbes de mon corps qui tenaient dans une seule main, et une sensualité venue des gènes de cette terre où les femmes sont respectées pour ça aussi et se le transmettent de grand mères en petites filles. J'ai la force physique d'un homme, de l'endurance.

Voilà, je t'en dis plus.

J'en étais là, au sortir de ma vie conjugale et d'un grand amour fou mais fini quand un mec est venu fouler la seule chose qui avait été épargnée par ce grand chagrin d’amour : la confiance aveugle que j'avais dans les autres, du fait même que l'autre n'est pas moi, donc je peux lui faire confiance. 

Un soir, parce que débile, je me suis retrouvée chez un homme que je connaissais à peine. Il avait l'air gentil, sa vie intéressante. Il parlait doucement et ses mots sonnaient clairs, tout en lui semblait clair.

De sorties et soirées, il m'a invitée chez lui. Un quartier de Paris, le 15 ème, où je n'avais jamais mis les pieds. Un petit appartement dans un petit immeuble parisien début du 20ème. Bel immeuble, escaliers en bois, tomettes au sol, des poutres apparentes à chaque palier. Chez lui c'est petit mais bien pensé. Je remarque la peinture, une laque très bien posée, c'est difficile la laque, tout est très propre, sobre, même un peu spartiate, mais cohérent. Il n'est pas très grand, il n'est pas très beau, il a une voix qui ne va pas avec son physique. J'ai remarqué déjà qu'il est radin, mais je ne suis pas bon juge. Il embrassait mouillé.

Il y a un jeune homme dans l'appartement, un étudiant qu'il loge pour compléter ses revenus. Ses revenus se sont des rentes, il fait dans la spéculation immobilière,.ça ne me bluffe pas, ça ne me dit rien, je ne sais pas de quoi vivent les gens. 

Ce soir là, je suis arrivée avec un gros bocal de soupe encore tiède. Je savais qu'il aimait la soupe de légumes. Durant le transport j'avais lu le moine de Tchekov, et en sonnant j'ai corné une page, que je n'ai jamais reprise. 

Le jeune homme une fois présenté s'est enfermé dans sa piaule et l'homme m'a dit qu'il n'en sortirait pas. Nous avons dîné, ma soupe et du fromage en plastique .

Il a fait du thé vert avec un protocole lourdingue, pas de vin, pas de fruits, du poivre pour la soupe, et il m'a proposé de voir un bon film. J’ai débarrassé nos assiettes et passé un coup d’éponge sur la table, j’allais même faire la vaisselle mais il m’a appelée, pour le film.

Celui là non plus je ne pourrais pas le voir maintenant.

Il a fermé la porte de la salle à manger, en rigolant. Il a mis le DVD et m'a proposé de m’asseoir à côté de lui. Je venais juste de devenir un peu tendue à cause de la porte, mais je me suis dit que j'étais nulle.

Je l'avais déjà embarrassé dans les semaines qui avaient précédées car je lui avais demandé qu'on se teste pour le SIDA.

Un soir lors d'une sortie à Paris je lui avais montré les résultats du jour même. Il m'avait embrassée et avait dit "c'est bien, t'es une fille propre" j'avais rougi , "je te montrerai les miens quand tu viendras dîner chez moi vendredi ». Il m'avait embrassé mouillé.

Rapido le mec me déshabille, ou plutôt, fébrile tire sur mes vêtements. J'essaye de le prendre avec humour, en lui disant que bof, on a tout le temps...et puis il l'air sympa ce film, non… OK..  le soutien gorge pour qu'il mette sa main mais c'est tout là...il tire de tous les cotés et me dit que ce serait bien que je me  taise "écoute, tais toi et fais ce que je te dis", en un éclair le mec se transforme en une bête en ruth, il a 10 bras, des pieds crochus, un regard qui dit pas grand chose d'humain, je suis enfermée chez lui, derrière la porte il y en a un deuxième dont je réalise qu'il est au courant et que c'est pas lui qui va m'aider...en 10 secondes tout a tourné au cauchemar, je me débats un peu, j’essaie de parler, je parle, je lui explique, mais le mec devient étrange et menaçant, concentré sur son sexe,  je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas d'où ça me vient, mais je me dis qu'il vaut encore mieux ça que pire, ça peut devenir pire, je sens que ça peut être pire...pire que quoi? Le mec me pénètre brutalement, sèchement, en se regardant de manière indécente, il a sa technique, ça l'excite sévèrement.  Je ne sais pas quoi te dire, le plus dur c'est ça : je lui ai tout donné tellement j'avais peur qu'il me tue, tellement j'avais peur de plus revoir tout le monde, de plus jamais sortir de ce taudis, le mec était tellement barge que je me suis dit que si je lui faisais penser que je me sentais agressée, il allait me rouler morte dans son tapis alors que si je lui faisais penser que tout est normal, tout est OK, il va me laisser partir, il va pas avoir peur de moi, il va pas vouloir me liquider ...Je ne comprends toujours pas, pourquoi  je lui en ai donné pour son argent, et en même temps je me rappelle comme si c'était tout à l'heure que je me suis dit, lui sur moi, lui dans moi avec ce corps répugnant et ce sexe brutal, que si je faisais bonne figure j'allais pouvoir me barrer dans la nuit. 

Il a dit : « en plus t'es propre, moi j'aime pas les capotes, je sens rien, et des fois, des filles en Thaïlande ou en Russie où je vais souvent, elles sont pas toujours clean.. » .Là je suis morte dans ma tête, il y a une pierre qui est tombée de mon enfance,  qui a écrasé ma vie à venir, ceux qui attendaient à la maison, tous mes projets d'avenir, j'avais voulu sauver ma peau ...

Comme prévu, surpris que je souris et que je fasse mine d'être détendue après son coït sale, il m'a fait un café et je me suis barrée plus vite que l'éclair, il m'a couru après dans la rue mais moins vite que moi, sur le boulevard j'ai appelé un taxi et j'ai sauté dedans, filé à l'Hôpital...

La suite tu l'imagines...Un traitement qui sauve de la contamination mais la honte qui te fait puer la sueur, tu détournes tes yeux de tes souvenirs immédiats, tu jettes ton linge, tes draps, tu reformates ton disque dur, tu noies la puce de ton téléphone. Tu ne te déshabilles plus ni le soir ni jamais.

Cette suite elle fait que c'est au dessus de mes forces de faire l'amour de nouveau tant la terreur se mêle comme le lierre au désir que je peux avoir pour toi.

Dormir auprès de toi nue, en chien de fusil, mon dos dans ton centre, j'en crève d'envie, mais c'est trop compliqué. 

Mon mari il était spécial, mais ça il l'aurait pas fait. Mon mari j'en étais dingue, et quand il me faisait l'amour j'existais, j'avais gardé aucun mauvais souvenir de l'amour entre adultes, au contraire juste la certitude que c'est vraiment un beau cadeau en échange de quitter l'enfance, mais ce mec il a bousillé ça pour l'instant, Il a fait de moi un boulet qui aimerait bien tenir dans tes bras et rouler sur tes courbes, mais sans corps à corps dangereux pour ma tête.

Tout ça c’est des histoires banales, c’est juste des mauvaises rencontres, des jours à ne pas vivre. 

Je suis une femme, dans mon corps de femme, mon éducation de femme et mon projet de vie fabriqué depuis longtemps et pas remis à jour, la maternité m’a donné la joie de vivre et un incroyable sens du réel, mais pas de tout le réel, pas de ce néo-réel galopant qui tourne tout en dérision et n’aime fondamentalement pas la vie.

Je hais ce « fion » qui s’est permis de me prendre pour ce que je n’étais pas, cet homme inculte vivant seul depuis toujours juste parce que trop égoïste. Inculte. Ce minable, qui ne doit même pas payer ses impôts, parce qu’il n’aime pas l’école, il n’aime pas la sécu et il n’aime pas les vieux, parce qu’il voit pas pourquoi il paierait pour les autres, il ne voit pas le lien entre lui et les autres, parce que dans sa perspective à lui, il n’y a que son sexe qui prend tout le paysage.

Ce minable est entré dans ma vie pensant entrer dans n’importe laquelle, mais dans la mienne, il y a des gens bien.

Mon mari je l'avais un peu négligé et mon inquiétude pour tout l’avait usé jusqu’à la corde. Je continuais à en être amoureuse mais je ne savais plus de quoi se nourri un homme, un vrai, il m’était arrivé de lui servir le soir des purées vertes à la vache qui rit. Sincèrement, mais avec retard j’ai réalisé que je n’avais pas été à la hauteur de sa virilité, prise dans mes couches, mes fièvres et mes comptines. Il m’aurait laissé un peu de temps, j’aurais changé tout de suite, à la première alerte. Elle n’a pas retenti, juste le bruit de la bombe, directement.

Le souffle de la porte quand il est parti à décollé ma membrane.

Puis ce pauvre mec est entré dans mon corps comme ça, sans pensée et sans sentiments, sans me protéger.

Il n'a pas compris que plusieurs vies étaient entre ses mains, il ne sait même pas ce que ça veut dire, ce bubon n’a eu que lui à charge.

 A nous revoir peut être.
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Message le Mar 24 Fév - 20:07 par Dominique Giudicelli

Bon, il semble que plus personne ne participe... Nous passons donc au vote !

Difficile de voter... Les textes sont tous très bons en eux-mêmes, mais selon moi, plus ou moins fidèles du sujet. Je voterai donc d'abord pour ceux qui s'en approchent le plus, même si j'ai pu en préférer d'autres, littérairement parlant. Evidemment, chacun vote selon son coeur, je tiens juste à préciser mes critères ici.

1- Sylvie Viallefond (2)
2-Francesca
3-JYA
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Message le Mar 24 Fév - 22:34 par Sylvie Viallefond

Des textes, superbes, difficile de choisir, 
1- JYA ex aequo Karlheinz
2- Francesca
3- Dominique
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Message le Mer 25 Fév - 6:53 par Hubert Canonici

Très chiant de voter, tout était de qualité

1. JYA.
Puissance effleurement poésie

2. Karl.
De la dentelle taillée à la machette.

3. Lady
Au cœur du sujet, réaliste et bien écrit.

Désolé pour les autres, mais vous êtes au même niveau sur ce coup, le ressenti impalpable fait la différence.
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Message le Mer 25 Fév - 8:43 par Karlheinz L.K.

1.Jean-Yves Acquaviva - Texte remarquablement écrit vraiment au dessus du lot pour moi. (Mais c'est de la triche ! Twisted Evil )

2.Sylvie V. (Il est tard) - C'était son sujet...

3.Liveriu (Anecdote) - Je vous le dis en toute franchise, Antoine m'a un peu laissé sur ma faim, mal habitué que je suis par les frasques de cet humain trop humain.
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Message le Ven 27 Fév - 15:01 par Marco B

Mon vote :

1. Liveriu, qui prend le contre pied attendu du sujet, et dont le format de texte est appréciable (l'écriture aussi, mélange de classicisme et de jargon, j'adore ça).

2. JYA, très belle écriture, mais je connais déjà le texte depuis un moment, m'a manqué l'effet de surprise, et j'ai trouvé l'extrait trop long (Tchak !).

3. Karl, pour son Mayaula, que j'avais bien aimé en première lecture (... malgré les Tchak).

Bon, je vais être honnête, le sujet ne m'emballait pas, qui risquait de faire affleurer le pathos et la psychanalyse qui bien souvent me laissent de marbre. C'est d'ailleurs pour ça que le texte de Liveriu a aussi toute ma préférence, je crois. JY s'en sort bien, mais parce qu'il est dans une pure fiction, et qu'il nous livre un extrait d'une oeuvre déjà aboutie, et Karl aussi parce qu'il y va à la hache, ce qui nous préserve somme toute des bons sentiments.
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Message le Ven 27 Fév - 15:20 par Barbara Morandini


Bonjour,

Mon vote:

JYA
Sylvie « marchand de bien dans le XV »
Liveriu
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Message le Lun 2 Mar - 21:26 par Dominique Giudicelli

Bon, je pense que tous ceux qui voulaient voter ont eu le temps de le faire. Je déclare donc le concours terminé et le vainqueur est.... Jean-Yves Acquaviva !
Très largement premier avec 13 points ! Bravo à lui pour ce texte très travaillé (à l'avance Wink ) et empreint d'une forte émotion.

Comme tous les vainqueurs, il lui revient maintenant de choisir le prochain thème de nos sujets imposés.

A vous JYA !
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Message le Lun 2 Mar - 22:03 par Hubert Canonici

Bravo JY, texte virtuose, le nouveau thème est ?
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Message le Lun 2 Mar - 22:30 par Francesca

texte magistral bravo!
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Message le Lun 2 Mar - 22:46 par Sylvie Viallefond

Félicitatons JYA, votre texte était remarquable.
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Message le Mar 3 Mar - 12:43 par JYA

Merci à toutes et tous !

Je regrette ne n'avoir pas eu le temps de voter moi-même, accaparé ailleurs ou simplement procrastinateur invétéré...

Je propose "la transgression" comme nouveau sujet.
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Message le Mar 3 Mar - 12:44 par Marco B

Félicitations ! Mais si tu crois que je vais te filer un chèque de 5000 euros tu te mets le doigt dans l'oeil !

Propose plutôt un sujet de mec, et après on verra.
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Message le Mar 3 Mar - 12:45 par Marco B

La transgression ?

Ouais, pas mal.
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Message le Mar 3 Mar - 12:52 par Dominique Giudicelli

Pas mal en effet !

Bon, j'annonce le sujet sur FB. N'hésitez pas à en faire autant pour attirer de nouveaux contributeurs.
(2 nouveaux inscrits la semaine dernière...)
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Message le Mar 3 Mar - 14:44 par Francesca

Faut-il préciser à certains que la transgression n'est pas nécessairement "sexuelle" hein Smile
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Message le Mer 4 Mar - 9:34 par liveriu

ça Francesca ce n'est pas sûr ! il va falloir batailler ferme pour éviter cette dimension immédiate...

Message  par Contenu sponsorisé


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