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Sujet imposé : La Honte

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Dominique Giudicelli
Admin

Messages : 397
Date d'inscription : 28/02/2014
09022015

Sujet imposé : La Honte

Message par Dominique Giudicelli

Manca a vergogna...

Non, mais t'as pas honte ?

Shame on you !



Dernière édition par Dominique Giudicelli le Lun 16 Fév - 18:43, édité 1 fois
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Message le Mar 17 Fév - 18:29 par Karlheinz L.K.

Hubert Canonici a écrit:Et je vous le dis, pour la folie dans l'écriture j'en garde sous le pied, j'aurais honte de lâcher vraiment les chevaux...

Ça, c'est vraiment un truc que je peux pas comprendre. La vie entière est faite de contraintes et de contingences, d'obligations, de restrictions, etc... La seule vraie liberté, au sens philosophique, idéaliste du terme c'est celle que nous avons ici (ou en faisant de la musique, ou en peignant, ou n'importe quoi d'artistique...).

Pourquoi se censurer, se restreindre, se limiter ? Quel enjeu, quelle honte ?

Avoir des compliments, plaire "à l'autre", c'est gratifiant, nécessaire parfois pour avancer, mais pas indispensable. Je ne vois pas pourquoi vous ne mèneriez pas votre barque ou vous l'entendez, que ça plaise à truc ou à machin on s'en tape le steak !

Vous avez peur de choquer, de déplaire, de surprendre, de dérouter, de ne pas être compris ? Et alors ? Pourquoi avoir honte "de lâcher les chevaux" ???

A part votre auto-psychanalise, vous pouvez lâcher ce que vous voulez, je suis preneur.
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Message le Mar 17 Fév - 18:33 par Hubert Canonici


Si le noir n'est pas une couleur, il existe il est vrai, en poésie aussi.
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Message le Mar 17 Fév - 18:34 par Dominique Giudicelli


"Vous avez peur de choquer, de déplaire, de surprendre, de dérouter, de ne pas être compris ? Et alors ? Pourquoi avoir honte "de lâcher les chevaux" ???

A part votre auto-psychanalise, vous pouvez lâcher ce que vous voulez, je suis preneur."

Moi aussi, je suis très désireuse de voir les chevaux d'Hubert lancés au galop...
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Message le Mar 17 Fév - 18:37 par Hubert Canonici

C'est juste Karl, ceci dit j'en lâche pas mal finalement.
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Message le Mar 17 Fév - 18:54 par Sylvie Viallefond

On s'approche de quelque chose qui me tient à coeur, à savoir la honte de l'écrit. 
En proposant ce thème d'écriture, j'avais en tête justement ce lien possible et accidentel entre la honte et l'écriture. Si une des manières et raisons d'écrire est de mettre en mots l'expérience intime de la vie, la description des liens profonds qui unissent nos sens, notre mémoire, notre éducation et nos fantasmes lorsque le jour se lève et qu'une journée se présente à vivre, et tenter de communiquer cet intime pour voir s'il parle à l'autre. Alors il peut arriver qu'en écrivant on fasse honte à un proche, on ait honte de ses propres liens ou associations comme quand j'utilise l'insulte révoltante et violente de vieille peau pour une auteur qui se donne en partage, aussi parce qu'elle se donne en pâture. Écrire c'est se donner en partage et en pâture, et une honte peut naître d'en avoir trop dévoilé. Il m'est arrivé d'avoir une vraie, grande et grave honte d'un écrit, justement parce qu'écrire est l'objet d'un désir, un vrai gros désir, obscène dans son entêtement à être satisfait quel que soit le prix pour l'autre, le lecteur ou l'autre dévoilé dans l'écrit.
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Message le Mar 17 Fév - 19:13 par Karlheinz L.K.

Je ne sais pas s'il s'agit réellement de honte ou de pudeur, ou de je ne sais quoi, mais en écrivant, même la plus pure des fictions, on livre une part de soi, et c'est pourquoi je crois en l'utilité des pseudos et de l’anonymat. Il est évident que je ne ferais pas lire certaines choses à ma mère (par exemple), il est même possible que le roman sur lequel je travaille ne voit pas le jour avant sa mort. Les gens qui vous connaissent cherchent toujours à lire entre les lignes, entre-aperçoivent des scories de vous-même, ça me semble inévitable, raison pour la quelle je me "cache" derrière un personnage qui peut être, lui, "écrivain", et dire ce qu'il veut. Est-ce de la honte ? Je ne crois pas, juste une gymnastique nécessaire à la création (la mienne en tout cas !).

Nous nous livrons nos productions sans nous connaitre (pour la plus part), c'est pas rien. La honte c'est l'intime, et ce que nous faisons et tout sauf intime. De l'impudeur ? Tentative de légitimer notre travail ? Du narcissisme ? Je ne sais pas, mais pas de honte derrière l'écriture, je ne crois pas.
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Message le Mar 17 Fév - 19:14 par Hubert Canonici

Personnellement je ne saurais écrire sur "mon intime", parler de mes proches, d'abord je n'en ressens pas le besoin, de plus la gêne entraverait probablement l'affaire. Même si en écrivant l'on y met pas mal de soi, j'aime avant tout transposer, regarder les images se percuter et en pêcher certaines; sans savoir forcément où aller mais y aller. Je laisse, à mon goût, assez de plumes dans la vie pour m'auto flageller avec la mienne. Moi j'écris parce que c'est devenu important, c'est un loisir important... Transposer pour respirer mieux, surtout quand on trouve la vie étouffante.
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Message le Mar 17 Fév - 19:15 par Karlheinz L.K.

Hubert Canonici a écrit:Personnellement je ne saurais écrire sur "mon intime", [...] Moi j'écris parce que c'est devenu important, c'est un loisir important... Transposer pour respirer mieux, surtout quand on trouve la vie étouffante.

Et pourtant... la preuve !
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Message le Mar 17 Fév - 19:18 par Hubert Canonici

Ma veste c'est la contradiction, doublée à l'intérieur...
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Message le Mar 17 Fév - 22:42 par Sylvie Viallefond

Dominique, je demande moi aussi la suite de mutité. C'est un texte puissant et très beau. Déjà lu, déjà aimé.
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Message le Mer 18 Fév - 6:45 par Hubert Canonici

Très fort Lady, au cœur du sujet, au cœur de la réalité, au cœur de l'humanité, de la méchanceté gratuite, de la haine de l'autre par pure connerie, par effet de meute, par suffisance, par mépris de je ne sais quoi... C'est ça, c'est au cœur de la honte, celle des civilisés...
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Message le Mer 18 Fév - 16:12 par Sylvie Viallefond

Au sujet du texte de Dominique. Je me souviens de ces noms écorchés par les maitresses et je devine les odeurs de cuisine qui imprègnent les manteaux et cartables et cette honte d'enfants dans ces années où sur ces questions là l'école n'était pas fine. Ça me parle d'enfance.
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Message le Mer 18 Fév - 21:30 par Karlheinz L.K.

Évidemment ces textes ont leur pleine et entière place ici, mais en attendant que notre "Administratrice"  les publie, voici des liens qui devraient satisfaire votre saine curiosité !! Wink

Blog écriture avec "Mutité" en entier (6/6)
http://www.des-travaux-et-des-jours.com/blog-ecriture/

Page d'accueil du site
http://www.des-travaux-et-des-jours.com/

Bonne lecture

Ahahaaha ! Karlheinz, vous me spoilez le feuilleton !

Bon, c'est gentil, en fait... Je ne veux pas squatter le blog avec mes propres textes...
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Message le Jeu 19 Fév - 9:27 par Karlheinz L.K.

Y'a pas de squat, si vos textes peuvent avoir une autre exposition ici tant mieux, je pense qu'il ne faut pas hésiter.

Je vais faire dévier le sujet, mais je pense que le véritable problème de l'écriture, c'est... le lecteur, l'hypothétique, le rare lecteur.

Et puis, un "feuilleton" ciselé comme celui-là sur Praxis c'est quand-même bien, non ? Wink
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Message le Jeu 19 Fév - 10:11 par JYA

Sylvie Viallefont a écrit:bon...je suis allée lire Annie Ernaux (merci JYA, ou pas). Et là j'ai eu honte...d'elle et de moi.
Un premier constat : quand est-ce que va me passer ce terrible réflexe de traiter de vieille peau les dames mûres qui ont finalement le même âge que moi, c'est à dire celui où on n'est plus jeune?
Cette mauvaise manie est moche à deux titres : c'est minable de ma part, c'est profondément sexiste car je ne le dirais pas d'un homme et ça m'oblige à réaliser à mon tour que je suis la vieille peau d'une autre. Et ça n'est qu'un juste retour des choses. Résultat, après 2 livres qui m'ont obligée à rester assise et à sentir un léger bourrelet au dessus de ma ceinture et sous ma poitrine, j'ai repris mon vélo le soir ce que je ne faisais plus depuis l'heure d'hiver, et j'ai du faire 150 km en 3 jours. Et c'est un cercle vicieux, en vélo, on oublie son âge, on oublie son sexe, on oublie tout, on a 16 ans.
Je ne vais pas m'en sortir.

Honte aussi parce que cette auteur parle de tout, sans inhibition aucune, mais avec exhibition quand même. Dites moi plus que moi, je vous en supplie! Elle décrit sans plaisir vraiment des trucs érotiques gonflés, elle parle de cystites amoureuses, de la lassitude d'avoir des enfants, de son amant diplomate russe et de ses vieux slips. Je n'ai pas d'amant diplomate, beau comme un Dieu découvrant la volupté d'une femme de 48 ans, je n'ai pas 48 ans, et à quarante huit ans il y a peu de chances que je rende dépendant à mon corps un ambassadeur Russe, même en lui faisant ce qu'elle décrit. Elle mange chez Mitterrand dans ses livres, fait mourir 20 fois sa mère;  Dites moi que je ne suis pas cette impudique là, ou dites le moi et j'arrête parce que ça n'a ni intérêt littéraire ni vertu altruiste d'être dans le récit à haute voix du quotidien brut.

Bon bref, je crois que vous m'avez un peu foutu la honte. Je vais cuver avec Hubert qui chancelle un peu. Je veux bien faire du vélo avec ce fou furieux, si il ne me parle pas, s'il est endurant et qu'il bouffe comme quatre. Hubert ! En selle et que ça saute!

Tout d'abord, croyez bien que c'était un ressenti positif d'évoquer l'ombre d'Annie Ernaux dans vos écrits, d'autant plus si vous ne l'aviez pas lue Wink

Je ne vous connais pas assez pour savoir ce que vous exhibez ou non et, je crois, cela me délivre de toute suspicion accusatrice Very Happy

Lorsqu'on écrit, on met forcément de soi mais seuls les intimes peuvent faire le tri et c'est très bien ainsi.

Chez Ernaux le parti pris est clair et assumé, elle raconte sa vie en la romançant le moins possible. Ce faisant, elle écrit la mienne, la votre et nous renvoie à ce que nous sommes tous, des humains en proie à la réalité et à la difficile lenteur du temps qui passe.

J'ai parlé, vous concernant, de pudeur impudique (ou est-ce Karl ? Cool ) et je m'en explique. Ce que je vois dans vos mots, c'est de la sincérité, l'expression d'un réel mais je ne confonds jamais l'auteur et son oeuvre, je ne prête jamais d'intentions auto-biographiques sauf si elles sont affirmées comme le fait Annie Ernaux.

Quand on écrit, c'est qu'on a honte de rien. Quand on est honteux, on le garde ou on le livre sur un divan que l'on sait muet comme notre propre tombe. Quand on ouvre les vannes du partage c'est qu'on prend le risque d'être estimé, jaugé, pesé comme une marchandise. Il ne reste alors qu'à espérer être compris et ce n'est pas toujours le cas, loin s'en faut.

Vous n'êtes pas cette impudique là. Car vous n'êtes pas Ernaux et ce n'est, bien entendu, pas un jugement de valeur ou une volonté de hiérarchiser les créateurs. Vous êtes vous (je suis super perspicace tongue ) et ce que vous écrivez est "parfait" puisque c'est vous qui l'avez écrit. C'est vous qui décidez ce que vous mettez dans vos lignes et c'est vous qui l'assumez. Ces lapalissades n'ont l'air de rien mais je crois fermement qu'elles sont la base, le fondement de l'armure qu'il faut se forger avant d'affronter le regard des autres. Car, il ne sera pas toujours complaisant ni empreint de l'objectivité vitale à l'approche d'une création. Les auteurs sont parfois des exhibitionnistes mais les lecteurs, quand bien même seraient ils auteurs eux-mêmes, sont tous des voyeurs potentiels...

Ceci dit, avoir honte de temps à autre me parait salutaire ! Car, comme disait un pote de Jérôme Ferrari : " Il est honteux d'être sans honte"  Very Happy
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Message le Jeu 19 Fév - 12:43 par Hubert Canonici

C'est tout à fait ça Karl, hier j'ai lu et j'ai pensé à "ciselé", ce serait bien que ce texte soit intégralement là.
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Message le Jeu 19 Fév - 12:55 par Dominique Giudicelli

Karlheinz L.K. a écrit:Y'a pas de squat, si vos textes peuvent avoir une autre exposition ici tant mieux, je pense qu'il ne faut pas hésiter.

Je vais faire dévier le sujet, mais je pense que le véritable problème de l'écriture, c'est... le lecteur, l'hypothétique, le rare lecteur.

Et puis, un "feuilleton" ciselé comme celui-là sur Praxis c'est quand-même bien, non ? Wink

Merci de vos encouragements à publier "Mutité", je le ferai donc...

J'avais écrit une longue réponse sur le fait de donner à lire, sur la honte que cela suppose de surmonter, sur les raisons socio-culturelles de cette honte etc. etc., et je ne sais pas pourquoi, mon post a été viré, ou plutôt pas publié...

Tant pis...
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Message le Jeu 19 Fév - 15:22 par Sylvie Viallefond

Merci JYA pour ce voile que vous remettez élégamment sur mes épaules. Je n'ai pas été juste avec Annie Ernaux, parce que les jours passant depuis ces lectures, je réalise le courage de cette femme d'avoir pris cette posture créatrice, de se montrer sans artifice pour trouver l'autre, tout autre, dans son expérience intime. Je me dis en fait que j'aurais été bien ennuyée qu'elle soit ma mère, ou ma partenaire si j'étais homme, qu'être dans l'intimité de cette femme dévoilée doit être compliqué.

Je n'avais pas vraiment honte, ou juste un peu, une pointe de honte.

Dominique, cette longue réponse sur le lien entre honte qu' il faut dépasser pour passer à l'écrit, je l'aurais lue avec beaucoup d’intérêt et de plaisir, ne pouvez pas tenter de la reposter?
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Message le Jeu 19 Fév - 16:50 par liveriu

" Il est honteux d'être sans honte"

Hormis le parfait équilibre de la formule, qui en fait à elle-seule un thème d'exploration supplémentaire, que deviennent les "sans honte" dans le monde induit par cette idée ? En quoi la honte, réalité psychologique liée au sentiment de la faute et du complexe, de la différence et de l'étrangeté, de l'incompris et de la solitude, devrait-elle être obligatoire ? Devient-on moins humain quand on n'éprouve pas ce sentiment ?
Quand je vois que mes vieux grimoires me conduisent à penser, qu'hormis dans la religion mosaïque, et dans la religion musulmane bien plus tard, et non dans la christique, ce sentiment est totalement absent de l'ensemble des spiritualités encore vivantes aujourd'hui, malgré quelques soubresauts puritains liés au protestantisme, quand je vois qu'il semble bien que l'imposition de la honte aux filles est une invention puritaine bourgeoise et médicale du temps de Pasteur et de Charcot, je suis conduit à garder ma position : la honte n'est pas un sentiment automatique, la honte n'est pas une imposition d'un ordre religieux, la honte n'est qu'un outil bourgeois de gérer les femmes dans une société réactionnaire, et qu'elles l'aient si bien intégré me paraît là encore quelque chose d'intéressant à explorer, même si je soupçonne les éducastres républicains pédagogistes et dogmatiques d'avoir augmenté la puissance de cet ordre dégueulasse.
au demeurant que de beaux textes et de bons échanges. C'est le pied !
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Message le Jeu 19 Fév - 17:48 par Dominique Giudicelli

100% d'accord avec vous Liveriu ! La honte est une poisse, un sentiment dégueu et qui dégueulasse tout ! Il englue et entrave, il est le meilleur associé de la peur et ensemble, ils sont évidement des instruments de domination, des religions sur les sociétés, des patriarches sur les femmes, des riches sur les miséreux. Il n'a à mon sens aucune espèce de vertu.

Quant à la réponse que je faisais à Kharl, à propos des lecteurs que l'on espère pour ses textes, je disais qu'en effet, la question pour moi est résolue qui nous faisait nous interroger en dissert de français "Ecrit-on pour être lu ?" Oui, clairement oui. Mais il m'a fallu avant de pourvoir répondre dépasser la honte d'écrire, puis celle de le dire, enfin celle de faire lire. Des années à m'étonner, sans comprendre, de voir comment pour certains littérateurs parfaitement médiocre, la question ne semblait pas se poser, les Jardin, Beigbeiger et autres Amélie Notthomb pour qui il semblait tout naturel de s'exprimer sans complexe. Des années avant de comprendre que leur aisance ne leur venait pas d'un talent qu'ils auraient en plus des autres, mais de leur sentiment de légitimité à prendre la parole. Des années à comprendre que cette parole aisée, et décomplexée, pour dire tout et n'importe quoi, y compris des banalités sans intérêt, était celle d'une classe tout aussi aisée et décomplexée. C'est pourquoi je trouve le travail d'Annie Ernaux intéressant, au moins à ce titre. Il faut lire à ce sujet Bourdieu bien sûr, ou les Pinçon Charlot, sur la violence des riches qui passe par une captation de la parole. Il faut lire aussi Didier Eribon (Retour à Reims) et Edouard Louis (Pour en finir avec Eddy Bellegueule), pour comprendre la honte qu'il y a à la fois à prendre la parole, à oser écrire pour être lu, et écrire dans la "langue" bourgeoise qui n'est pas originelle, et la honte simultanée de trahir, d'abandonner son monde d'origine à sa "misère" sociale et culturelle. Il faut remarquer au passage que les deux derniers viennent de province, et qu'à la domination socio-culturelle s'ajoute la domination des régions (cultures minoritaires, sous-developpement) par la capitale (culture dominante, offre culturelle pléthorique).

Donc, prétendre être lue... "Pour qui tu te prends ? ai-je souvent entendu dans mon enfance, une injonction à rester à "sa place" bien plus propice à enfoncer en soi la honte que n'importe quelle humiliation. Des années à pourvoir répondre "je ne me prends pour rien. Je suis écrivain." Bon, mauvais, c'est une autre question. J'enlève le jugement de valeur, tout en ayant conscience que c'est précisément parce qu'écrivain est chargé de connotations superlatives qu'il est difficile de s'attribuer ce terme. Et il l'est, parce que pendant des générations, lire, écrire et publier était réserver à une toute petite élite, dont très profondément enfoui dans l'inconscient collectif, bien en dessous des évolutions conscientes de la société, on continue d'admettre les prérogatives.
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Message le Lun 23 Fév - 18:47 par Hubert Canonici

J'ai jamais entendu quelqu'un se vanter d'avoir honte, genre dire " elle est Mac ma honte", ou ma maison c'est la maison honté, ou j'ai aimé avoir honte à Rio, ou la honte des neiges.

Dès fois j'ai honte pour les autres, c'est fou ça.
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Message le Mar 24 Fév - 12:49 par Marco B

Je n'ai pas lu l'ensemble des 121 commentaires, parce que je n'ai honte de rien, et certainement pas de le dire.

Mais "la honte des neiges" je le garde, Hubert. Et c'est un bon résumé de mon statut actuel !
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Message le Mar 24 Fév - 17:54 par Hubert Canonici

Ah ? Le ski ? rendeer

Suite à certaines discussions ici même, je me suis attaqué à l'écriture d'un texte plus long, j'essaie de me concentrer sur l'architecture, j'avoue avoir un peu de mal, c'est vrai que je dois avoir une écriture automatique, mais je fais des efforts, voilà un petit extrait, franchement je voulais pas faire un putain de jeu de mot, mais bon, je l'ai fait...


Le désert mue à chaque crépuscule, les contours des montagnes se précisent puis s'estompent dans un fondu éthéré. Sa beauté devient froide, respectable, comme toute entité légitime pouvant donner la mort.
J'entends le hurlement des coyotes dans ce froid déraisonnable. Dans ma cabane perdue au bord de la grand-route, je mets de l'eau à bouillir.
J'entends les cris des fantômes indiens Païute*, sous le commandement de leur chef Numaga ils attaquent une liaison du Pony Express.

( *l'un deux, un certain Outépa Païute, était célèbre pour ses chants )
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Message le Mer 25 Fév - 20:08 par Hubert Canonici

Votez dur, votez mou, mais votez dans le trou.
Dommage que les enregistrés non contributeurs ne votent pas, même 5% d'entre eux, ça apporterait des regards, des avis nouveaux.
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Message le Mer 25 Fév - 22:08 par Dominique Giudicelli

bien d'accord avec vous Hubert...

Je ne sais pas comment les apprivoiser...

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