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un Minotaure, par Liveriu Jehasse

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liveriu

Messages : 127
Date d'inscription : 28/02/2014
26112014

un Minotaure, par Liveriu Jehasse

Message par liveriu

Antoine et le Minotaure, ou les tribulations d'un Corse en Atrocie




Entre l’Espagne et Antoine il y avait Picasso. Cocteau aussi parce qu’Antoine aimait l’art. Enfin, il l’aimait, c’est beaucoup dire. En fait il cherchait dans les œuvres des illustrations de ses joies et de ses désirs, c’est-à-dire qu’il cherchait, lors des déplacements que son RSA lui permettait, en fait toute l’année, les peintres, les sculpteurs, les créateurs les plus ignobles qui puissent exister. C’est pourquoi il aimait l’Espagne, la Guerre civile surtout, où les atrocités étaient allées au-delà de ses rêves les plus enchanteurs. Et il s’était renseigné, car, miracle, Antoine savait lire, et il aimait lire. Sa documentation était abondante, même si, fidèle à Pepe Carvalho, personnage magnifique dont la misère le ravissait, dès qu’il avait fini un ouvrage, il le brûlait dans la petite cheminée de son caseddu, non pas pour se chauffer, mais pour jouir (souvent d’ailleurs il en profitait pour se tripoter sa nature) de la transformation de tous ces mots en fumée malodorante où le goût âcre de l’encre venait recouvrir les douces odeurs du pin et du chêne qu’il avait soigneusement débités. Et il comptait sur sa mémoire pour rêver à des mondes merveilleux où le sang coulait, où les hommes hurlaient, où les femmes gémissaient, bref au meilleur des mondes possible.
Et c’est là qu’était un jour apparue l’Espagne, d’abord au cours d’une cuite continue lors d’un voyage estival où, lassé des grosses pétasses vagant sur son territoire, il était parti en exploration le long des plages ibériques, qui lui avaient fait goûter d’autres vomis, d’autres saletés humaines de toute provenance et de toute nature. Ce fut pour lui une révélation, et depuis cet été-là il ingurgitait tout ce qui pouvait concerner les heurs et les malheurs de ce grand pays, réduit en son temps à n’être plus qu’une nation de mendiants internationaux,  plus qu’un pays plongé dans la misère et la souffrance, toutes choses qui l’enchantaient et qu’il recherchait avec constance.  Il était devenu un spécialiste de la Guerre d’Espagne et surtout des atrocités de ces années-là, et il était incollable sur les cercueils éventrés, les religieuses violées et pendues par les pieds, les propriétaires émasculés et éviscérés par leur propre personnel. Il s’était  aussi beaucoup intéressé aux militants du Parti communiste et à leur superbe application à dénoncer les anarchistes, voire à les torturer eux-mêmes, quand la police franquiste refusait de remplir encore Carabanchel, qui semblait sur le point d’imploser sous la pression continue des arrivées  des militants. Et tout cela faisait rêver Antoine, fasciné qu’il était devant l’extraordinaire constance de l’humanité à rechercher en permanence à faire le plus de mal possible à certains de ceux qui pourtant semblaient devoir faire partie de l’espèce, ce qui visiblement était une énorme erreur d’appréciation.
Et c’est ainsi que surgit un jour Picasso. Entré par hasard dans une de ses nombreuses errances madrilènes dans le musée du Prado, et totalement indifférent à l’ensemble des œuvres proprement étonnantes conservées dans ce grand palais, Antoine était resté scotché devant  le Guernica de l’Andalou. Sa taille, son dégradé de gris, ses personnages explosés et cet être énorme envahissant tout le ciel, cela lui avait convenu même si en lui-même il avait pensé : « Mon dieu comme c’est moche ! ». Rassurez-vous, Antoine ne croyait pas, c’était juste une façon de dire… Mais l’objectif du peintre avait été atteint, Antoine ne pouvait plus sortir cette composition de sa tête, et cela faisait partie des choses qui le rendaient nerveux, et quand il avait la migraine, il ne pouvait s’en sortir qu’en commettant un acte barbare, qui l’apaisait et le rassérénait.
Oh ! je sais bien ! vous y êtes déjà ! vous imaginez des horreurs taurines, des flots sanguinolents au milieu de l’arène ! vous croyez qu’Antoine, devenu matador (quel beau mot pour dire assassin !) va se lancer dans le grand spectacle de la corrida sous un soleil de plomb dans la belle cité de Ronda ! Et même s’il en avait eu l’idée, vous vous trompez, car n’oubliez jamais, Antoine est un lâche, Antoine est un pleutre, une merde en fait, et la seule chose qu’il sache faire c’est courser de plus malheureux que lui, s’attaquer aux errants et aux clochards, dont l’image physique l’épouvante, puisqu’il reconnaît en eux sa vérité humaine la plus profonde ! Non Antoine ne fut pas matador, il décida simplement que désormais, après avoir tué, il construirait des œuvres avec des fragments de peau de ses victimes, des collages précis et suggestifs qui s’inscriraient ainsi dans la suite et l’héritage glorieux des œuvres de l’Espagnol.
C’est ce qu’il fit bien sûr, et c’est pourquoi, ce soir, Antoine, comme tous les soirs depuis 10 ans, s’endormira attaché sur un bat-flanc de l’hôpital psychiatrique de Toledo, où il attend son procès qui sans doute n’aura jamais lieu.
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Message le Mer 26 Nov - 19:45 par Hubert Canonici

Antoine, le Buffalo Bill de l'art, le chasseur de peaux, le poète du morbide qui, les soirs de réveillon, ferait bien brûler des moutons vivants pour les voir courir dans le maquis humide.
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Message le Mer 26 Nov - 19:54 par liveriu

ça c'est une bonne idée ! en fait ça se fait avec les chats, les minous de sa mémère, les greffiers repus de pâtées au nom d'un grand latin ! et c'est même très utile pour allumer quelques incendies inutiles dans l'exubérante végétation qui nous emmerde tous !
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Message le Jeu 27 Nov - 0:28 par Hubert Canonici

Pour la végétation c'est vraiment le cas, au delà des salopes de ronces, il ne faut pas faire l'impasse sur Esprit, le sacristain de la paroisse, c'est un bon sacristain mais il a les végétations, il faudrait qu'il aille au dispensaire se faire dégager la pipe...
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Message le Sam 29 Nov - 17:45 par Dominique Giudicelli

Ahahaha ! Merci à nos deux esprits du mal de venir sputter leur sève âcre sur ces pages restées bien blanches ces jours-ci. Je m'en excuse, d'autres pages requerraient ma présence.
Je vais de ce pas illustrer les nouvelles tribulations d'Antoine en terre très chrétienne, et vous proposer de nouveaux sujets de grincements.

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Message le Lun 1 Déc - 9:22 par Sylvie Viallefond




"En fait il cherchait dans les œuvres des illustrations de ses joies et de ses désirs",

j'en ai trouvé une!

Message  par Contenu sponsorisé


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