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tout écrit travaillé est-il littérature?

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Sylvie Viallefond

Messages : 106
Date d'inscription : 03/06/2014
21102014

tout écrit travaillé est-il littérature?

Message par Sylvie Viallefond

Je me permets de soumettre cette question aux membres de Praxis Negra, parce que j'y trouve les échanges intéressants, respectueux, intelligents et que c'est une vraie question que je me pose. La réponse ne changera pas le cours de ma vie, sa priorité qui est faire rentrer l'argent nécessaire à la vie.
J'ai beaucoup lu pour apprendre la vie, plus que pour me distraire ou me cultiver. J'ai découvert adolescente des auteurs qui m'ont décrit des parcours de vie que je ne prendrais pas, mais dans leurs écrits une place était donnée au partage d'expériences, une pensée qui passe et qu'on retient, la possibilité d'entendre chez un auteur une pensée qui devient un conseil qu'on ne peut pas entendre ou admettre d'un proche à cet âge. Un auteur comme un tuteur, au sens initiatique. Des auteurs ont formé ma pensée, enrichi mon libre arbitre, enrichi ma culture historique, ma géographie imaginaire, des hommes m'ont donné accès à un cerveau d'homme, des femmes à la vieillesse de la femme quand j'étais jeune, des mères au chaos de la maternité, des Russes à la passion pour leur pays détesté, des Japonais à l'étrangeté de leur culture, des Africaines à l'émancipation, une Sarde à la pesanteur de sa condition de vieille fille, Hugo à sa bourgeoisie éclairée du passé, deux Corses à une identité que je vivais dans le désordre de ma haine-amour pour cette Ile passionnante, ...
J'ai toujours eu de la reconnaissance pour les auteurs, qui prennent le temps d'écrire et de laisser un mot pour celui qui suit, pour celui qui lit et qui n'en fera rien ou quelque chose parce que c'est tombé au bon moment, tout à fait à propos, soit que cela nous a mis à distance d'un moment ingrat de vie et que cette parenthèse nous a fait respirer, prendre l'air, soit que ce mot tombait bien, à pic, que j'ai eu envie d'être cette femme d'un livre, de réagir comme elle, de parler comme elle, de prendre la vie comme elle pendant quelques semaines, sur le même ton, de m'identifier. Il y a un fort pouvoir identificatoire de l'écrit au lu, j'en suis si convaincue que dans mon travail auprès de jeunes adultes, tous jeunes adultes en difficultés, il m'arrive de prescrire des livres, de prescrire des lectures précises, des auteurs pour leur fort pouvoir structurant sur la pensée. De toute façon, et dans toute circonstances, leur dire de lire, lire pour devenir libres, lire car ça fait vivre plus de vie qu'on en a, ça fait prendre des raccourcis, ça fait faire des liens, ça ouvre les perspectives et ça dessine des cartes d'état major. Lire et faire du vélo. Le vélo nous fait découvrir notre corps, le paysage, le changement des saisons, les reliefs, la faune, les SDF cachés dans les bosquets...Les livres plus encore, mais ça fait grossir si on ne fait pas un peu de sport à côté.

Et pour ma part, si je devais écrire et tenter la publication, ce que j'ai fait et m'apprête à recommencer, ce serait pour évoquer des tabous, écrire sur des non-dits, écrire sur ce qui n'a pas fait l'objet d'écrit et qui peut servir à l'autre, qui passe. Mais là, je sais ne pas être dans la démarche littéraire, c'est autre chose, c'est trop brut, nous ne sommes pas dans l'art, juste un usage de l'écrit comme communication ,au sens, mise en commun, mise en partage, partage d'expériences par l'écrit pour ceux qui se forment, se construisent par l'écrit.

Cette écriture là n'est pas artistique je pense, elle est un mode de transmission, je ne sais pas d'ailleurs comment elle peut se qualifier. Mon projet actuel est un écrit sur l'enfant mort-né ou né mort, s'il y a bien quelque chose sur quoi personne n'écrit c'est bien ça. Ni ne dessine, ni ne filme, ou à peine. Approcher cet évènement par l'écrit, tendre une corde de mots qui va le circonscrire au plus juste, au plus réel et au plus communicable aussi. Pour en faire une réflexion qui se partage, pas pour choquer, pour savoir, pour celles qui passent et que ça touche, pour réfléchir pour celles qui passent et qui n'y ont pas réfléchi. Il me semble que les femmes ont plus besoin que les hommes de l'écrit pour se construire. C'est dans les livres que j'ai appris à faire l'amour, c'est dans les livres que j'ai mélangé des postures de mères et que j'ai fabriqué la mienne avec des petits bouts de littérature, c'est dans les livres que j'ai pu trouver un moyen de dépasser le deuil et de donner une forme vivable au chagrin, c'est dans les livres que je trouve le moyen de vieillir en me promettant de devenir une vieille dame ingrate comme unetelle ou unetelle, c'est dans les livres que j'ai compris qu'un homme n'est pas une femme et que si on veut le garder il faut le laisser boire un peu, s'oxygéner, disparaitre et toujours avoir au congélateur de quoi préparer une crêpe fourrée vite fait, c'est dans les livres que j'ai voyagé, que j'ai envisagé d'autres points de vue que les miens, la vanité de toute chose...


Il y a la littérature qui par essence transmet, comme un degré de perfection de la pensée à l'écrit qui donne un matériau mental directement assimilable, jouissance esthétique et transmission de valeurs dans un même mouvement pour le lecteur. Et puis, quand on écrit et qu'on est en dessous, quand on n'y est pas au niveau de la littérature, mais que quelque chose n'est pas partagé qui pourrait l'être, quelque chose qui n'est ni dit dans les échanges de tous les jours, pas appris par l'école, pas transmis par une société, plus transmis oralement de génération en génération, il faut peut-être un écrit plus fonctionnel, plus pratique, un témoignage-partage écrit qui lève un voile et permet malgré tout de laisser une expérience en partage pour l'autre.
C'est une des fonctions de l'écriture à mon sens, citoyenne. ce n'est pas de la grande écriture, pas de la littérature, mais ce n'est pas non plus de la thérapie à deux balles ou un monologue narcissique, c'est une tentative pour continuer de participer à la transmission dans laquelle on a puisé et qu'on peut tenter d'enrichir à notre tour.
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Message le Mar 21 Oct - 8:40 par liveriu

J'ai lu et j'ai trouvé ça très riche et très prenant et juste aussi. Une seule chose : je ne comprends pas la différence entre une écriture littéraire et celle qui vous intéresse, pour moi ce sont deux chemins vers le même but et l'un n'est pas inférieur à l'autre. Tous les deux participent par le biais de l'écriture à la naissance d'un objet nécessairement littéraire. Et cette révérence envers la "litterattuuuuuuuuuure" me gonfle !
Nous sommes tous des littéraires, nous sommes tous des écrivains, parce que nous appartenons au groupe défaillant des sachant écrire. Et nos travaux, qu'ils soient directs ou travaillés, peu importe, appartiennent au corps multiple de ce que l'on appelle l'écriture, qui me paraît plus riche et plus belle que la littérature. Après que l'on s'immerge ou non dans le temps et dans la société, ça c'est un choix personnel.
J'attends les premières lignes sur la mort-naissance, c'est un grand et beau thème qui pourrait se partager d'ailleurs. Mais c'est vous qui dites, c'est votre idée.
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Message le Mar 21 Oct - 16:38 par Sylvie Viallefond

Merci pour votre lecture attentive, bienveillante. Je suis preneuse pour le partage, écrire à 4 mains, 6 , 10, justement c'est quelque chose que je trouve enthousiasmant, je serais très heureuse que refleurissent des ouvrages collectifs, dans le sens ouvrages, un dessus de lit mirobolant, du gros oeuvre, la toiture d'une grange ,des vendanges, une tâche énorme réalisée à plusieurs.
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Message le Mar 21 Oct - 19:27 par liveriu

idée à creuser et en attente des autres, je suis personnellement partant
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Message le Jeu 23 Oct - 7:07 par Sylvie Viallefond



le MP pour Dominique Giudicelli est coincé aussi dans ma boîte d'envoi, je veux bien m'inscrire au cadavre exquis.


Dernière édition par Sylvie Viallefond le Jeu 23 Oct - 19:35, édité 1 fois
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Message le Jeu 23 Oct - 10:45 par Dominique Giudicelli

Liveriu, si vous avez envie de collectif, le cadavre exquis vous tend les bras !
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Message le Jeu 23 Oct - 18:19 par liveriu

Dominique Giudicelli a écrit:Liveriu, si vous avez envie de collectif, le cadavre exquis vous tend les bras !

Ah ! le baiser dans les bras de la mort ! quelle aventure !. Je n'ai pas répondu parce que je suis un peu surbooké ce qui pour un graphomane est normal, mais très prenant... Je crois pas y aller j'ai trop de trucs à gérer mais à la prochaine sûrement.
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Message le Jeu 23 Oct - 18:20 par liveriu

Sylvie Viallefond a écrit:Liveriu, je tente, sans y parvenir, de vous envoyer un MP mais il reste dans la boîte d'envoi, il ne vous parvient pas. Pourriez vous me donner une adresse mail en MP Praxi (si pour vous ça marche) ou en MP Facebook si ça ne fonctionne pas? Je vous remercie pour ça.

le MP pour Dominique Giudicelli est coincé aussi dans ma boîte d'envoi, je veux bien m'inscrire au cadavre exquis.

j'ai reçu et j'ai répondu, ça devrait rouler maintenant Smile
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Message le Jeu 23 Oct - 18:21 par Dominique Giudicelli

Oh dommage... C'est pas non plus un engagement jusqu'à la mort !
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Message le Jeu 23 Oct - 19:59 par liveriu

certes ! mais c'est une dispo prenante et je n'ai plus de dispo pour quelques jours alors je me retire doucement dans mes alpages en contrôlant les efforts de la bande d'un oeil vif et inquisiteur...
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Message le Jeu 23 Oct - 21:33 par Hubert Canonici

Aujourd'hui je me rend compte que j'ai vécu ma vie hors de mon corps, inutile, je n'ai plus d'illusions...

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