Praxis Cumitatu

L'ancien blog Praxis Negra étant réactivé, le Comité informe que ce forum est désormais un simple atelier d'écriture. Les membres inscrits peuvent y proposer leurs textes en vue d'une publication sur Praxis Negra (en français) ou Tonu è Timpesta (en langue corse).


Atelier littéraire


Ne ratez plus rien ! Les nouvelles contributions s'affichent dans la colonne de droite de chaque rubrique. Vous pouvez également les lister en cliquant sur le lien " Voir les nouveaux messages depuis votre dernière visite", ci-dessus. Enfin, vous pouvez configurer votre profil pour être alerté lorsqu'un nouveau message est posté sur un sujet qui vous intéresse.

l'écrivain et ses lecteurs.

Partagez
avatar
Dominique Giudicelli
Admin

Messages : 397
Date d'inscription : 28/02/2014
12102014

l'écrivain et ses lecteurs.

Message par Dominique Giudicelli


Julien Gracq disait : "La chance de Mallarmé, c’est d’avoir toujours eu cinq lecteurs prêts à mourir pour lui », et Leonardo Sciascia, quant à lui, espérait " ... ne abbiano anche i miei venticinque lettori. E mantengo la cifra manzoniana non per immodestia, ma tenendo conto della onnipresente inflazione."

Nous sommes ici sur un forum littéraire dont on peut dire qu'il est fécond au regard de son fond, comme de son activité, et pourtant, son lectorat est confidentiel, nous le savons tous.
Il se trouve d'autre part que ce forum a été créé par un écrivain, Marcu Biancarelli, dont le lectorat n'a fait que croître au fur et à mesure que sa notoriété dépassait les frontières de la Corse.
Nous sommes donc bien placés pour réfléchir à ce sujet, proposé par l'un de nos contributeurs : quels sont les rapports entre la taille du lectorat et l'acte de création ?
Et comment la reconnaissance d'un écrivain, qui se traduit par l'augmentation de son lectorat, influe-t-elle sur son écriture ?
Écrit-on pour tous ses lecteurs ? Pour ses cinq fidèles lecteurs ? Pour gagner de nouveaux lecteurs ? Pour conserver le lien de confiance établie ?

Les questions pourraient se nuancer presque à l'infini, mais faisons bref : la taille, ça compte ?
Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

avatar

Message le Mar 14 Oct - 11:59 par Sylvie Viallefond

Oui mais c'est aussi prendre une posture qui consiste à dire quelle est une bonne lecture ou une indigente, voilà comment tel livre se lit, de manière cultivée et experte, alors que j'aime les livres parce que depuis qu'ils existent ils sont tombés dans des mains prolétaires, qu'ils ont ouvert des bulles d'emancipation à ceux qui étaient par ailleurs soumis, le contraire de la télé actuelle, et que privré de références n'importe quel lecteur peut vivre un grand bonheur avec un livre, sans les mots et les associations pour le dire. La littérature est profondément libertaire.

Je ne pensais pas à vous pour les chasseurs de papillons mais à ceux qui autopsient le texte, le clouant à 4 épingles, le rendant si triste finalement.

Message le Mar 14 Oct - 13:57 par Emmanuelle Caminade

Sylvie Viallefond a écrit:Oui mais c'est aussi prendre une posture qui consiste à dire quelle est une bonne lecture ou une indigente, voilà comment tel livre se lit, de manière cultivée et experte, alors que j'aime les livres parce que depuis qu'ils existent ils sont tombés dans des mains prolétaires, qu'ils ont ouvert des bulles d'emancipation à ceux qui étaient par ailleurs soumis, le contraire de la télé actuelle, et que privré de références n'importe quel lecteur peut vivre un grand bonheur avec un livre, sans les mots et les associations pour le dire. La littérature est profondément libertaire.

Je ne pensais pas à vous pour les chasseurs de papillons mais à ceux qui autopsient le texte, le clouant à 4 épingles, le rendant si triste finalement.

Je ne me suis nullement sentie visée personnellement mais depuis longtemps la question "m'interpelle", comme on dit.
Il me semble que la critique a bien évolué . Elitiste, chasse gardée des experts, elle a d'abord été reprise dans la presse papier ou à la radio ou la TV, par une marée de journalistes et présentateurs (plus ou moins experts et plus ou moins esclaves du temps et des modes médiatiques) avant de se démocratiser totalement, pour le meilleur et pour le pire, sur Internet.
Chaque lecteur, du plus humble au plus reconnu, peut y dire son mot plus ou moins pertinent, et les notions de "bonne" ou "indigente" lecture se sont complètement diluées, le lien entre les titres ou la culture du critique et la pertinence de la lecture s'étant aussi dénoués.
Je pense que nous avons atteint l'âge de la critique libertaire !
avatar

Message le Mar 14 Oct - 16:31 par Karlheinz L.K.

Je l'ai dit dans un post précédent, ça a été repris par Dominique je crois, OU SONT LES LECTEURS ??? On peut gloser pendant des siècles, s'il n'y a personne pour lire, ça simplifie la réponse à la question posée ! Et je ne parle même pas de ceux qui écrivent en Corse, parce que là, c'est carrément masochiste !!

L’œuvre vit sa vie, indépendamment de l'auteur, avec un bon éditeur ça aide pas mal (je pense que Marco pourrait en témoigner). Paradoxalement, il y a pas mal de bouquins qui sortent, chez des éditeurs nationaux mais aussi locaux, et qui sont nuls à chier. Être éditer n'est pas une garantie de qualité. Être acheté non-plus.

Sur l'analyse de texte, je suis assez de l'avis de Sylvie, généralement ça me gonfle, voire ça me gâche carrément ma lecture. A côté de ça, j'aime beaucoup discuter, échanger autour d'un film ou d'un livre. Le pire des jugements c'est le silence. N'avoir rien à en dire. Dans l'échange, ce ne sont pas les arguments les plus objectifs qui m'intéressent, mais plutôt les impressions, les ressentis, les connexions avec d'autres auteurs, d'autres livres. La divagation.

Message le Mar 14 Oct - 17:01 par Emmanuelle Caminade

[quote="Karlheinz L.K."]Je l'ai dit dans un post précédent, ça a été repris par Dominique je crois, OU SONT LES LECTEURS ???  On peut gloser pendant des siècles, s'il n'y a personne pour lire, ça simplifie la réponse à la question posée ! Et je ne parle même pas de ceux qui écrivent en Corse, parce que là, c'est carrément masochiste !!

Certes, il y a beaucoup d'écrivains (terme générique regroupant tous ceux qui publient ce qu'ils écrivent) et assez peu de lecteurs comparativement ( terme désignant toute personne alphabétisée lisant effectivement les textes publiés). Pour l'instant, sur le plan quantitatif,  les lecteurs restent néanmoins encore beaucoup plus nombreux que les écrivains !
Assez pour faire vivre ceux qui écrivent ? globalement non. Mais le livre est cher et les bibliothèques nombreuses ce qui ne favorise pas les chances des écrivains peu connus. Alors, les livres n'ayant pas bénéficié d'une structure éditoriale conséquente, ni de l'appui des media, auront peu de chance d'être achetés par des lecteurs ou des bibliothèques, peu de chance aussi de trouver une seconde vie en poche et ils seront très peu lus.
avatar

Message le Mar 14 Oct - 19:53 par liveriu

trois questions différentes :
où sont les lecteurs des ouvrages en langue corse ? dans la lune... et ils ont bien l'intention d'y rester hormis les 350 drogués ou militants qui achètent tout par principe ou par addiction.
écrire sur un blog est-ce un travail d'écrivain ? pour moi oui car sans être maçon un texte se tisse par le biais de l'écriture et se servir de l'outil crée la fonction (à moins que ce ne soit le contraire que la fonction crée l'outil, mais ça c'est pour les philosophes)
Un écrivain n'existe-t-il que parce qu'il a des lecteurs ? NON ! ce que l'on appelle lecteurs ce sont du public et les oeuvres concernées sont préformatées à leur usage (les malheurs de Valerie, les oeuvres gigantesques de Foenikos, Musso and co, ce sont des pisseurs de phrase creuse et vide, remarquables d'efficacité un mojito à la main et des Rayban sur un transat) Je crois pas qu'on puisse appeler ça littérature, c'est du texte, et je ne suis pas élitiste pour un sou.
Un écrivain crache ce qu'il ressent et il peut même le faire en douceur, sans horreur et sans noirceur, cela reste un écrivain. Qu'il choisisse un blog pour se frotter aux modernes du temps cela devrait être obligatoire (et tant pis pour le vieux Sollers qui va acheter son encre violette à Venise et classe tous ses cacas manuscrits très soigneusement en ayant comme visée leur dépôt à la BNF : c'est une stratégie sociale et mondaine, ce n'est plus de l'écriture authentique, même si (je vais faire hurler mais je m'en fous) c'est le meilleur des Français contemporains). Bref voilà ce que je retire de toutes les interventions, et je retourne voir comment va Antoine...
avatar

Message le Mar 14 Oct - 20:09 par Karlheinz L.K.

liveriu a écrit:Un écrivain n'existe-t-il que parce qu'il a des lecteurs ? NON ! ce que l'on appelle lecteurs ce sont du public et les œuvres concernées sont préformatées à leur usage [...]

J'attends Antoine avec impatience, que je puisse jouer mon rôle de lecteur, tranquillement, une bière à la main.... Peut-être vaut-il mieux être un bon lecteur qu'un mauvais écrivain, et réciproquement comme dirait Pierre Dac (cherchez pas, ça veut rien dire).


avatar

Message le Mar 14 Oct - 20:13 par Marco B

Mais si mais si, ça veut dire. Very Happy Very Happy Very Happy
avatar

Message le Mar 14 Oct - 20:46 par Hubert Canonici

Il n'y a pas de règle, d'adéquation entre qualité et quantité ( Musso and Co), moi j'ai envie de lire mais j'ai la flemme, alors j'écris ( aussi pour me lire dans les yeux des autres), et puis des livres publiés il y en a tant, de quoi bâtir des ponts creux entre les planètes, apporter sa feuille à l'édite fils, au nom du père...

Message le Mer 15 Oct - 9:22 par Emmanuelle Caminade

Ecriture et lecture sont à mon sens indissociables. C'est très bien que tout le monde puisse écrire et publier sur la toile ses propres textes mais écrire des textes sur son blog ou même un livre en s'auto-éditant n'autorise pas pour autant à se dire écrivain (même si parmi ceux qui s'auto-publient il existe de véritables talents). Il faut le regard de l'autre et d'abord celui des premiers lecteurs que sont les éditeurs qui décideront ou non de la publication... En ce sens la soumission de ses textes à un comité de lecture sur un site comme Praxis ou dans une revue est un premier pas...

Message le Mer 15 Oct - 11:21 par FXR

Il y a de la littérature partout (sur tous les supports, même sans lecteurs, écrite par des écrivains qui se veulent écrivains et aussi par des gens qui le refusent absolument ; donc l'important c'est l'oeuvre). Ce qu'on espère c'est qu'elle vive dans l'espace public (cela veut dire au minimum un lecteur, jusqu'à des milliards). Sur ce qui est de la bonne littérature et sur les meilleurs façons d'en parler, on ne sera jamais d'accord. Personnellement, j'aime autant les analyses mortifères et péremptoires qui disent comment lire les livres et les divagations libertaires (au fond, je ne vois aucune différence). Je me souviens, j'ai une tendresse infinie pour un morceau de littérature que je n'ai jamais lu, un graffiti dont on m'a parlé, et qui n'existe peut-être déjà plus depuis longtemps, je crois que c'était "Gloria à tè, Divan"... ça, pour moi, c'est de la très très bonne littérature, un vrai travail, d'une densité extraordinaire, il y a tout là-dedans ! Non ?
avatar

Message le Mer 15 Oct - 17:48 par Sylvie Viallefond

Où sont les lecteurs? A l'école, à l'hôpital, au lit...
Dans le train, dans une salle d'attente, au café, sur une plage. Dans un mobil home sous la pluie.

Où sont les non lecteurs? Devant la télé, au sport, au supermarché, sur facebook.

Le problème de la lecture c'est qu'elle est exclusive. On ne peut pas occuper ses mains quand on lit. On ne peut pas en profiter pour faire la vaisselle ou passer un coup de fil. On ne peut pas lire à vélo, et ça c'est vraiment dommage, moi je n'aime pas trop les livres parlés, mais à vélo je ferais peut-être une exception. Ce sont deux plaisir très proches, pédaler et lire. Quand je pédale j'écris dans ma tête. Je me dis que je vais m'en souvenir, mais je ne m'en souviens jamais et ça m'horripile. Il faudrait inventer le boîtier qui décline un livre à vélo ou enregistre nos pensées déliées par la route moelleuse et offerte.
avatar

Message le Mar 21 Oct - 16:30 par Dominique Giudicelli

un écho bienvenu à notre discussion, dans un blog du nouvel obs, celui de Pierre Jourde, à propos du récent prix Nobel décerné à Modiano :

"Un qui n’a pas apprécié (une "critique" d'Eric Chevillard sur le dernier Modiano, publiée dans le Monde juste avant le prix Nobel. NdR), c’est Pierre Bergé. Le voilà très colère. Il en gazouille des formules vengeresses sur son compte Gazouillis.
Je cite : « Pauvre Chevillard que personne ne lit et qui se venge en démolissant Patrick Modiano, prix Nobel de littérature 2014 »

Voilà une phrase à peser mot à mot. Car Pierre Bergé est quelqu’un qui sait ce qu’il dit.

1- « Chevillard que personne ne lit ». Soit. 5000 lecteurs, souvent fanatiques, ce n’est personne. De nombreuses traductions étrangères, des thèses, des mises en scène, d’innombrables articles de presse ou d’études universitaires, ça n’est rien. En tous cas, à côté de Modiano, pas grand-chose, c’est certain. Si on suit la logique de Pierre Bergé, la qualité littéraire se mesure au nombre d’exemplaires vendus, ou au volume de notoriété. Si on suit la logique de Pierre Bergé, Katherine Pancol, c’est plus intéressant que Pierre Michon. Dans ces conditions, Mallarmé, Musil, Nerval, Baudelaire, Stendhal, Rimbaud, qui ne vendaient rien et que personne ne connaissait, n’avaient aucun intérêt à côté de Georges Ohnet, de Sully Prudhomme (prix Nobel de littérature 1901) ou de Claude Farrère (prix Goncourt 1905). Et c’est parce qu’il était un raté que Baudelaire s’en prenait à Musset ou Sand. Intéressant comme idée de la littérature, non ? "


Le reste, tout aussi passionnant, à lire ici :
http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/archive/2014/10/18/et-le-prix-nobel-de-la-critique-est-decerne-a-544894.html



avatar

Message le Mar 21 Oct - 17:20 par Hubert Canonici

C'est un bon baromètre Bergé, quand il exprime quelque chose je sais qu'il faut penser l'inverse, il n'y a plus d'heure pour en manger, du bâton de Bergé, il est périmé...
avatar

Message le Mar 21 Oct - 19:22 par liveriu

soyons brutal ! surtout qu'à son âge son bâton est bien merdeux, comme aurait dit le grand Verlaine à propos d'autre chose !

Message  par Contenu sponsorisé


    La date/heure actuelle est Mar 22 Aoû - 16:36