Praxis Cumitatu

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Atelier littéraire


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l'écrivain et ses lecteurs.

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Dominique Giudicelli
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Messages : 397
Date d'inscription : 28/02/2014
12102014

l'écrivain et ses lecteurs.

Message par Dominique Giudicelli


Julien Gracq disait : "La chance de Mallarmé, c’est d’avoir toujours eu cinq lecteurs prêts à mourir pour lui », et Leonardo Sciascia, quant à lui, espérait " ... ne abbiano anche i miei venticinque lettori. E mantengo la cifra manzoniana non per immodestia, ma tenendo conto della onnipresente inflazione."

Nous sommes ici sur un forum littéraire dont on peut dire qu'il est fécond au regard de son fond, comme de son activité, et pourtant, son lectorat est confidentiel, nous le savons tous.
Il se trouve d'autre part que ce forum a été créé par un écrivain, Marcu Biancarelli, dont le lectorat n'a fait que croître au fur et à mesure que sa notoriété dépassait les frontières de la Corse.
Nous sommes donc bien placés pour réfléchir à ce sujet, proposé par l'un de nos contributeurs : quels sont les rapports entre la taille du lectorat et l'acte de création ?
Et comment la reconnaissance d'un écrivain, qui se traduit par l'augmentation de son lectorat, influe-t-elle sur son écriture ?
Écrit-on pour tous ses lecteurs ? Pour ses cinq fidèles lecteurs ? Pour gagner de nouveaux lecteurs ? Pour conserver le lien de confiance établie ?

Les questions pourraient se nuancer presque à l'infini, mais faisons bref : la taille, ça compte ?
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Message le Dim 12 Oct - 14:26 par Francesca

Un écrivain écrit-il pour ses lecteurs? Je n'en sais rien, mais j'aurais tendance à penser que s'il écrit pour ses lecteurs, il risque d'être inauthentique à un moment donné, et de ne plus sortir ce qu'il a dans les tripes, pour "plaire"...

Pourtant il écrit bien pour rencontrer des lecteurs, et le plus possible, sûrement, même si l'on connaît des cas extrêmes de livres écrits dans des conditions où un lectorat paraît impossible, mais où l'auteur a écrit simplement pour survivre (en goulag, en camp, en prison) tout en risquant sa vie s'il était découvert : où est donc le vrai ressort? Je crois bien qu'il est avant tout interne ; dans le besoin d'exprimer ce qu'il porte profondément en lui, un besoin de creuser ses propres interrogations sur le monde, et il ne peut qu'espérer que cela trouve un écho.

Cette authenticité profonde me paraît le meilleur garant qu'il trouve cet écho, y compris en bousculant son lecteur : mais pas forcément dans la masse, car l'authentique est rarement "conformiste". Certains vont devoir faire leur chemin après de multiples incompréhensions et rejets.
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Message le Dim 12 Oct - 14:35 par Hubert Canonici

Personnellement je pense que l'idéal est de puiser dans son essence (inspiration) sans calcul préalable, sans négocier, c'est peut-être facile de dire cela quand on écrit (comme moi) en circuit fermé ( et ça me comble, d'ailleurs, puisque ça m'incite à écrire, donc transposer, donc gerber sur cette humanité de merde), maintenant je pense que l'influence des lecteurs, de l'ère du temps, consciente ou inconsciente, pèse forcément. Ce que j'aime c'est lire et retrouver la patte de chaque auteur (sur ce forum) au fil des textes, c'est ça qui m'intéresse, de plus, être sur le forum d'un "putain d'écrivain", ça fait plaisir.

Message le Dim 12 Oct - 15:42 par Emmanuelle Caminade

Dominique Giudicelli a écrit:
Julien Gracq disait  : "La chance de Mallarmé, c’est d’avoir toujours eu cinq lecteurs prêts à mourir pour lui », et Leonardo Sciascia, quant à lui, espérait " ... ne abbiano anche i miei venticinque lettori. E mantengo la cifra manzoniana non per immodestia, ma tenendo conto della onnipresente inflazione."

Vous m'avez devancée, Dominique. En effet Sciascia se targuait de n'écrire que pour quelques uns de ses amis et Gracq se méfiait, paraît-il, des romans vendus à plus de 300 exemplaires...
Certains pourraient donc être tentés de mesurer l'importance d'un écrivain à la taille réduite de son lectorat ! Pratique pour ceux dont les livres ne rencontrent pas le public. Ils pourraient ainsi se rassurer ou jouer aux génies méconnus, et même dénigrer parfois par la même occasion les écrivains qui rencontrent un gros succès populaire. Un point peut-être sensible en Corse, plus concernant Jérôme Ferrari d'ailleurs que MB, du moins pour l'instant, mais ne faisons pas de mauvais esprit !
Il n'y a aucun lien à mon sens entre la taille d'un écrivain et celle de son lectorat. On peut se demander bien sûr si un écrivain doit flatter les attentes du lecteur pour augmenter la taille de son lectorat, mais la réponse est trop simple !
Par contre le succès en terme de lectorat ne peut-il subrepticement avoir des effets sur un écrivain ? Bien sûr, la question se pose. Et je pense que les écrivains doivent se montrer vigilants pour ne pas tomber dans le piège à leur insu.
Ca me fait penser à Putain de pupitres, ce livre magnifique de  Park Bum-Shin que j'ai chroniqué (A lire absolument!) car il aborde  en filigrane ce sujet. Cet écrivain coréen, semble-t-il, est tombé à un moment dans ce piège et a visiblement eu besoin d'expier cette faute dans ce roman ...
Mais ces nouvelles sommités corses, on leur fait confiance !
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Message le Dim 12 Oct - 17:53 par Dominique Giudicelli

Selon moi, on ne peut pas écrire si on n'imagine pas un jour être lu, avoir des lecteurs. Je crois que ceux qui écrivent le font sous l'oeil d'un fantasme bienveillant, celui du lecteur attentif et charmé. L'inspiration est une chose (qu'il conviendrait d'ailleurs de définir. à mon avis, c'est un lieu intérieur où l'on parvient à se rendre et où l'on vit d'une certaine vie qui peut s'écrire ; mais c'est une autre question...), mais pour faire entendre une voix dans un récit, pour que les mots portent, il faut s'adresser à quelqu'un. Un texte écrit pour soi-même (si tant est que l'on écrive jamais que pour soi-même) a toutes les chances de rester dans le secret d'un tiroir. Et peut-être parle-t-on plus fort si l'on s'adresse à une foule, et peut-être chuchote-t-on si l'on parle à l'oreille d'un seul. Serait-ce à dire que l'on écrit pas la même chose selon qu'on désire une large audience ou que l'on en admet une plus petite ? Il est possible que gagnant en audience, on en vient à parler plus fort et autrement, car de fait, on ne se fait pas comprendre avec les mêmes mots, les mêmes phrases à la tribune ou dans l'intimité. Question de rythme et de portée. Et je pense que cette adaptation de la voix narrative se fait instinctivement chez l'écrivain qui convoque à son bureau sa chimère, l'assemblée devant laquelle il veut se présenter.

A l'autre bout du processus de création, il y a le destin hasardeux du livre déjà écrit et qui ne rencontre pas toujours ses lecteurs : ni ceux qu'avait rêvé l'auteur, ni parfois même ceux qui auraient pu l'aimer. Mais est-ce imputable à l'oeuvre elle-même, au talent de l'écrivain, à celui du lecteur (car il en faut aussi pour lire) ? C'est avant tout une affaire de rencontre, et comme dans toutes les rencontres, le facteur chance n'est pas sans jouer : les bons intermédiaires, les bons relais... Le facteur temps aussi, "Parce que c'était lui, parce que c'était moi" mais aussi parce que c'était le bon moment. Et peut-être finalement est-ce ce qui fait la différence entre un livre de talent qui reste confidentiel et un livre de talent qui rencontre le succès : le second vient frapper le coeur des lecteurs et réverbérer ce qu'ils auraient voulu dire. Il y a toujours une petite part de plaisir narcissique dans une rencontre réussie.

Je dirais donc que la taille, oui, ça compte, mais pas en valeur absolue (400.000 exemplaires pour le bouquin de Triervieller ne sont pas supérieurs aux 250 000 exemplaires de réassort de toute l'oeuvre de Modiano après son prix Nobel). Ca compte comme variable d'adéquation entre le lectorat rêvé qui a présidé à l'écriture et le lectorat réellement touché par l'oeuvre. Le succès se mesure peut-être à cette aune.



Message le Dim 12 Oct - 18:39 par Emmanuelle Caminade

Rencontrer le succès et rencontrer le lecteur, ce n'est pas tout à fait la même chose. Qu'un livre réverbère, en mieux, ce qu'on aurait voulu savoir dire est certes un plaisir mais qui ne participe pas pour moi d'une véritable rencontre entre un livre et son lecteur. C'est moins le reflet narcissique qui définit la rencontre avec un livre que l'aspect doublement révélateur. Le livre révèle son lecteur comme le lecteur révèle le livre, me semble-t-il. Il y a alors un échange mystérieux mais réel.
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Message le Dim 12 Oct - 19:13 par Dominique Giudicelli

"Rencontrer le succès et rencontrer le lecteur, ce n'est pas tout à fait la même chose." non, c'est vrai. Mais lorsqu'on parle de taille du lectorat, on sous-entend, il me semble, lectorat confidentiel vs lectorat nombreux, et on ne peut pas nier que toucher un lectorat nombreux est aussi un succès.
Les 5 lecteurs de Mallarmé et le 25 de Sciacia s'opposent, en creux, sans le dire, aux milliers de lecteurs de je ne sais quels auteurs à succès de leurs époques.

Toujours en creux, et comme vous le souligniez vous-même, il y a la question du génie méconnu et du best-seller cynique. C'est pourquoi, j'ai voulu déplacer le sujet sur un autre type de comptabilité. Finalement, des auteurs comme Modiano, Quignard ne cherchent pas à toucher un très large public, mais le public pour lequel ils écrivent. Duras, lorsqu'elle a vendu 2. 400.000 exemplaires de L'Amant a parlé d"'erreur", si je me souviens bien. Elle n'avait pas écrit ce livre pour autant de lecteurs, et elle l'a d'ailleurs réécrit sous la forme de "L'amant de la Chine du Nord", qui n'a pas connu le même succès de librairie, comme pour rétablir la vérité ou retrouver son vrai lectorat (250.000 avant le Goncourt, ce qui n'est déjà pas mal).

Message le Dim 12 Oct - 22:47 par lovichi

Jeune auteur qui vient de faire paraître un livré édité par un petit éditeur corse associatif, je peux faire partager ma petite expérience. Si j'ai écrit l'histoire finalement publiée, c'est d'abord et avant tout parce qu'elle m'a trotté dans la tête suffisamment longtemps pour permettre à des personnages d'émerger, des personnages auxquels je me suis attaché. A l'instant de la création, il ne me semble pas que l'on pense à autre chose qu'à l'histoire qui s'écrit et que seul compte alors le plaisir de l'écrire. Ce n'est qu'une fois écrit que l'on commence à penser à l'éventuel lecteur, qu'on le recherche en faisant lire sa production par d'autres afin de savoir si le texte peut être reçu, s'il fonctionne, fait naître des émotions, des interrogations...
Tout auteur a, me semble-t-il besoin de lecteurs.
Ecrire pour écrire, pour soi peut avoir une fonction thérapeutique, mais est-on toujours dans la littérature ? La littérature suppose bien ce couple auteur/lecteur. Alors le nombre change-t-il quelque chose à l'affaire et dans quel sens ?
Sans doute existe-t-il des écrivains qui écrivent en direction d'un public, ceux qui le connaissent déjà, des écrivains qui savent ce que leur public attend et qui n'ont pas envie de le décevoir. DE le perdre. Les Grange, Levy, Musso, Coben et toute la bande. Il y a derrière leurs livres qui se vendent en centaines de milliers d'exemplaires, voire en millions d'exemplaires un réel savoir-faire qu'il ne faudrait surtout pas dénigrer au motif que leurs lecteurs n'auraient d'exigences littéraires, qu'ils sont dans la facilité, que si la masse suit c'est que le livre est pauvre.
Il y a l'idée d'un dénigrement de la foule et d'une valorisation de l'élite.
Pour autant quel auteur ne rêve pas de rencontrer un public nombreux, curieux, intéressé ?
Il y a ainsi des ovni qui allient à la fois exigence et réception par un public nombreux. Le dernier Biancarelli en est un exemple. Personne n'osera dire qu'il s'agit d'un livre facile ! ET pourtant, il semble effectivement constituer un succès de librairie.
Après, sans doute faut-il aussi être lucide et un livre acheté n'est pas forcément un livre lu... Et compris.
Tout ceci pour dire qu'à mon sens, la qualité d'un livre ne saurait en aucun cas s'apprécier au nombre d'exemplaires vendus. Le marché n'est pas pour moi un juge fiable ou suffisant.
Mais la remarque vaut bien dans les deux sens. Le fait qu'un livre soit un best seller ne saurait pas définition lui ôter toute valeur littéraire
Et du coup, je m'interroge : suis-je dans le débat ??
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Message le Lun 13 Oct - 9:05 par Karlheinz L.K.

Créer, composer, écrire en circuit fermé me semble problématique. Il ne s'agit pas de se masturber, ou de faire son auto-psy (ce qui est peut être le cas pour pas mal de monde). L’œuvre, avec tous les guillemets que l'on voudra bien mettre autour, doit se partager. C'est, pour moi, le sens même, l'essence de l'art (avec autant de guillemets !).

Ne pas avoir de lecteurs ne m’empêche pas d'écrire. Suis-je ou non un écrivain parce que j'écris seul chez moi ? Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre !! John Kennedy Toole est une bonne illustration de ce que je veux dire, cet auteur américain qui a écrit « La conjuration des imbéciles » au début des années 60, s'est suicidé en 69 à l'âge de 32 ans, se croyant un écrivain raté car son manuscrit était refusé par toutes les maisons d'édition. L’œuvre posthume, portée par sa mère (!), fût enfin éditée en 1980 et connue un succès immédiat, couronné même l'année suivante du prix Pulitzer ! En disant cela, je ne dis pas que chaque scrivaillons du dimanche porte en lui « La conjuration des imbéciles », je dis juste qu'un texte existe indépendamment de ses lecteurs.

Le vrai problème à mes yeux, que je vois plus encore dans le monde de la musique, est le temps disponible pour travailler ses compositions, ses écrits. L'écriture est souvent pratiquée en marge, après le boulot « officiel ». La publication, la reconnaissance du publique peut permettre de s'émanciper et de se consacrer entièrement à l'écriture (tout de monde n'est pas agrégé de philosophie détaché au Turkménistan !!)

En suite, et en dehors de toute considération de succès, je pense qu'il y a des choses que nous devons poser, finir. Un écrit n'est vraiment fini que lorsqu'il est édité. Impossible d'y retoucher, ou de revenir en arrière. L'objet livre met un point finale à une démarche. Ça me parait essentiel.

« Le lectorat confidentiel » d'un site comme Praxis, quoi que chaleureux et de qualité ne peut constituer une fin en soi. Le petit côté « élite » est inévitable et nauséabond. Et là on en revient à la question centrale, ou sont les lecteurs ??? Pourquoi tant de gens lisent-ils objectivement de la merde ?
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Message le Lun 13 Oct - 13:07 par EV

Tout à fait d’accord avec l’idée de finitude, à travers l’édition d’un livre. Je crois d’ailleurs, qu’une fois édité, il n’appartient plus à son auteur mais au lectorat, qui voudra bien se l’approprier. Ou pas.

À ce sujet, je m’interroge quant au fait qu’un écrivain puisse ne pas ressentir le besoin de rencontrer un lectorat potentiel. Pourquoi entreprendre la démarche d’être édité, si tel n’est pas le cas ? L’argent ? Quand nous savons que nombre d’écrivains ne vivent pas de leur art.

Convenons, que l’écrivain ne pense qu’à son lecteur idéal - fusse-t-il seul - qu’une fois le livre achevé. Soit. Cependant, si l’important n’est pas d’être lu et (re)connu par le plus grand nombre, pourquoi ne pas éditer un livre en seulement cinq, voire vingt-cinq exemplaires ? Ainsi, les quelques lecteurs, prêts à mourir pour lui, pourraient incarner avec force ce propos. Non ?

Et un écrivain qui ne manifeste pas le désir d’être lu ? Se suffit-il à lui-même ou craint-il seulement de ne pas être reconnu, à travers la « mise en danger » que représente cette confrontation à l’altérité ? Un écrivain comme ça, ça existe ? Il faudrait tenter de définir clairement ce que l’on entend par « écrivain », d’ailleurs. Je pense, néanmoins, qu’un écrivain - malgré la sonorité : « écrit vain » ! - n’écrit pas pour lui seul et qu’il aspire de tout son être à une forme de reconnaissance par l’Autre, son lecteur idéal. Cela, même de façon inconsciente. Mais ce n’est qu’un point de vue.

Un autre aspect attire ici mon attention. Il s’agit du « facteur chance », des « bons » intermédiaires, des « bons » relais ou du « bon » moment, mentionnés plus haut par Dominique. Je les associe davantage à un contexte, qui serait favorable ou non. Et, je me demande si, aujourd’hui, en Corse notamment, un écrivain - en langue corse ou en français, mais il serait intéressant de traiter les deux cas de figure – a les outils adéquats à sa disposition, quant à la diffusion de son livre. J’entends par là, a-t-il vraiment les moyens de le diffuser et le promouvoir, de façon optimale, depuis la Corse. Écrire en corse, n’est-ce pas restreindre, ipso facto, son lectorat, quelles que soient les raisons qui l'animent ? Écrire en français en étant édité dans une maison corse, offre-t-il les mêmes chances de diffusion que l’édition dans une maison continentale ? Les réponses à ces questions pourraient peut-être nous éclairer sur les relations entre l’écrivain et son lectorat, en ce sens qu’il semble difficile de détacher la démarche de l'écrivain du contexte dans lequel il écrit ou dans lequel il sera lu.

Ça fait beaucoup de questions et peu de réponses, je sais !  affraid
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Message le Lun 13 Oct - 19:01 par liveriu

Sommes-nous une secte ? je ne crois pas même si le fait d'écrire ici est un pas vers un regroupement, chaque texte entraînant une réponse, une réaction, et même une influence, et à mes yeux, cela est bien.
Sommes-nous une élite ? ça je suis persuadé que non. Nous sommes là parce qu'un être improbable nous a fait venir à la fois pour se sentir moins seul et par goût immense et profondément sincère de la manipulation. Et nous avons cédé en toute conscience avec une joie sourde de participer à une arnaque, et nous avons insisté parce que le lieu était charmant, bucolique et postmoderne, bref, parfaitement adapté à nos besoins d'écriture. Et nous savons que nous sommes lus par un groupe de suiveurs, qui s'inquiètent ou qui admirent, qui bisquent ou qui exultent, peu importe, ils passent, ils regardent, et ils s'en vont, comme tout lecteur dans une librairie qui a humé quelques lignes et qui ressort sans rien acheter au grand désespoir du libraire.
Je trouve que cette question n'est pas très utile tant que nos essais d'ici ne sont pas publiés. A nous cette petite mosaïque nous apporte beaucoup, la preuve, nous sommes encore là et nous passons régulièrement pour voir ce qui se passe. Et ce qui se passe est riche et comme nous sommes tous de grands égoïstes narcissiques et égocentriques en fait nous sommes comme le vieux Sisyphe, nous sommes contents de notre sort. D'ailleurs si je compte bien le nombre de passages dans chacune des rubriques, l'impact de nos textes va au-delà des limites posées par les deux totos qui se la jouaient modeste pour mieux affirmer leur orgueil incommensurable. Et en plus, ils n'étaient pas d'ici, donc leur orgueil n'est que petite roupie de sansonnet par rapport au nôtre ! Nous écrivons pour nous, pour ceux d'ici et pour les passants qui passent, et c'est un bon début, il ne nous reste qu'à fuir ou à insister, et comme nous sommes très têtus je nous soupçonne de vouloir insister...
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Message le Lun 13 Oct - 19:13 par Karlheinz L.K.

Je vote pour Liveriu ! Merde, c'est pas un concours ???!! cheers
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Message le Lun 13 Oct - 19:48 par Hubert Canonici

Il n'y a pas pire que la période où nous vivons, on voit plus de buissons tellement fleuris, mais le pire c'était les années 90, vous imaginez Léo Ferré à la télé avec Christine Bravo - AAAAAAAAH - il parle peu car elle monopolise la parole, un reportage passe où personne ne l'aime - florilège: c'est ringard - j'aime pas - ça donne envie de se suicider - c'est vieux - évidemment tous ces braves gens sont habillés et coiffés en 90. Y en a même un avec une mise en pli, un pantalon et une veste en jean à bandelettes colorées qui a une tête à habiter à Saint Étienne.
Quand il sort un papier et commence à chanter elle cri:

AAAAAAAH NON ! On a pas l'temps Léo !

Il n'y a pas pire que la période où nous vivons !
Mais le pire, c'était les années 90.
On est pas en 90 sur Praxis, alors je reste.
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Message le Lun 13 Oct - 20:21 par EV

Pour rebondir ( bounce ) sur votre intervention, Liveriu, j'aimerais savoir si vous établissez une différence entre les personnes qui écrivent ici, sur ce blog, et un écrivain. Considère-t-on que quelqu'un qui ne publie pas de livre est un écrivain ? Tous ceux qui écrivent sur des blogs, produisent-ils de la littérature ?
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Message le Lun 13 Oct - 20:36 par liveriu

Bien sûr nous sommes écrivains, puisque nous écrivons et que nous aimons ça. Le support actuel est un outil utile voire très pratique pour tester une écriture rapide, très marquée par l'écriture automatique des grands anciens des bonnes années et cela crée des œuvres, des fragments, des tentatives qui sont pure littérature.
La publication, le livre crée un rapport objectif, un rapport social avec le monde des lecteurs, et le blog lui crée un rapport subjectif, où l'essai même retravaillé donne toute sa pleine mesure et où les rebonds participent de nos actes d'écriture. Donc oui nous sommes des écrivains et nous sommes appelés à publier dans l'autre monde. Mais celui-ci est le nôtre et il fait vivre une authentique littérature de notre temps.  Rappelons-nous, mais nous le savons tous, qu'avant d'être une maison d'édition, la NRF de Gallimard était une revue qui fonctionnait comme fonctionne Praxis, avec des débats, des textes, des essais, des concours. A l'époque nos outils n'existaient pas,  et les textes souvent étaient manuscrits, mais les claviers et les ondes, nous les avons saisis et nous les faisons prospérer. Je ne fais aucune différence entre écrire sur un blog et un livre, ce qui est important c'est l'écriture et le plaisir de s'exprimer et d'en parler. Car plus on se lit et plus on échange on progresse dans la rage et la colère et c'est pour moi une des clés muettes de tous nos textes. Et cette réalité n'est que littérature, au plein et au beau sens du mot.
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Message le Lun 13 Oct - 20:38 par Karlheinz L.K.

Je construis ma maison moi-même, suis-je maçon ? Évidemment que non. Rien à branler des étiquettes, je pense que je pourrais sans problème être le nègre de quelqu'un et prendre mon pied en écrivant.

Les échanges qu'il y a ici (R.I.P. Mirvella) sont parfois jubilatoires, et les personnes que je croise ici (ce qu'ils laissent voir d'eux) sont assez fascinantes. Et puis, j'écris plus que je ne le ferais sans Praxis, et je lis des auteurs libres, et des écrits originaux (dans tous les sens du terme), c'est déjà pas si mal.


Dernière édition par Karlheinz L.K. le Mar 14 Oct - 7:58, édité 1 fois
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Message le Lun 13 Oct - 21:10 par Dominique Giudicelli

Belle intervention Liveriu ! J'adhère très spontanément à cette ardeur. Mais une question me revient tout de même : où est le lecteur ? Il ne semble pas nécessaire dans le tableau que vous faites de l'écrivain, ce qui d'ailleurs est une réponse à notre sujet. Si je comprends bien, le lecteur n'est pas indispensable ? Bien qu'ici nous soyons tour à tour auteur et lecteur...
Le sujet initial supposait que le lecteur faisait l'écrivain, et l'on réfléchissait à la taille du lectorat et à son impact sur l'écriture. Mais votre intervention implique une autre question : qu'est-ce qui fait l'écrivain, si ce n'est pas le lecteur ? Suffit-il d'aligner quelques phrases pour être écrivain ?

J'aurais tendance à faire intervenir ici un tiers, peut-être l'inconnue de notre équation : l'éditeur. N'est-ce pas au fond la publication, à compte d'éditeur, qui nous baptise dans la grande communauté des auteurs ? Ne faut-il pas un premier lecteur éclairé pour valider notre statut et décréter ce qu'il est si difficile de faire soi-même : ce qui a été écrit mérite d'avoir plus d'un lecteur ?
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Message le Lun 13 Oct - 21:16 par Sylvie Viallefond

Liveriu et Karlheinz ont exprimé au plus juste ce que j'ai perçu de Praxis Negra en le découvrant en juin dernier, et la manière dont je m'en suis saisi, je regarde moins la télé le soir, je lis des textes courts et je compare nos styles, j'y trouve de l'émulation Bonenfant, de la bienveillance et de l'envie de l'autre, qui a trouvé la bonne image, la bonne chute, le bon rythme...c'est, je trouve, un chouette usage du web, comme je rentrerais dans un bar pour y retrouver des gueules qui ne sont ni des amis vraiment ni des proches, des connaissances agréables de bar à textes, des gueules qui ecrivent. Comme dans un bar familier, on a peur du dérapage facile mais irréversible, on a peur de saouler les autres, et on a peur de devenir bêcheur.
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Message le Lun 13 Oct - 21:25 par Dominique Giudicelli

Il était question un moment, au sein du comité éditorial, de lancer un débat sur l'intérêt d'un forum littéraire comme Praxis. Je trouvais le sujet un peu rebattu et personnellement, il ne m'interessait pas tellement, mas je vois que vous êtes quelques uns à glisser doucement vers ce sujet. Je dois vous rappeler que l'exemple que j'ai pris en lançant le sujet de PN, n'était qu'une accroche, pas le sujet lui-même. La question du lecteur et de l'écrivain est bien plus vaste et peut se réfléchir à d'autres échelles que notre microcosme. Quid par exemple du lectorat et de son impact sur la création pour des best-seller ? Avant et après le succès d'ailleurs...
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Message le Lun 13 Oct - 22:13 par EV

Je suis déçue. Personne n'a encore répondu à ma question sur les moyens de diffusion actuels du livre en langue corse. Voire du livre en Corse. Est-ce que ça veut dire que, finalement, la diffusion d'un livre et le fait d'être lu au-delà de son propre microcosme, ce n'est pas si important ?

Pour vous qui écrivez sur Praxis, c'est important d'être lus ?

En tant que lecteurs, auriez-vous été capables de trouver seuls tous les trésors que vous avez pu lire jusqu'alors ? Je veux dire si, par exemple, ils n'avaient été donnés à lire que sur de tout petits blogs littéraires étrangers et non-traduits (cela n'enlevant en rien de leur qualité) ? Si ces écrivains n'avaient pas fait la démarche d'être édités ?

Je crache habituellement sur les schémas, le formatage - tant que faire se peut - et les modèles établis. Néanmoins, je confesse prendre un plaisir infini lorsque je tiens l'objet livre entre mes mains, lorsque je tourne ses pages, qui nourrissent mon esprit et mes sens, je me délecte de son contenu.

Le support ne fait pas la Littérature, soit. Je crois cependant qu'il en facilite le partage.

Alors ? La diffusion du livre en langue corse ? Du livre en Corse ?

Hors des blogs, point de salut pour la Littérature, aujourd'hui ?
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Message le Lun 13 Oct - 22:29 par Hubert Canonici

Le lecteur est une denrée de plus en plus rare, qui n'aimerait pas être reconnu et vivre de sa plume? À part les oies, pauvres dames blanches... Déjà, publier, intéresser un large public n'est pas donné à tous, peu d'élus, un forum comme Praxis est un soin palliatif pour beaucoup (sic) - ici il y a une grande qualité de lecteurs ( même s'ils sont peux nombreux ), et d'auteurs, même si tous ne passeront pas le cap...(publication) - ça crée une émulation, c'est déjà pas mal dans un monde de plus en plus invertébré, après il faut bien le constater, les gens lisent de moins en moins, mais je constate aussi, quand je dis à des gens que je connais d'aller lire sur PN, notamment les concours, ils sont surpris...

Message le Mar 14 Oct - 5:35 par lovichi

Je partage le message de Liveriu qui attire notre attention sur l'éditeur. Il tient une place centrale dans l'histoire puisqu'il est censé non seulement garantir la qualité du texte mais aussi apporter sa contribution à l'écriture du texte par les remarques qu'il fait, les suggestions, les retouches... Du coup, le texte édité est loin des textes auto-édité qui ne trouve finalement leur sanction que sur le marché notamment pour les textes courts mis en ligne ou commercialisé via des plateformes du web. ET pourtant, là encore, des histoires, belles, existent de textes qui ont commencé leur vie sur une plateforme, avec de l'autoédition avant d'être repris par des maisons d'édition... attirées par le succès commercial ! Mais alors quid de l'écriture ? Question décidément difficile...
Quant à l'activité de Praxis Negra, je la trouve effectivement très intéressante dans la mesure où elle permet d'avoir les retours d'un lectorat exigent et de pairs, elle permet de tenter des expériences, elle galvanise, et de la sorte aide sans doute chacun des auteurs qui y participent à travailler son style, ses histoires ou ses personnages !
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Message le Mar 14 Oct - 7:28 par Sylvie Viallefond

Karlheinz avait raison de parler du temps qu'on a pour écrire, qui fait pencher du côté de l'écrivain, de l'auteur, ou du côté de celui qui écrit dès qu'il a 2 minutes, mais sa vie, ses contraintes font que la priorité à l'écriture serait indécente, écrire avec les miettes de temps que laissent les jours et les semaines pleines de petits boulots cumulés par exemple. Ça ne signifie pas que l'écrivain est un privilégié, cela signifie que l'écrivain a eu assez de retours, assez de signes sur la qualité de son écriture et de son potentiel éditorial qu'il aménage son temps, sa vie sociale et professionnelle autour de l'écriture. Et que son travail est fécond.

Mais comme je suis mal à l'aise quand ma grand même me parle de sa vie sexuelle, je suis mal à l'aise quand on discute sur écrire- lire-pour quoi, pour qui...réellement ça me donne des hauts la coeur, la rencontre auteur-lecteur, elle a lieu dans l'intimité d'un livre, dans le métro, dans un lit, sur un balcon, le reste, je ne comprends pas, comme je ne comprenais déjà pas gamine et qu'on me demandais de me masturber le cerveau pour dire comment et pourquoi j'avais aimé tel ou tel livre, au collège, au lycée. Je vivais cet exercice comme abusif et sans intérêt intellectuel, autre que celui de faire des liens et de construire ma culture générale, mais je commençais, ces liens, je les faisais moi même, il me fallait du temps. Ce plaisir de lecture est intime et interne,et j'ai remarqué que les critiques, qui excellent dans cet art ont souvent souvent, ce ton doctoral, définitif, piétinant autoritaire, pour moi si peu en lien avec la légérete et la gratuité du plaisir de lecture. Ils sont des chasseurs de papillons, ils ne veulent pas les laisser voler et partir, ils préfèrent les traverser d'un clou pour les regarder morts.
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Message le Mar 14 Oct - 10:25 par Marco B

Belle allégorie, Sylvie, que celle de ces chasseurs de papillons... Certains donnent cet effet, je trouve ça assez vrai.

L'écrivain, cependant, attend aussi un retour critique de son travail, quel que soit son niveau. Et heureusement certaines critiques savent exprimer une lecture sincère tout en laissant vivre le livre indépendamment de leur jugement.

Et ces critiques-là sont aussi un lien important entre écrivains et lecteurs.

Message le Mar 14 Oct - 11:04 par Emmanuelle Caminade

Sylvie Viallefond a écrit: Ils sont des chasseurs de papillons, ils ne veulent pas les laisser voler et partir, ils préfèrent les traverser d'un clou pour les regarder morts.    

Je comprends votre point de vue – qui est loin d'être isolé – même si je ne le partage pas. Au lycée je ne supportais guère de voir analyser les textes de manière péremptoire et univoque. Un jour, un professeur éclairé prenant le «Lagarde et Michard» à contre-pied en menant une analyse originale et argumentée du Misanthrope, nous fit comprendre que ce qui faisait vivre un livre, justement, c'étaient toutes ces interprétations possibles ...
J'ai toujours analysé (intérieurement) les livres car il ne me suffit pas d'être touchée, dérangée, enthousiasmée par un livre, j'aime chercher à comprendre comment un livre parle et questionne, nourrit rêves et réflexions, j'aime aussi parler au livre, lui répondre, m'approcher de cette alchimie souterraine résultant de la rencontre d'un texte et d'un lecteur...
Mais pourquoi franchir le pas et se risquer à rendre cet échange public ?
Parce que cela ne relève pas seulement de l'intime et du narcissique, parce que cela crée un lien transcendant toutes les frontières qui n'est pas seulement une petite ouverture confidentielle à l'autre, à un autre imaginaire, mais qui s'ouvre plus concrètement aux autres. Parce que analyser et permettre ainsi la confrontation avec d'autres analyses, ce n'est pas clouer le papillon sur la planche de l'entomologiste, c'est au contraire lui permettre de voler et partir beaucoup plus loin, et de prolonger sa pauvre petite vie éphémère...

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