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Tribune libre sur Orphelins de Dieu

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Dominique Giudicelli
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28092014

Tribune libre sur Orphelins de Dieu

Message par Dominique Giudicelli

Le livre de Marcu Biancarelli fait pas mal parler de lui, en Corse et sur le continent, et le pire qu'on puisse lui souhaiter, c'est que ça continue et même que ça s'amplifie jusqu'à crever le plafond de verre des critiques parisiennes, pour l'instant encore assez silencieuses.

En attendant cette échéance, que nous espérons brève, nous ouvrons ici une tribune aux lecteurs d'Orphelins de Dieu qui, si l'on en juge par les commentaires sur la page Facebook de Praxis Negra et sur celle consacrée à l'oeuvre, ont le désir de partager leur enthousiasme, eventuellement leurs réserves, ou leurs questions. Où mieux que sur un forum ouvert par l'auteur, pourrions-nous débattre de son oeuvre ? Et où mieux que sur Praxis pourrait-il répondre aux questions des lecteurs et parler de son roman plus longuement que lors des interviews au temps de parole calibré ?

Cette tribune vous est donc ouverte : vos commentaires, vos critiques (courtoises, il va de soi), vos questions sont les bienvenus.


Dernière édition par Dominique Giudicelli le Mar 30 Sep - 1:29, édité 1 fois
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Message le Sam 11 Oct - 13:49 par FXR

Vous avez certainement raison, Karlheinz, nous prêtons trop aux auteurs ; disons qu'il m'intéresse de savoir si des réactions, intuitions, réflexions de lecteur sont en écho ou pas avec d'éventuelles intentions de l'auteur (auteur qui s'explique sur ses intentions depuis le début de cette discussion). Maintenant, je crois comme vous qu'une belle oeuvre d'art suscite toujours plus que ce qu'a voulu dire consciemment l'auteur. Et souvent de façon pertinente. Même s'il y a des limites à nos interprétations.

Message le Sam 11 Oct - 15:20 par Emmanuelle Caminade

FXR a écrit:Vous avez certainement raison, Karlheinz, nous prêtons trop aux auteurs ; disons qu'il m'intéresse de savoir si des réactions, intuitions, réflexions de lecteur sont en écho ou pas avec d'éventuelles intentions de l'auteur (auteur qui s'explique sur ses intentions depuis le début de cette discussion). Maintenant, je crois comme vous qu'une belle oeuvre d'art suscite toujours plus que ce qu'a voulu dire consciemment l'auteur. Et souvent de façon pertinente. Même s'il y a des limites à nos interprétations.

Le problème n'est pas de prêter trop d'intentions à l'auteur - encore que peut-être parfois le lecteur lui révèle-t-il, sinon des intentions du moins des éléments dont il n'était pas conscient. Le lecteur habite seulement, et forcément chacun à sa manière, le livre que l'auteur lui offre, et il se produit alors une curieuse alchimie souterraine !.
J'aime bien cette idée de Gonçalo Tavares ( l'auteur D'apprendre à prier à l'heure de la technique) qui dit écrire des volumes à habiter par ses lecteurs ...
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Message le Dim 12 Oct - 11:37 par Marco B

FXR a écrit:Je voudrais enfin reformuler ce que j'ai dit sous forme de question à l'auteur :
- l'auteur a-t-il pensé "Murtoriu" et "Orphelins de Dieu" comme un livre double, une façon de faire une histoire populaire de la Corse des deux derniers siècles ?
- l'auteur n'a-t-il pas essayé de donner avec "Orphelins de Dieu", une histoire plus "positive" que "Murtoriu", une histoire où la transmission, malgré tout, est possible (un orphelin a une vie à construire, alors que le glas ou l'avis de décès la terminent) ?

Salut et merci à tous, et à FXR en particulier pour cette dernière lecture, je reviens vers vous et j'ai donc à répondre aux deux questions qui me sont posées. Hum... Je prends une grande inspiration et j'essaie de répondre d'abord à la première, tout en émergeant d'une longue nuit bienfaitrice, et en sirotant un café réparateur, mais je suppose que de tout ça, amis lecteurs, vous vous en foutez royalement, et vous avez raison ! Parce que moi-même je m'en fous, mais il me faut gagner un peu de temps avant d'avoir l'esprit clair et de savoir ce que je vais bien pouvoir répondre...

Donc, oui. Il y a comme ça un désir de couvrir les époques, non pas pour construire une "histoire populaire", mais pour chercher quelque chose qui ressemble un peu à ça, et présenter des textes qui soient comme des chroniques des siècles vécus. Mais à vrai dire ça commence avec les nouvelles, et surtout je parlerais de triptyque plus que de diptyque. Je dis parfois que j'ai vécu trois siècles (mon dieu comme cette formule est prétentieuse et égotique, mais quand on livre des choses sur la place publique, comme des livres, il arrive aussi que l'on s'entende ergoter de façon péremptoire... je ne sais pas ce "qu'ergoter de façon péremptoire" peut bien vouloir dire, mais je trouvais que ça ferait joli à cet endroit-là...). Bref, j'ai comme ça le sentiment qu'une vie à cheval entre les années 70 et le XXIème siècle nous a permis (oui, le Nous global, collectif, ce putain de Nous insupportable à l'heure d'une émergence très singulière un dimanche matin, café à la main je le rappelle), cette trop courte vie, donc, elle nous a permis de connaître trois siècles. Le XIXème finissant et s'abîmant dans notre enfance, avec ses accents d'oralité et sa langue d'outre-tombe que l'on n'entendra plus ; un XXème siècle passé à la passoire des temps coloniaux, du fonctionnariat bienfaiteur, et d'une élévation sociale que l'on aurait crue définitive, malgré les soubresauts de l'identité et l'éveil trop tardif d'une conscience qui se serait voulue nationale, si justement cela ne s'était pas produit trop tard... ; et un siècle nouveau naissant à l'aune de l'ultra-libéralisme triomphant, à la fin de l'Histoire annoncée par la chute du mur de Berlin, et à la toute-puissance d'un tout tourisme dévastant en flèche les dernières illusions de ce qui l'avait précédé. Bref, ça n'est pas tout à fait vrai, ni tout aussi radical, mais 51 Pegasi est pour moi le premier volet de ces chroniques des siècles. Rappelons-nous que l'histoire commence dans un futur qui n'est pas tout à fait un futur, mais aussi notre présent annoncé, celui du règne du putanisme pour faire bref, et de la mort des idéologies. Murtoriu confronte sans doute (je fais court) les derniers fantômes d'un monde classique et paysan aux réalités d'un modernisme résolument cynique et marchand. Et ODD, et je suis un peu triste que les critiques et les lectures passent à ce point à côté de cette évidence principale, mais peut-il en être autrement ? ODD donc redonne voix aux fantômes et à la culture populaire enfouie, détruite, oubliée, lui permettant d'émerger - tel moi ce matin désormais en manque de café - à la manière d'une saga islandaise, d'un conte populaire où l'essence même d'une vérité perdue nous serait enfin révélée.

(Ouf, cette putain de dernière phrase est géniale, mais je doute qu'elle soit claire pour tout le monde, sans doute faudra-t-il que j'y revienne aux vieux jours...). Bon, un autre café et je verrai plus tard pour la question 2.


Dernière édition par Marco B le Dim 12 Oct - 12:15, édité 1 fois
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Message le Dim 12 Oct - 12:04 par Marco B

C'est quoi la question ? Un désir d'amener quelque chose de plus "positif" dans ODD ? Non, pas du tout, je ne vois pas ce qu'il y a de positif ou négatif dans un bouquin, et les bons ou mauvais sentiments ne m'habitent pas en tant que sources d'inspiration. Je n'arrive pas à comprendre qu'on puisse écrire comme ça, en se disant, tiens, là je laisse un espoir, là le bien triomphe du mal, etc. Ces préoccupations sont à des années lumières de ce qui m'habite au moment de l'écriture. D'ailleurs en quoi ODD est-il "plus" positif que Murtoriu ? Et en quoi Murtoriu est-il moins "lumineux" qu'ODD ? Franchement je ne vois pas et en fait ça ne m'intéresse même pas. ça me fait penser à la critique négative exprimée en public par Marie-Jean Vinciguerra, lors de Racines de Ciel : "Quelle déception... une oeuvre noire... quelle image désastreuse de la Corse..." Je vais faire semblant de croire que c'est une vraie critique littéraire, qu'il n'y a rien de politique ou de personnel derrière ce jugement, et juste opposer la définition de Vinciguerra à celle de Catinchi récemment dans le Monde, qui parle dans son sous-titre de livre "lumineux". Qui a raison ? Je n'en sais rien, mais il est sûr qu'un lecteur (certes pas très bienveillant, mais un lecteur tout de même) juge le livre sombre, et un autre parle de luminosité. Moi personnellement je n'y comprends rien, et je suis aussi triste quand des lecteurs me disent que j'ai perdu ma puissance humoristique dans ODD, parce que j'ai rigolé tout autant en écrivant ce livre que le précédant, et je ne voyais pas des choses sombres mais au contraire j'étais porté par une putain de force jubilatoire, et distanciée, par rapport à ce que je racontais. Donc c'est difficile de voir la noirceur et la lumière, et c'est pareil pour Murtoriu, qu'est-ce que j'ai pu rigoler en l'écrivant. Alors je ne sais pas ce qu'il y a de particulièrement sombre dans Murtoriu, qui aurait dû m'amener à "rectifier" avec quelque chose de plus lumineux dans le livre suivant. Et pour clôturer sur le thème des lectures paradoxales, je renvoie encore à Marie-Jean Vinciguerra, qui dans le Corsica de je sais plus quand, m'adressait une lettre ouverte où il me déclarait sa flamme à propos de Murtoriu (je vais faire comme si cette flamme était sincère, et qu'elle n'était pas politique, ni une tentative personnelle de... mais on s'en fout), bref, à la différence de beaucoup de monde, lui il ne voyait que de la lumière dans ce livre, et m'adoubait enfin pour ma rédemption et mon retour aux bons sentiments, d'où sa déception face à Orphelins et la noirceur diabolique qui s'en dégageait... Bon, il se peut que Marie-Jean ne sache pas trop bien lire, admettons, ou qu'il ne soit pas tout à fait sincère dans ces jugements, c'est possible, mais reste quand même que les lectures sont très différentes selon l'un et l'autre,  et qu'à partir de là il me serait difficile de justifier de désirs d'aller vers du positif-négatif là où chacun dit la sienne. J'ai tendance à penser, et après coup, que la lumière et la noirceur font partie du tableau que je peins, et ce quel que soit le livre.
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Message le Dim 12 Oct - 12:17 par Marco B

Voilà, mais au fait, ne vins-je pas justement d'ergoter de façon particulièrement péremptoire ? C'est possible, mais si cela est, ça n'est dû qu'à l'absence de caféine.
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Message le Dim 12 Oct - 15:31 par Francesca

Il y a bien un fil de Pegasi à Murtoriu puis  Orphelins de Dieu, mais comme un fil qu'on rembobine, ainsi que le suggère MB: d'un futur virtuel, plutôt raté (une Corse autonome peu engageante, médiocre), à un présent souillé qui connaît les derniers soubresauts d'un monde disparu,  puis retour sur ce monde disparu, au début de la fin...)

Ce début de la fin qui dans Vae Victis est daté de Ponte Novu (prochain roman? Smile) et qui n'en finit pas puisque la chute de la tribune de Furiani fait partie de cette chute dans un abîme sans fin...chute que nous continuons à vivre.  

La lumière? Je la vois dans l'éclairage, parfois cru (Pegasi, passages de Murtoriu), parfois subtil (passages de Murtoriu, Orphelins de Dieu) des maux et fléaux de la Corse. Mais aussi dans la beauté et la grâce de moments privilégiés (Lisa Benedetti dans Pegasi, les scènes de chasse, de pêche, d'amitié, la profondeur et la pudeur de certain sentiments (Lena, la mort du père, la mort du soldat Paganelli, l'amour perdu, la mort de Mansuetu,... )

Est-ce qu'Orphelins de Dieu est plus "positif" que les deux autres? En quoi? Je n'en sais rien, mais je suis d'accord sur ce qui apparaît comme un ton "apaisé", surtout par rapport à "Pegasi", car Stremu meridianu et Murtoriu l'annoncent par bien des passages.  

Ce qui touche le plus, c'est l'introspection de l'Infernu et les doutes de Vénérande malgré sa détermination, leurs contradictions, leur relation faite d'une complicité croissante tout autant qu'improbable. Est-ce que c'est "positif"? Ni positif ni négatif, pour moi, mais BEAU. Là encore c'est de la lumière, parce que l'on éclaire la complexité psychologique des personnages sans juger, sans magnifier ou "héroiser", ni stigmatiser.

Dans ce sens, je ne comprends pas qu'on semble parler ici et là d'écriture d'un mythe ou d'une légende : MB se place à la hauteur du mythe, certes, dans la force du récit, mais pour mieux dénoncer les mythes, en rappelant la réalité  glauque de la vie de l'Infernu et les aspects maudits de l'entreprise de Vénérande, dont elle est plus ou moins consciente. Loin d'une Colomba qui n'a aucun doute, elle, qui est moins mûe par un sentiment d'injustice que par la conformité à une soi-disant "loi", et dont nous avons fait un archétype (pardon de revenir à Mérimée).

Message le Dim 12 Oct - 16:27 par FXR

Merci à MB pour ses réponses détaillées aux questions. Je suis sensible à cela : des réponses qui permettent au lecteur de revenir sur ses lectures (qui peuvent absolument surinterpréter, mal comprendre, etc...). Donc, pour moi, la "vérité" d'un texte n'est que dans l'ensemble de ses lectures (erreurs de lecture comprises). Ainsi je veux bien, en reprenant la lecture des romans de MB me rendre compte que les éléments "positifs et négatifs" soient effectivement répartis dans tous ces livres. Les grands textes sont toujours plus complexes qu'on ne pense.

Je trouve passionnante cette idée de triptyque : "51 Pegasi, astru virtuale", "Murtoriu", "Orphelins de Dieu". Et ces trois siècles. Je me demande si justement cela ne permettrait pas d'expliquer le rendez-vous manqué entre une génération plus ancienne et celle de MB. Je le vois comme ça, et je l'ai dit à Marie-Jean Vinciguerra, lors de l'échange entre MB et MJV à "Racines de ciel", le 30 août dernier au lycée Fesch à Ajaccio : je trouvais que la question de Marie-Jean était aussi pertinente que la réponse de MB. Et j'avais été très heureux que cet échange ait eu lieu publiquement, et courtoisement (même si on pouvait sentir de l'électricité dans l'air). Un "rendez-vous manqué", parce qu'une ancienne génération ne voulait (ou pouvait) pas admettre que le troisième siècle en question puisse susciter autant de déception et de désillusion.
Personnellement, je considère qu'aucun livre ne détient la "vérité" absolue sur quoi quel que sujet que ce soit. Et il me plaît de pouvoir lire et apprécier les livres de MB et ceux de MJV. Et j'aime la littérature corse notamment pour sa capacité à produire des ouvrages qui disent tout autant la désolation et le néant que l'enthousiasme et le rêve.

Ah j'y pense, j'ai repris "Murtoriu" ce matin, et je tombe sur le passage du chapitre 19 où le vieux Cianfarani revient en Corse, fin 1919, et il rencontre un cousin, ancien soldat, maintenant déserteur ; cela fait furieusement penser à "Orphelins de Dieu", comme si cette scène, censée se passer 40 ou 50 ans après l'histoire de Vénérande et l'Infernu était encore là :

"Le géant était sec et maigre comme un piquet, la peau boucanée, les pommettes taillées à la serpe. Il s'appelait Don Trajan Chirgoni et avait déserté en 16. Il était condamné à mort par contumace pour avoir tué les gendarmes Guglielmi et Marnier de la Première Légion territoriale. Les hommes qui l'accompagnaient étaient Antoine-Guillaume, son frère cadet, surnommé U Tronchjulu parce qu'il lui manquait une main depuis sa naissance, et Mansuetu Spadoni, leur cousin germain. Le garçon qui leur servait de guetteur était Joseph, le plus jeune des Chirgoni. Ils prirent aux Cianfarani les besaces remplies de nourriture et aussi le sac de Marc-Antoine. Don Trajan embrassa le soldat, il le serra un long moment contre lui. Puis ils se mirent tous à fumer pendant que Joseph faisait chauffer du café sur un trépied.
La dernière fois que je t'ai vu, Marc-Antoine, dit le géant, nous n'étions que des gamins. C'était quand nous avions châtré les porcs. On s'est régalés, ce jour-là... En 15, j'ai été mobilisé. On l'a tous été. Les cinq frères en âge de partir. Il n'est resté que Joseph, il était tou petit. Paul était au 173ème comme toi. Vous avez dû vous voir. Il est tombé en décembre 14 au bois de Ranzières. Gratien et Martin sont morts tous les deux à Verdun. Antoine-Guillaume est parti à la fin de la guerre, il a eu de la chance, il était infirmier. Moi, je me suis trouvé incorporé au 6ème Chasseurs de Nice. J'ai la médaille militaire. Un jour, je me suis jeté dans une tranchée, une grenade dans une main, le pistolet dans l'autre. J'ai fait trente prisonniers. Pendant une permission en 16, j'ai retrouvé ma femme au désespoir. Alors que je me battais, on lui volait les bêtes. Je suis allé à Frassiccia, chez les voleurs, et j'ai tué Capuralinu, un salopard. Il y avait le Bigleux qui lui tenait compagnie, je lui ai mis une balle dans la main mais il a réussi à fuir. Les femmes du village m'ont lancé des pierres, elles me lapidaient, elles voulaient me tuer. Le fusil était déchargé, je les ai frappées toutes autant qu'elles étaient. Une, je lui ai crevé les seins avec le canon du fusil. Et depuis, je suis dans le malheur. Les gendarmes m'ont traqué, ils m'ont lâché les chiens, comme à une bête féroce. Une fois je suis tombé dans un guet-apens qu'ils m'avaient tendu. Le jeune Charles Tofani, qui était avec moi, est mort tout de suite. Ils lui ont fait sauter la tête. Je me souviens de comment il est mort, il est tombé en travers d'une clôture. Un des gendarmes me venait dessus, je l'ai descendu comme un chien, avec un pistolet. L'autre a essayé de s'enfuir, je lui ai tiré dessus cinq fois avant de le toucher. Il a tout pris dans les reins. Il était par terre, il agonisait dans son sang. Quand je me suis approché pour l'achever, il pleurait comme un gosse. Il me parlait corse et il me demandait d'épargner sa famille. Je l'ai pris dans mes bras, je lui ai donné à boire. On a parlé une demi-heure avant qu'il meure. Je lui disais, tu vois, tu as voulu me tuer et maintenant, c'est toi qui meurs, tu ne pouvais pas passer ton chemin sans chercher d'histoires ?... Je suis un déserteur, Marc-Antoine, et ce fusil que tu vois as tué des hommes. Je sais comment je vais finir. Ils vont me guillotiner sur la place Porta, comme le bandit Rocchini. Je préfère les attendre ici. Je suis un déserteur mais je suis un soldat. Je vais défendre ma peau. Si ceux de Frassiccia ne m'avaient pas volé mes vaches, j'aurais fait mon devoir jusqu'à la fin. Mon ami, ne deviens jamais un assassin, j'entends des voix quand je dors, ce n'est plus une vie, non, plus une vie. Heureusement que les gens me soutiennent, tes frères m'ont caché. On s'est toujours soutenu, nous, les Chirgoni et les Cianfarani. Souviens-toi toujours que nous sommes du même sang. Votre grand-mère vient d'ici, des Stabbia, tu sais ! Même nos origines sont les mêmes, nous sommes de la même souche de Zicavo qui a dû s'enfuir autrefois..."

Voilà fin de l'extrait.

Message le Dim 12 Oct - 20:43 par Joseph Antonetti

Je ne comprendrais jamais comment on peut juger un livre par rapport à l'image qu'il va donner de la Corse. Je me demande si aux Etats-Unis , il y a des types qui jugent les livres de MacCarthy ou de Pollock en disant qu'ils vont donner une image désastreuse de l'Amérique. C'est une façon de penser bien de chez nous, bien conne aussi.

Quand on lit un livre, on juge la qualité littéraire, on ne pense pas à la façon dont il sera perçu, par des trous du cul à Paris ou dans la Creuse, à moins que Mr Vinciguerra pense que Marco n'est pas un écrivain , mais un salarié de l'office de Tourisme.

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Message le Dim 12 Oct - 20:57 par Karlheinz L.K.

Joseph Antonetti a écrit:Je ne comprendrais jamais comment on peut juger un livre par rapport à l'image qu'il va donner de la Corse. Je me demande si aux Etats-Unis , il y a des types qui jugent les livres de MacCarthy ou de Pollock en disant qu'ils vont donner une image désastreuse de l'Amérique. C'est une façon de penser bien de chez nous, bien conne aussi.

Quand on lit un livre, on juge la qualité littéraire, on ne pense pas à la façon dont il sera perçu, par des trous du cul à Paris ou dans la Creuse, à moins que Mr Vinciguerra pense que Marco n'est pas un écrivain , mais un salarié de l'office de Tourisme.


Pas mieux... Si ce n'est peut-être, que les trous du cul ne sont pas seulement de Paris ou de la Creuse, mais aussi d'Ajaccio ou de Casinca !

ROMANS, on parle de ROMANS !!! Comme on aime se regarder le trou d'balle.... c'est sans fin. Peut-être que le prochain roman de Biancarelli se passera au Zimbabwe, avec des protagonistes moldaves et des martiens, et y'aura encore des commentateurs pour trouver des correspondances avec la Corse, pour y voir une métaphore, un message politique, une critique sociétale... !

Pour un salarier de l'Office du Tourisme, il écrit pas mal le Biancarelli Wink Il touchera combien pour pondre ses pamphlets corsicos ?
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Message le Dim 12 Oct - 21:13 par Francesca

au contraire c'est très répandu ce type de jugement mais ... tout particulièrement dans des pays totalitaires Smile (la Chine, le Vietnam, l'ancienne URSS : donner une "mauvaise image du pays" s'apparentant souvent à de la dissidence ou vice versa et pour l'auteur les conséquences sont plutôt dangereuses )
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Message le Dim 12 Oct - 21:19 par Hubert Canonici

Des moldaves sodomisant des martiens avec de la coppa fumée ça c'est pas mal, même au Zimbabwe, après tout on parle sans arrêt de mondialisation, pourquoi pas faire participer les extraterrestres?
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Message le Dim 12 Oct - 21:44 par Sylvie Viallefond

Là Hubert je vous trouve parfait. PARFAIT.





Et je vous présente sincérement mes excuses pour la choucroute, parce que pour le coup je pense que vous ne la meritiez pas.
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Message le Dim 12 Oct - 22:09 par Hubert Canonici

Mais non Sylvie, il n'y a pas de mal, parfois je pars dans tous les sens, et puis je reviens, et puis je repars, l'essentiel pour moi ici est d'écrire, participer aux jeux litteraires, travailler sur des textes, et lire les autres... Le reste n'est que littérature.Wink

Message le Dim 12 Oct - 22:14 par FXR

Il me semble que la qualité littéraire d'un roman a aussi à voir avec une certaine quête de vérité (humaine universelle, si on veut). Je ne vois pas où est le problème ans une critique qui dirait que tle roman de MB donne une image très ou trop sombre de la Corse (par rapport à la réalité, et non pas rapport à un commandement moral qui interdirait de dire du mal de la Corse). On le fait bien avec Mérimée et autres (et justement MB dialogue avec Mérimée à la fin de "Murtoriu").
Moi je suis triste d'assister à ce rendez-vous manqué. C'est comme si toutes les expériences d'écriture ne pouvaient dialoguer entre elles... Alors qu'à l'avenir je suis sûr qu'on trouvera de nombreux liens entre des oeuvres comme celles de S.Dalzeto, A.Rinaldi, MJ.Vinciguerra, G.Thiers, M.Biancarelli, et J.Ferrari.
Je peux comprendre que la radicalité des romans de MB, qui fouillent la réalité humaine, puisse heurter et conduire certains lecteurs à penser qu'ils donnent une version partielle du monde réel. C'est certainement faire preuve d'une certaine cécité devant le projet littéraire de MB, j'en conviens. Mais je ne pense pas que MJ.Vinciguerra considère la littérature comme un travail d'office de tourisme.
Enfin, on s'éloigne du sujet de ce fil. Et mes expériences passées m'avertissent de revenir au roman, ce que je ferai dorénavant.

Vous ne trouvez pas que le passage que j'ai cité de Murtoriu contient une variation annonciatrice de "Orphelins de Dieu" ?
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Message le Lun 13 Oct - 1:31 par Dominique Giudicelli

Je crois que dès l'instant qu'on charge la littérature de réparer autre chose que de l'intime, et qui se trouve réparé sans même que l'auteur l'ait voulu, dès l'instant qu'on veut faire d'un auteur un porte-parole, le hérault d'une vérité, je crois qu'on l'entraine sur le terrain de la polémique, un terrain qui ne sert pas la littérature, ni souvent l'auteur ou l'oeuvre en question. Que celle-ci recèle quelque chose qui fasse vérité chez un ou des lecteurs, c'est appréciable, que l'auteur ait même glissé ici ou là quelque chose qui relève d'une vérité à ses yeux, c'est possible. Pour autant, cela ne fait pas d'une oeuvre (sauf si elle  se déclare  comme telle) un texte révélé. Le matériau du romancier n'est pas la Vérité, mais la complexité, celle du monde comme la sienne. Si l'on distingue une vérité dans une oeuvre, il faut  se dire que c'est la nôtre, celle que l'on a su ou voulu y lire, et pas nécessairement celle que l'auteur a voulu y glisser. C'est pourquoi, je trouve toujours pénible d'entrainer les auteurs sur des terrains strictement politiques ou sociologiques, où ils ne peuvent que perdre ce qui fait leur qualité principale : la nuance, l'ambivalence, pour s'aventurer périlleusement à des affirmations qui disqualifient leur oeuvre et leur parole. C'est un travers trop souvent observé dans le champ de la critique (sans doute depuis les existentialistes ), que de chercher dans un texte non pas sa dimension littéraire ou philosophique, mais seulement socio-historique ou il se trouve réduit au rang d'illustration, et ramené à une simplification qui est celle de l'opinion dont il est prétendument le portefaix.

Message le Lun 13 Oct - 7:43 par FXR

Dominique, je voulais simplement dire que je comprenais que les oeuvres littéraires de MB, ou d'autres, pouvaient heurter des lecteurs qui ont une autre vision de la complexité (humaine universelle ou de la Corse du 19ème siècle en particulier) et qui ne réduisent pas pour autant les livres à une illustration socio-historique. C'est tout. Je n'ai pas parlé de Vérité avec un grand V.
Quand j'ai lu pour la première fois les nouvelles de Jérôme Ferrari et Marcu Biancarelli, en 2000 et 2001, j'ai ressenti une immense satisfaction, j'étais éberlué, ravi, enthousiasmé et j'éprouve encore une immense sympathie pour ces textes : j'avais aussi le sentiment qu'ils allaient loin, étaient provocateurs, signes à la fois d'une jubilation intime et d'une colère collective, et que, donc, il fallait équilibrer ces textes avec d'autres, d'autres façons de faire. Oui, j'ai dû faire de leurs oeuvres les porte-paroles de quelque chose, puisque la parole était confisquée, difficile, dans les années 90. Mais c'était sans vouloir les réduire à une parole unique et figée ; les relisant je vois des choses que j'avais dû occulter alors (comme je dois en occulter certaines aujourd'hui).
Et puis je ne suis pas sûr que les textes littéraires aient seuls le devoir de présenter les choses dans leur complexité et avec nuances. Ce que j'aime avec les fictions de MB c'est qu'elles me permettent de mettre en mouvement les imaginaires et points de vue qui traversent nos esprits.

Enfin, j'y reviens : je trouve passionnante l'idée d'un triptyque sur cette violence destructrice des êtres et des mondes à travers romans "impossibles" comme "51 Pegasi, astru virtuale", "Murtoriu" et "Orphelins de Dieu". Partant du futur pour aller vers le passé, mélangeant les temps, les langages. Quel souvenir de lecture que celle de "51 Pegasi" !

Message le Lun 13 Oct - 8:46 par Emmanuelle Caminade

Joseph Antonetti a écrit:Je ne comprendrais jamais comment on peut juger un livre par rapport à l'image qu'il va donner de la Corse. Je me demande si aux Etats-Unis , il y a des types qui jugent les livres de MacCarthy ou de Pollock en disant qu'ils vont donner une image désastreuse de l'Amérique. C'est une façon de penser bien de chez nous, bien conne aussi.

Quand on lit un livre, on juge la qualité littéraire, on ne pense pas à la façon dont il sera perçu, par des trous du cul à Paris ou dans la Creuse, à moins que Mr Vinciguerra pense que Marco n'est pas un écrivain , mais un salarié de l'office de Tourisme.

La semaine dernière aux cafés littéraires de Montélimar, une femme turco-française est intervenue à la fin de la rencontre avec l'écrivain turc (et parfaitement francophone) Hakan Günday, lui reprochant de donner dans son roman Zyan (d'une grande puissance littéraire) une mauvaise image de la Turquie ! De ne pas montrer ce qui est beau dans ce pays !
Ce à quoi H. G. a répondu qu'en tant qu'écrivain il cherchait à comprendre justement ce qui ne marchait pas en Turquie et ailleurs, à questionner le monde. Que l'écriture était la meilleure manière de penser...
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Message le Lun 13 Oct - 15:47 par Marco B

Je n'ai pas lu cet auteur turc, mais pour sa réponse il a toute ma sympathie. bounce

Message le Jeu 16 Oct - 14:08 par o.ancey

Moi j'ai un truc vraiment original à dire sur Orphelins de Dieu: Je ne l'ai pas encore lu.

affraid affraid
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Message le Jeu 16 Oct - 19:27 par Marco B

o.ancey a écrit:Moi j'ai un truc vraiment original à dire sur Orphelins de Dieu: Je ne l'ai pas encore lu.

affraid affraid

Mais ça ne devrait pas t'empêcher d'en parler ! pirat
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Message le Jeu 16 Oct - 20:55 par Karlheinz L.K.

Moi non plus je l'ai pas lu, ça ne m'a pas empêché d'en dire du mal ! affraid

D'ailleurs, Mensuetu, il meurt à la fin ou pas ? Quoi ?! C'est pas celui-là ? Merde ! C'est celui ou Cunégonde paye Paradisu pour tuer son chat ?? Bon, on s'en tape, j'en entendu dire que c'était même pas Biancarello qui avait écrit ce livre, mais son coiffeur...

Message le Sam 25 Oct - 22:14 par roland bussone

Bonjour à tous. Mon premier message sur ce site, non sans une certaine émotion, car il n'est pas tous les jours donné de pouvoir échanger avec des auteurs et des critiques qui font l'objet de notre estime (amen). Et comme si je le faisais exprès, je vais probablement commencer par mettre les pieds dans le plat, c'est-à-dire à côté de la plaque ... enfin, dire un stupidité probablement.

Lisant

Bon, cette question de la violence, la vérité c'est que je ne sais pas y répondre, pour la simple raison que je tourne autour depuis mon premier bouquin, et sans doute même bien avant.


sous la plume de Marco Biancarelli, je me suis dit que - mais l'étendue de ma connaissance des auteurs Corses est pitoyablement limitée (vous ne le voyez pas, mais j'en rougis devant mon écran ; si! si!) - je me suis dit - disais-je - mais vais-je oser-je l'écrire? - que chez ces auteurs que je connais pour les avoir lus le thème de la violence est fortement présent (je fais référence à Marco Biancarelli, à Jérôme Ferrari et à Jean-Baptiste Predali, en fait). (Voilà, je l'ai dit.)

C'est un corpus vraiment limité (quantitativement du moins), je le sais et vous en avais prévenu(e)s.

Sans doute une bêtise, mais ce sera l'occasion peut-être de glaner une liste bibliographique d'auteurs et de titres que je ne connais pas encore.

Astucieux, finalement. La fin justifie les moyens. (Et nous voilà revenus à la violence!)
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Message le Sam 25 Oct - 22:37 par Dominique Giudicelli

Bonsoir Roland, et bienvenu sur Praxis Negra où chacun a sa place, sans autre restriction que la courtoisie et le respect des avis d'autrui (pas forcement le partage). N'avancez donc pas sur la pointe des pieds mais à votre pas naturel.
Marco fera sans doute une réponse à votre remarque, mais je voulais d'ors et déjà dire qu'en effet, la violence est présente dans les oeuvres des 3 auteurs que vous citez. Maintenant, pourquoi, et pour en dire quoi précisément... ? C'est peut-être à cela qu'il est plus difficile de répondre. Surtout avec en arrière-pensée l'opinion commune sur les Corses comme êtres "génétiquement" violents qu'on a entendue plus que de raison, et encore tout récemment. Si la violence est présente dans les histoires que nous racontent ces auteurs, c'est peut-être pour nous donner à penser que la violence n'est pas un gène ni même un atavisme, mais la réaction à une conjonction de circonstances, une accumulation d'expériences douloureuses (injustice, déni de droits, exploitation, mépris...) qui ne peuvent conduire à autre chose, et qui n'ont jamais conduit à autre chose, sous quelques cieux que ce soit. Ce qui rend cette compréhension difficile à ceux qui ne sont pas corses, qui n'ont pas grandi dans le récit de ces épreuves passées, c'est qu'ils ignorent la plupart du temps tout de l'histoire de l'ile et de ses habitants, et ils n'y voient qu'une région comme une autre, un peu plus turbulente, un peu plus protestataire mais c'est tout. Là encore, si les 3 auteurs qui illustrent aujourd'hui les lettres corses écrivent des histoires ancrées dans l'Histoire, c'est pour en donner connaissance à leurs lecteurs dont on espère tous qu'ils ne sont pas que corses, et que ces romans éclaireront le présent de la Corse à la lumière de ce passé. La Corse n'est pas une région française, ne serait-ce que parce qu'elle n'en partage pas le territoire géographique et presque rien de l'histoire. La Corse est plus à comparer à une colonie qui n'aurait pas été décolonisée, et à cette aune, je crois qu'on peut mieux comprendre les ressentiments et la révolte qui l'agitent. Je trouverai d'ailleurs intéressant d'essayer de comparer la litterature corse à celle des Antilles ou de la Réunion, voire des anciennes colonies africaines avant ou juste après la décolonisation. Je ne serais pas surprise d'y trouver le même genre de violence.

Message le Dim 26 Oct - 19:33 par roland bussone

Bonsoir, Dominique. Merci de votre accueil bienveillant.

Je sais qu'il s'agit d'un forum littéraire mais sans vouloir outrepasser la marge dans laquelle l'on peut déborder un peu, je ferai une rapide comparaison entre la situation la Corse et celle du Midi de la France, dans la mesure où j'y suis né et y ai toujours vécu et surtout j'ai connu la génération de mes grands-parents qui vivaient dans une village au-dessus de la mer et ont été "envahis" par ce qu'ils nommaient des estrangers ou des parisiens. Dans leur jeunesse et peut-être jusqu'à la 2e guerre mondiale, ils se déplaçaient de village en village à pied ou en charrette, allaient cueillir les châtaignes, chassaient, manquaient d'eau l'été, faisaient leurs courses au village, parlaient patois entre eux, faisaient la veillée le soir en laissant à demeure une chaise sur le trottoir ou près de la cheminée en hiver, bref, vivaient sans doute de façon plus proche de celle des Corses que des citadins français.
Il y avait aussi, bien que rares à ma connaissance, quelques "bandits d'honneur", tel Maurin des Maures.
Mais peu à peu ils ont été inéluctablement réduits à l'état d'Indiens dans leur réserve. Les rues se sont encombrées de bars et restaurants aux tables et chaises en plastique gênant le passage, les commerces de bouche sont maintenant des boutiques "d'art" ou de fringues et eux, les Sioux, doivent descendre dans la plaine pour se nourrir, enfin, le peu qu'il en reste, parce que les maisons sont devenues les résidences secondaires des "parisiens".
Je pense que vous pouvez très bien voir le tableau, qui ne vous est pas étranger.
Alors, pourquoi est-ce que je raconte cela? Parce que je me demande pourquoi cela a pu avoir lieu sans violence ; mais de fait cela s'est fait comme partout et toujours avec la violence de l'argent et du pouvoir. Qui a permis par exemple à certains d'acquérir des maisons que des autochtones ne pouvaient pas payer ni restaurer. La violence républicaine a joué son couplet aussi, en réprimant avec tolérance zéro l'emploi de la langue (patois, occitan, niçois, gavot, ....) et en étouffant tous les aspects des cultures régionales elle n'a gardé que quelques brimborions folkloriques pour des "fêtes" où l'essentiel est là comme ailleurs de vendre des produits dégénérés pour les touristes (Heureusement, il reste encore des artistes de très grand talent produisant des oeuvres magnifiques, que l'on ne voit jamais bien entendu promus dans les media nationaux ni privés).

Oui, ce qui fait la différence avec la Corse, vous l'avez très bien expliqué, c'est l'insularité avant toute chose, et probablement plus de cohésion dans un sentiment d'appartenance à une civilisation commune. Moins d'afflux du continent, moins de développement économique aussi, et peut-être en résulte-t-il moins de regards vers l'avenir que sur un passé ici aussi menacé, et des dérives dues au manque de perspectives et au sentiment de n'être point reconnu dans sa singularité.

Et pourtant une grande diaspora qui ouvre les yeux sur le Monde. Quelles sont leurs thématiques, à ces Corses externalisés? C'est une question comme une autre qui me traverse l'esprit.

Excusez-moi si j'ai aligné des lieux communs sur la Corse et les Corses, mais j'avais besoin de me situer en tant qu'homme du Midi de façon à exprimer que je peux comprendre certaines choses, et notamment importance du thème de la violence pour les auteurs Corses.
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Message le Dim 26 Oct - 20:27 par Dominique Giudicelli

L'Histoire à laquelle vous vous référez est récente (l'après-guerre et l'exode rurale) et en effet commune à presque toutes les régions françaises. En commun aussi, le jacobinisme et les hussards de la République qui ont éradiqué toutes les langues régionales. Maintenant, si vous lisez quelques autres épisodes de l'histoire de la Corse vous constaterez quelques particularités dont d'ailleurs sont nourris les romans de Biancarelli, Ferrari et Predali (mais je n'ai lu que "Nos Anges...). Des particularités de traitement, des règles d'exception (la conscription des pères de famille de 5 enfants de de plus de 45 ans pendant la 1ere guerre par exemple) qui me font penser à l'exploitation des ressources humaines coloniales (les bataillons de tirailleurs sénégalais, envoyés les premiers et en premières lignes, aux côtés des Corses par exemple). "L'acquisition" de la Corse par la France, également, qui s'est faite à coup de massacres et d'extermination non pas seulement de soldats hostiles au nouveau "propriétaire", mais de villages entiers, femmes, enfants et vieillards compris... Et puis cette violence permanente de l'invasion, de la conquête, de la réduction par les armes... Voilà des expériences que n'ont pas faites les régions continentales et de quoi créer durablement un sentiment de colère violente.


Dernière édition par Dominique Giudicelli le Lun 27 Oct - 12:03, édité 1 fois

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