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Goldoni Sauce Bastiaise : "La Bonne Mère" au Paradis des Gais Lurons _ Théâtre Expressions

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Cécile Trojani
Admin

Messages : 7
Date d'inscription : 31/01/2013
16062014

Goldoni Sauce Bastiaise : "La Bonne Mère" au Paradis des Gais Lurons _ Théâtre Expressions

Message par Cécile Trojani




Alors, on savait Goldoni le Molière de la Botte, on savait José spécialiste de nos précieux ridicules, mais le mariage de l’auteur italien et du metteur en scène bastiais fait des miracles et des bébés. L’intention est claire : créer l’équivoque en revenant à la source – à la source du comique, entre autres, qui nait du décalage et du travestissement pour FAIRE VRAI.  Ici travestissement n’est plus une métaphore : José Massei choisit de l’acter. Si l’on excepte l’enfant chéri (de la Bonne Mère), le vieux barbon et la petite frappe, les personnages féminins de la pièce de Goldoni sont joués par des hommes (servante, mère maquerelle et sa fille de petite vertu).

Une fois transmuté, le réel touche. Le texte de Goldoni fait mouche dans tous les sens, une langue riche mais expurgée, sophistiquée  mais rabotée de toute fioriture, de façon à aller à l’essentiel : la guerre des sexes et l’affrontement des classes, la misère contre le pouvoir, le pouvoir de l’argent à acheter la chair fraiche. Certes, c’est le ressort de toute comédie, ressort usé, abusé même, mais la lucidité de Goldoni ne se départit pas d’une légèreté virevoltante. Son réalisme cru s’accorde à la satire pour dresser le tableau du matriarcat : la toute-puissance maternelle qui nous parle, drame s’il en est d’une certaine structure familiale, le lien si fort de la mère au garçon … préféré ... La Bonne Mère sera déniaisée, son amour absolu connaîtra les limites de la décence et de son fripon de fiston. Trop tard : fiston est bel et bien castré !  L’amour de Bonne Maman agit comme une arme de destruction massive sur le pauvre sujet non-sujet.  Jusqu’au final, le benêt restera con.

Alors c’est grave et très sérieux, pourtant on rit. On rit beaucoup du parti-pris de José Massei, parce  que ce parti-pris est d’une vérité évidente et saugrenue. Parce qu’il renvoie les sexes dos à dos dans une rodomontade loufoque, une cabriole séduisante, une volte-face qui en dit long sur les stéréotypes, en opérant leur déconstruction. Des trouvailles ingénieuses guident la mise en scène, un entrain contagieux conduit les acteurs du début à la fin de cette farce scabreuse qui nous renvoie à l’esprit de la farce : l’irrévérence du théâtre populaire avec ses fenêtres grand ouvertes sur la rue. Ça crie, ça trépigne, ça joue fort.  Faux parfois. Mais c’est plaisant. Sur scène on s’amuse tout en gesticulant, la servante avec la fausse prude, Bonne Maman et Rocco, le « Cumpa » décati sur la fille soumise : ça se bouscule, les gestes déplacés, le sexe qui s’exhibe sans vulgarité aucune. Ça nous renvoie à un avant qu’on imagine sur des tréteaux bancals, installés sur un coin de place, et la boue tout autour, à Venise ou ailleurs, le public édenté dispersé dans la fange, les femmes jouées par des hommes, forcément. L’esprit de comédie et celui de la farce venus de si loin – Grèce Antique ? – et puis revisités par Serrault et Poiret à la sauce travelo.

Bravo José, et bravo à la troupe ! Vous m’avez fait passer un bon moment. Même les ratés fonctionnent, car l’énergie est là. Ça déraille, ça détonne, l’imperfection elle-même est source de joie, parce que le spectacle vivant - après tout -  est vivant. Et parce que l’intention est juste : dire la VIE, remue-ménage, diversité, désordre. Bordel quoi !

José Massei reste précis et cohérent dans sa lecture, parce qu’il l’assume jusqu’au bout. Jusqu’à l’outrance, c’est-à-dire l’absurde de la légèreté. Dans son désir de signifier, José donne à voir un Goldoni nouveau, à la « sauce Castafiore », aux relents africains et orientaux, aux forts accents du Sud. Le charme opère, le texte devient image et mouvement. On s’amuse comme des gosses à les voir s’amuser. On se lève rajeunis et contents.

Le divertissement nous a rendus plus alertes et plus vifs. Coucouville n’est pas loin. Aristophane nous sourit.


A José et à sa troupe, merci !
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