Praxis Cumitatu

L'ancien blog Praxis Negra étant réactivé, le Comité informe que ce forum est désormais un simple atelier d'écriture. Les membres inscrits peuvent y proposer leurs textes en vue d'une publication sur Praxis Negra (en français) ou Tonu è Timpesta (en langue corse).


Atelier littéraire


Ne ratez plus rien ! Les nouvelles contributions s'affichent dans la colonne de droite de chaque rubrique. Vous pouvez également les lister en cliquant sur le lien " Voir les nouveaux messages depuis votre dernière visite", ci-dessus. Enfin, vous pouvez configurer votre profil pour être alerté lorsqu'un nouveau message est posté sur un sujet qui vous intéresse.

La littérature d'expression corse a-t-elle un avenir ?

Partagez
avatar
Marco B
Admin

Messages : 422
Date d'inscription : 30/01/2013
29042014

La littérature d'expression corse a-t-elle un avenir ?

Message par Marco B

Voilà, je lance le premier débat sur Praxis (vous avez vu les efforts que je fais pour faire vivre le site ? Wink ), et certains y verront un désir de faire le buzz dont je me fous pourtant royalement. De plus, en choisissant ce premier thème comme sujet de discussion, c'est pas de faire le buzz, dont on va m'accuser, mais carrément de racoler. Bien, chacun en pense ce qu'il veut, après tout, à condition de dire les choses en toutes courtoisie. De toute façon, j'annonce la couleur, les propos irrespectueux seront sucrés immédiatement dans ce débat-ci comme dans tous les autres. Les purs délires aussi. Essayons de discuter sérieusement, d'exprimer des points de vue, et voyons ce que ça peut apporter. En toute simplicité et sans se prendre pour ce qu'on n'est pas. Et chacun a bien sûr le droit de dire la sienne.

Mais passons sur les présentations, si je lance aujourd'hui le débat "la littérature d'expression corse a-t-elle un avenir", c'est que je pense très sérieusement qu'après un siècle d'émergence, de "riaquistu", ou d'écriture du "disincantu", selon les différentes phases que l'on voudra bien chacun identifier (je ne m'attarde pas ici sur ces phases, et il y en a d'autres selon moi), la littérature en langue corse est en passe d'amorcer une vraie reculade.

Si l'on ne se concentre que sur les trente dernières années, mes propos pourraient être perçus comme en totale inadéquation avec la diversité des textes produits. J'ai vu récemment sur le net une conférence d'Alain Di Meglio qui démontre que jamais la littérature de langue corse n'avait plus produit que sur les dix dernières années, et c'est vrai*. Mais pour autant, si l'on observe les choses de plus près, on peut se demander si l'on n'en est pas déjà à l'heure du bilan, et si ce bilan n'annonce pas des temps de disette. Je m'explique : la génération des auteurs (très souvent militants) des années 70 est somme toute vieillissante, je le dis sans injure, juste pour en faire le constat,et la génération d'auteurs plus jeunes, après avoir publié de manière conséquente (Jureczek, Ferrali, Comiti, etc.), semble moins active malgré bien sûr des publications à remarquer des uns comme des autres. Ce qui est inquiétant, c'est que nul ne semble émerger à l'heure actuelle chez des auteurs plus jeunes. Il y a aussi une partie des auteurs (et j'en fais incontestablement partie) qui semble, après avoir beaucoup publié en corse, vouloir exercer leur plume en langue française. Mais ça n'est pas ce dernier point qui me pose problème, on l'aura compris, parce que je sais bien qu'un auteur qui a déjà écrit en corse y reviendra d'une manière ou d'une autre.

Ce qui me fait m'interroger, c'est donc surtout l'inactivité d'une "nouvelle génération" d'auteurs, qu'on ne voit pas arriver. Et peut-être aussi, je ne le cache pas, un certain retour en arrière des thématiques littéraires abordées, comme si, après avoir exploité certaines veines considérées comme "modernes", cette littérature entrait dans une nouvelle phase de régression folklorique ou de démonstration purement linguistique. Voire peut-être de silence.

Il se peut que ma vision soit erronée, il se peut même que je me trompe, mais j'ai surtout l'impression que c'est une littérature corse d'expression française, et de qualité, qui émerge à l'heure actuelle (Ferrari, Predali, Périgot, etc.), et l'avenir pour la littérature d'expression corse ne me semble pas aussi radieux qu'on veut bien souvent le dire. Bref, j'essaie ici de poser un argumentaire qui, très incomplet, appelle je l'espère vos approfondissements et vos réflexions.

Donc, qu'en pensez-vous ?

*   http://www.interromania.com/literatura/prosa/la-litterature-en-langue-corse-des-annees-2000-genres-et-contenus-video-2141.html


Dernière édition par Marc Biancarelli le Mer 30 Avr - 11:35, édité 1 fois
Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

avatar

Message le Mar 29 Avr - 22:13 par BM

il n'est pas question de racoler ou de faire le buzz. c'est une question très pertinente et que l'on peut se poser.
des publications comme celle de Tarrori è fantasia ou le dernier livre de JY Acquaviva peuvent nous faire réfléchir sur un tel sujet.

ce qui vient à l'esprit au premier abord c'est la langue. parler d'une littérature d'expression corse c'est faire référence à la base de cette écriture: le corse. si l'on se réfère à sa situation actuelle on peut se dire qu'une telle littérature ne peut avoir de devenir puisque la langue elle même connaît une période de crise, voire pour certains une lente agonie. sans une langue corse parlée, écrite, maniée avec aisance comment concevoir une création littéraire?

si l'opte pour une vision moins dramatique, on peut au contraire envisager que cette littérature va être amenée à se développer, à s'épanouir. si l'on pense qu'il existe et existera dans les générations à venir des locuteurs compétents et des lecteurs pour les lire, elle connaîtra à n'en point douter un véritable essor. l'écriture se démocratise, les complexes s'évanouissent. la création littéraire s'est ouverte à tous comme la photo s'est écartée du champ des professionnels. la société qui est la nôtre, tournée vers la communication, l'expression du moi, la narration de toute chose (et de n'importe quoi parfois) ne peut que favoriser l'émergence de nouvelles trames, de nouveaux tons, d'histoires et de thématiques, d'auteurs qui viendront enrichir la littérature d'expression corse actuelle.

pour ma part je trouve cette idée un peu naïve en faisant abstraction d'une réalité que l'on ne peut fuir. le développement d'une littérature demande la maîtrise de la langue qui lui sert de support. or le corse perd peu à peu ses référents, ses maîtres. il me semble qu'un âge d'or est encore possible, avec des auteurs qui font entrer une certaine modernité dans la littérature corse, qui coupent avec les thèmes "ancestraux" du mazzeru et du champ de pommes de terre, de l'âne et de la vieille au coin du feu. mais après eux, après leur exploitation d'un imaginaire jusque là réservé au français, que pouvons nous attendre?
avatar

Message le Mer 30 Avr - 1:58 par Francesca

Question sérieuse et complexe : comment prévoir l'avenir? Au fond, dans la situation toujours précaire de la langue corse, chaque texte qui paraît en langue corse est un petit miracle, et cependant il en paraît encore.
BM a raison de souligner que la littérature se nourrit d'un terreau, celui de la pratique linguistique vivante, dont peut émerger alors la virtuosité. Mais la génération du "settanta" n'a émergé que de la volonté "militante" de ses auteurs, dans une situation où certes la langue était encore vivante (tout en ayant commencé à ne plus être transmise aux enfants) mais où tout ce qui relevait de la culture corse était relativement méprisé, où nul ne croyait plus en l'avenir de la langue, qu'on ne considérait pas comme telle, rappelons-le.
Premier miracle, donc, car ce fut bien de la littérature, pas de la soupe militante, pour sa plus grande part. Sans "a funtana d'Altea", y aurait-il un roman en langue corse aujourd'hui? Je n'en sais rien, mais peut-être pas. Cette génération est toujours féconde : l'un de ses représentants, Santu Casta, n'a-t-il pas écrit deux romans coup sur coup, juste avant de disparaître?  
Si l'on regarde la question des générations, après la génération du "settanta", n'a-t-il pas fallu attendre les années 2000 pour voir une nouvelle génération d'auteurs, renouvelant le fond et la forme? Dès lors, peut-être devons-nous attendre 2020-2030 pour en voir une autre? J'émets le pari qu'avec la montée en puissance de l'enseignement bilingue (et son amélioration qualitative), nous saurons former les jeunes à connaître leur littérature, et saurons développer une littérature jeunesse en langue corse (quasiment inexistante aujourd'hui) pour en faire des lecteurs très tôt, et que de là s'épanouiront de nouvelles plumes. J'ai eu l'expérience de deux concours lancés par l'association "Corsica polar" : les deux éditions ont été remportées par trois jeunes filles de 13- 14 ans dans la catégorie des moins de 18 ans. : un petit signe d'espoir.
Par ailleurs, notre littérature est "introuvable" : problèmes de diffusion, on publie un certain nombre d'exemplaires, que les gens ont du mal à se procurer, puis tout disparaît. D'autant que le nombre de lecteurs est encore ridicule et qu'on ne formera pas une armée de lecteurs en claquant des doigts.
Mais j'incluerais la poésie dans notre littérature, et je trouve qu'elle continue à faire une carrière remarquable grâce aux chanteurs et aux groupes. Carrière internationale, même. Peut-être a-t-elle trop "capté" la créativité par rapport aux possibilités de la nouvelle et du roman? Parfois elle stagne et "folklorise" ou s'appauvrit dans l'expression, mais on a de belles surprises : il y a Petru Gambini qui révolutionne tout, on a vu Desanti écrire pour un groupe, c'est magnifique, et quand Gattaceca chante du Ghjacumu Thiers, c'est du très haut niveau, exigeant et moderne, pas des refrains pour la maison de retraite... Voir  Barbara Furtuna explorant des associations musicales inattendues sur les scènes internationales... tout un peuple, toute une jeunesse connaissant par coeur tout un pan de sa littérature par la voie de la musique : c'est rare et réjouissant.
avatar

Message le Mer 30 Avr - 11:47 par JYA

Il est vrai, comme le souligne Francesca, qu'il est compliqué de prédire l'avenir. Depuis que j'ai 10 ans, j'entends dire que la langue corse ne survivra pas encore très longtemps et, bon an mal an, elle est toujours là. Mais la langue est une chose et la création dans cette langue en est une autre. Je ne suis pas sûr qu'il y ait, ailleurs en France, une région où existe un tel bouillonnement créatif. Prose, poésie, chansons sont autant de moyens de donner un espace de vie à cette langue qui fait tant débat dans un monde où l'on nous pousse encore et toujours à regarder vers l'extérieur. Pourtant, il y a un problème. Une confusion entre l'intérêt que les gens portent au "statut" de la langue et leur réelle envie de la voir s'épanouir et perdurer. Mais je m'égare... Revenons au sujet initial, la littérature d'expression corse a-t-elle un avenir ? Elle en a un assurément si l'on observe, comme Alain Di Meglio, que jamais la production n'a été aussi quantitative. Néanmoins, cet avenir est-il celui qu'il lui faut et qui lui permettra de peser sur l'existence même du corse ? Car c'est là, selon moi, que le bât blesse. Quand bien même on écrirait mille romans ou recueils de poésie par an, ils ne seraient toujours lus que par quelques centaines de personnes... Que serait l'œuvre de Marco ou celle de Jacques Thiers sans les traductions en français ? Bien sûr, elles seraient tout aussi magnifiques mais leur retentissement bien moindre, qui peut le nier ? Combien serions nous à connaitre et reconnaitre la poésie de Stefanu Cesari sans le prisme de ses propres adaptations ? Si demain le contexte dans lequel évolue la langue ne change pas, nous allons dans le mur d'une création merveilleuse autant que méconnue.

Lorsqu'on est créateur, c'est d'abord pour soi c'est vrai. Pour expulser ce qui encombre nos consciences et nous empêche de penser à autre chose. Cela, nous pourrions aussi bien le faire en ouzbek et le résultat personnel serait le même. Mais, lorsqu'on écrit, sculpte ou compose, c'est aussi pour partager et chercher chez les autres les réponses que nous n'avons pas forcément. Savoir que ce que l'on a mis au monde, dans la brutalité d'une langue ne sera partagé que par si peu de regards est le comble de la frustration. Imaginerait-on un peintre peignant pour une majorité d'aveugles ou un musicien entouré de mal-entendants ? L'avenir de la littérature d'expression corse, comme celui de toute la littérature d'ailleurs, est dans l'écho qu'elle trouvera auprès de ceux qui prétendent que le corse doit vivre coute que coute.

Je ne me sens pas l'âme d'un sacrifié, j'écris en corse parce que cela m'apporte et pas pour que subsiste ce que nous sommes, ce serai tout à fait vain je crois. Je ne prétends pas non plus que tous les corsophones lisent mes livres ou ceux des autres mais je ne peux me résoudre à croire que parmi eux il n'y ait pas plus de lecteurs potentiels.

Comme le dit justement Marco, celui qui a écrit en corse y reviendra, même s'il est légitime d'avoir envie parfois d'utiliser une autre langue pour élargir le cercle du partage que j'évoquais plus haut. D'avoir envie et de le faire ! La sortie récente de T&F, même si là encore, la traduction est une alliée de poids, prouve que l'on peut faire des choses, que nombreux sont ceux susceptibles d'apporter leur pierre à l'édifice. Peut-être que la clé est là ? Dans la multiplication d'ouvrages collectifs qui donnent l'occasion à ceux qui n'ont pas assez de matière pour cheminer seuls, de participer à la construction de cet avenir qui nous occupe ici. Car au-delà de la création pure, se pose le problème de la diffusion, de la promotion, de la vie après cette création. J'ai bien conscience de la chance qui est la mienne d'avoir pu publier trois fois sans que cela ne nécessite que j'investisse un sou sachant ce que rapporterait la publication de mes œuvres... Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il est un peu ridicule de croire qu'un livre existe simplement parce qu'il est publié...
avatar

Message le Mer 30 Avr - 15:25 par liveriu

Il est certain que la création littéraire corse est dans un double état : bon dans la qualité, mauvais dans la diffusion. Mais ces deux points sont-ils suffisants pour douter de son avenir ? Je ne le pense pas. Car avant de penser à l'avenir, il faut profiter du présent. Ecrire en corse est un bonheur pour ceux qui le pratiquent, lire du corse est une tâche plus ardue pour beaucoup de nos contemporains englués dans un présent ou une histoire dans laquelle la langue a été (et est toujours) marginalisée. Les créateurs corsophones ont ouvert un champ extrêmement varié de formes, de tons, de styles et d’œuvres et en cela on peut dire que la littérature en langue corse se porte bien, malgré les difficultés et les doutes que peuvent ressentir les auteurs. Quant à l'expression en langue française elle est là, elle a donné lieu à des œuvres fortes et d'autres moins fortes, mais elle continuera à se développer, ça c'est sûr.
Quant à la littérature en langue corse j'aurais tendance à être patient. Pour écrire il faut beaucoup de conditions et toutes ses conditions sont extrêmement aléatoires, et je crois que le temps du mouvement continu, de la croissance et de l'approfondissement est terminé. C'est d'ailleurs le signe d'une maturité, car désormais le créateur n'a plus à investir un champ militant mais à affronter des questions purement esthétiques ou stylistiques.  Ecrire en corse ne suffit plus, il faut un sujet, une forme, un argument, une vision. La Corse du XXIe siècle continue de se transformer (en bien, en mal, je garderai pour moi mon analyse...) mais l'esprit de l'écrivain, lui,  rôde toujours aux quatre coins de l'espace linguistique qui est le nôtre. Et donc je dirai : il suffit d'attendre, mais cette attente n'a plus besoin d'être inquiète,  ni chargée d'esprit revendicatif ou défensif, elle ne doit plus être qu'une exigence de qualité, d'originalité, de force, de beauté, de rire de colère et de tout ce qui mobilise un auteur et son lecteur.
avatar

Message le Jeu 1 Mai - 11:20 par EV

« La littérature d'expression corse a-t-elle un avenir ? »

Voilà une interrogation qui trouverait certainement réponse dans la boule de cristal d’une diseuse de bonne aventure !

Néanmoins, c’est une question qui m’en inspire beaucoup d’autres.

Au delà du simple fait que la langue corse et, de facto, la création littéraire en langue corse, périclitent dans la pratique - cela, malgré les mesures, quelque peu tardives, mises en œuvre -  tous les auteurs corses ont-ils la volonté d'être lus hors des frontières insulaires ? Et, si oui, pourquoi, dans ce cas, ne pas naturellement traduire les ouvrages du corse au français, pour une plus grande diffusion ? Ce qui semblerait, somme toute, logique.

Sans traductions, ne serions-nous pas condamnés à ne lire que nos productions locales ? N’est-ce pas le lot de tout écrivain dont la langue est « peu répandue », qu’il se trouve à Foxrock ou encore à Gjirokastër, d’accepter la traduction ? Problèmes de fidélité (« Traduttore, traditore ») et de réception des traductions mis à part.

Par ailleurs, si un jour la langue corse s'éteignait, comme c'est déjà le cas de nombreuses autres langues dans le monde, chaque année (cf. notamment, Halte à la mort des langues, de Claude Hagège), considèrera-t-on alors que la seule production en français, constitue LA littérature corse ? Est-ce envisageable ? Inconcevable ? Irrémédiable ?

Les auteurs d'expression corse, accepteraient-ils d'être des Balzac en puissance, si des commandes de livres, payables à la page, étaient passées par les pouvoirs "compétents" en matière de sauvegarde et illustration du corse ? La quantité, servirait-elle seulement la littérature ou encore la langue corse ?

Enfin, ne serait-il pas possible, que des traductions, à l’instar de celle de Murtoriu, de Marcu Biancarelli, chez Actes Sud, éclairent la production corse et en développent la visibilité dans un contexte extra-insulaire ?

Au fond, est-ce seulement la littérature d’expression corse, dont on questionne l’avenir ici ? Ou s’agit-il aussi, d’une certaine manière, de la littérature corse, peu importe son expression ? Si toutefois l’on admet le postulat selon lequel il existe une littérature corse d’expression française.

Je m’interroge !

Message le Jeu 1 Mai - 12:12 par FXR

Je trouve aussi que la situation littéraire d'expression corse est paradoxale : littérature de qualité libérée du militantisme, de vraies oeuvres conséquentes écrites par des personnes qui veulent être (et sont) des écrivains (ouverts à la littérature en général, et aux questions générales de l'expression artistique) et difficultés peut-être insurmontables pour la faire vivre (rendre accessible, connue, lue, reconnue, traduite, discutée, etc.).
J'ai toujours trouvé que c'était absolument extraordinaire et miraculeux, cette volonté d'écrire malgré tout, et considéré les oeuvres comme des "monstres", des êtres que l'on n'attendait pas forcément, ou alors pas sous cette forme, et pourtant fascinants, et synthétisant les imaginaires (qu'ils soient publiquement revendiqués ou honteusement cachés).
Sur la question de l'avenir (et du développement) de la littérature d'expression corse, je trouve qu'un lectorat capable (pour lire en corse) et désireux de lire cette littérature (en corse ou en traduction) est une chose à construire de façon très volontariste et assumée publiquement.
Donc, pour faire bref, je pense 1) qu'il faut un travail institutionnel massif : enseignement de la langue et des textes, avec un discours valorisant ; coofficialité des langues pour éviter notamment de cantonner telle langue à tel usage ou thème et 2) qu'il faut libérer la parole critique sur les productions (dans les limites de la courtoisie), et enfin 3) ne pas présenter la littérature d'expression corse comme une chose à part, mais lier l'expression littéraire à celle d'un imaginaire libre et contradictoire (même avec des thématiques passéistes, qu'il faut pouvoir publiquement désigner comme telles dans telle ou telle oeuvre) et donc concevoir et assumer une littérature corse multilingue (latin, italien, corse, français, et puis...).
Mais il me semble que le mouvement a déjà bien commencé.
avatar

Message le Jeu 1 Mai - 12:29 par Dominique Giudicelli

La littérature d'expression corse dépend d'un seul facteur, à mon avis : l'expression corse, la pratique de la langue. Celle-ci est encouragée, défendue, enseignée depuis 30 ans, avec des résultats plus ou moins satisfaisants, le moindre étant que le corse est devenu une langue qu'on étudie à l'école, comme l'anglais ou l'italien, et qu'on parle dans les mêmes circonstances.
Toutefois si, au final, les mesures prises en sa faveur portent leurs fruits, si, malgré 100 ans de sape systématique et ce qu'il en reste dans les esprits,  la jeune génération (moins de 25 ans) se met à parler corse aussi spontanément que le faisaient leurs grands-parents, alors, oui, on peut espérer une littérature d'expression corse. Le corse, redevenu langue naturelle, produira des textes sans intérêt comme des chefs-d'oeuvres, à l'instar de toutes les langues qui, faut-il le rappeler, ne valent que par leurs locuteurs.
avatar

Message le Jeu 1 Mai - 15:13 par EV

FXR soulève une question essentielle, je crois.

Celle du statut de la langue : « il faut un travail institutionnel massif : enseignement de la langue et des textes, avec un discours valorisant ; coofficialité des langues pour éviter notamment de cantonner telle langue à tel usage ou thème ».

En effet, en théorie, alors que les moyens mis en œuvre n’ont jamais été aussi importants, alors que la langue corse n’a jamais été aussi présente dans les médias et l’enseignement,

Alors que les Corses semblent avoir pris conscience de la légitimité de leur langue, longtemps et toujours dévalorisée par les représentations négatives, au service d’une politique linguistique jacobine nihiliste,

Alors qu’en théorie, nous avons franchi la diglossie, pour entrer dans l’ère du bilinguisme,

Alors que nous ne pouvons que constater ces belles avancées dans le domaine public, sans compter le déclin de la pratique linguistique, que ce soit dans la sphère privée ou « in carrughju »,

Alors que nous devrions tous, semble-t-il, nous réjouir, je songe à « partir En Théorie, parce qu’il paraît qu’En Théorie, tout se passe bien ! ».

Comment la survie, la sauvegarde ou le développement de la langue – et par extension, de la littérature d’expression corse – pourraient être, sans une volonté des corsophones de transmettre la langue ? Sans une volonté des non-corsophones de l’apprendre, pour la transmettre à leur tour ?

Qu'en serait-il, si toutes ces décisions, votées et aussitôt déclarées inconstitutionnelles jusqu’à présent, ne connaissaient jamais de mise en pratique ? Croyez-vous que, même avec ces potentielles mesures, émanant des hautes instances, « compétentes » pour nous dicter nos droits et nos devoirs, nous pourrions encore rendre à la langue corse son lustre d’antan ?

Le « syndrome du bocal » décrit bien, à mon sens le cloisonnement mortifère dans lequel se retrouve aujourd’hui enfermée la langue corse.

J’aimerais rester optimiste, quant au devenir de la langue corse et de sa littérature. Et, bien qu'il ne faille jamais baisser les bras, j’hésite pourtant encore entre deux destinations : Théorie ou Utopie ?

Pour revenir au débat initial -pardonnez-moi, si je l'ai fait dévier ! Shocked - quant à l'avenir de la littérature d'expression corse, elle existera sûrement tant qu'il restera des écrivains, corsophones natifs ou corsophones tardifs, qui auront assez de verve et de passion pour vouloir les faire partager. Ne fusse qu'avec un petit nombre. Et peut-être avec un plus grand, s'il en acceptent la traduction.

Et les éditions bilingues, au fait ? study 
avatar

Message le Jeu 1 Mai - 15:34 par Francesca

je me depeche de mettre ici mon com sur FB car ici, à chaque fois j'étais interrompue par un étrange virus


"je n'ai pas pu mettre ce com sur le Blog, à cause de virus : je me dis: et si la littérature en langue corse avait un avenir tout simplement parce qu'elle existe, qu'elle a un présent, des auteurs qui feront "naître" de jeunes lecteurs à la littérature...

si la pratique était le seul facteur, nous n'aurions déjà plus de littérature en langue corse. Il faut bien qu'il y ait d'autres ressorts, la langue dans laquelle on a envie de s'exprimer, fût-ce au prix d'un gros travail : mais y a-t-il littérature sans travail?"
avatar

Message le Jeu 1 Mai - 15:39 par Francesca

Ce sont donc les oeuvres en langue corse elles-mêmes, qui par leur qualité, susciteront de nouvelles vocations...Là est un de mes paris. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut se contenter d'"attendre", il faut agir et encore agir. Sur tous les fronts de la langue : institutionnel, éducatif, social, scientifique, créatif, etc...

Message le Jeu 1 Mai - 16:03 par FXR

D'accord avec toi, Francesca ; il doit bien exister des langues bien vivaces qui ne produisent pas vraiment de littérature. Je crois comme toi qu'il y aura toujours des gens assez fous pour passer des heures à concocter des textes ambitieux. Cette folie trouve souvent son origine dans un double désir : dire d'une façon singulière ce que l'on ne trouve pas dans les livres existants, et égaler de grands textes, des chefs d'oeuvre qu'on admire à la folie. Il me semble que la Corse dispose de tels fous. Et si nous relisons certains des grands textes de la littérature corse (écrits en quelque langue que ce soit) on peut trouver de quoi susciter l'admiration et le désir de faire aussi bien, de même qu'on remarquera des manques ; et donc il doit bien y avoir des jeunes gens entre 15 et 25 ans qui écrivent dans l'ombre et qui vont bientôt proposer des choses. La situation complexe et difficile ralentit peut-être le mouvement, et nous connaîtrons certainement des générations plus fécondes que d'autres. Mais enfin, (je le dis à nouveau ici, mais c'est la dernière fois, promis), je rêve d'un espace public régulier (comme ce forum par exemple) où l'on puisse faire jouer à plein les désirs et les opinions suscités par cette question d'une littérature corse.
avatar

Message le Ven 2 Mai - 21:05 par Francesca

un autre pari : ceux de 2020-2030 seront de joyeux lurons, optimistes délirants, ou à l'humour déjanté comme le théâtre à l'usu Desanti/Guerrini ou les  clips Kongoni/Facciacce  :)Ils auront mis au feu les thèmes genre "chronique d'une mort dépassée" ou "l'ultimu omu chì ferma" Smile
C'est blessipo, ça?
avatar

Message le Ven 2 Mai - 23:09 par Dominique Giudicelli

Oui, je fais le même pari que toi, Francesca, les plus jeunes qui n'auront pas connu l'île toute de noire vêtue, seront plus déjantés, moins graves que nous le sommes peut-être, mais sans doute très destroy, d'une violence actée, moins auto-destructrice mais tout aussi ravageuse. Mon espoir est que certains la subliment par l'art encore mieux que ne le fait notre génération.
avatar

Message le Sam 3 Mai - 9:14 par liveriu

ou alors plongés dans l'ignorance totale des souffrances de notre temps, ils sombreront dans un sentimentalisme absolu et on les rangera dans la catégorie des nouveaux romantiques, où les peines de coeur et les élans de l'âme donneront naissance à un nouveau millenarisme béat qui les transformera en lyriques verbeux et autosatisfaits ! du genre l'homme est bon, la femme et belle, l'oiseau chante sur l'arbre qui pousse, la lune embrasse le soleil, et les enfants jouent dans la lumière. Ca s'appellera les Edeniques (et il n'y a pas de grossièreté dans le mot, quoique....) Et tout cela fera aussi de la bonne littérature !
avatar

Message le Sam 3 Mai - 11:23 par Dominique Giudicelli

J'ai du mal à y croire, mais je le leur souhaite ! Ce ne doit pas être déplaisant de vivre en débordant sans cesse d'amour et de bons sentiments ! Mais votre dernière phrase est la plus intéressante, bien qu'elle s'éloigne du sujet initial qui s'était gardé de tout jugement de valeur : ça fera quand même de la bonne littérature.
avatar

Message le Sam 3 Mai - 11:59 par Francesca

moi ce qui m'intéresse tout simplement, c'est d'imaginer comment ils vont "tuer le père" puisque c'est ainsi que s'afffirme une nouvelle génération (tout en s'en étant inspirée). Quels thèmes prendront-ils à revers, par exemple? Que leur aura-t-il manqué dans ce que traite la génération actuelle qui leur donnera envie de prendre la plume (enfin, le clavier...Smile) pour écrire autre chose?
avatar

Message le Sam 3 Mai - 12:26 par EV

Liveriu, heureusement, vous ne faites qu'imaginer un avenir potentiel, profondément convaincu – je suppose - que cela ne pourrait pas vraiment trouver écho dans une réalité concrète. Parce que, dans le cas contraire, cela voudrait dire que nous sommes tous un immense troupeau de candides nonchalants ! Ce ne serait pas dégueu', cela dit.  Laughing

Pourquoi les générations futures - quand bien même ignoreraient-elles les souffrances de celles qui leur ont précédé - verseraient dans le sentimentalisme à l'eau de rose ? Je veux dire, davantage que les hommes et les femmes nés dans la seconde moitié du XXème siècle, aujourd’hui. Ou alors, si l’on compare notre existence à ceux qui ont vécu les deux guerres, notamment, j’en déduis que nous sommes tous insipides et désastreusement niais. Nos aïeux ont-ils emporté avec eux le monopole de la souffrance ? (Chouette !) Shocked

Ne serait-ce pas un peu radical que de réduire les générations à venir à une bande d’auto-satisfaits, qui n’auraient que des peines de cœur, juste parce que leur histoire aura été différente de la nôtre ? Ils auront, sans doute, leurs propres problématiques, qu’ils aborderont avec les moyens inhérents à leur époque. À l’instar ceux qui étaient là avant eux - nous - et de ceux qui suivront, en quelque sorte.

Allez, à défaut de l'être quant à la langue ou à l'expansion de la littérature d'expression corse, montrons-nous optimistes quant à la nature humaine, que diantre !

Et puis, finalement « qu'importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », dans la mesure où ils apportent leur pierre à l'édifice de la littérature corse.

Je les souhaite surtout conscients du monde qui les entoure, mais aussi décomplexés du verbe et de la pensée bienséante aux relents fétides.  affraid 
avatar

Message le Sam 3 Mai - 13:28 par liveriu

je suis très content de voir que mon petit caillou dans la mare a fait de beaux cercles et même quelques éclaboussures ! tant mieux !
d'abord je rappelerai que entre 2020 et 2030 si tout va bien bien sûr nous serons toujours là pour les empêcher d'écrire ! après tout tenir 15 ans avec notre force d'intervention littéraire ne me paraît pas un objectif impossible à atteindre... en tous les cas je nous le souhaite à tous et à toutes bien sûr !
Les petits de 20 et 30 sont nés depuis 5 ou 6 ans et ils connaissent déjà le care et l'universalisme bien pensant des productions de Gulli et autre Disney Chanel. Les lapins crétins bercent leurs journées et Oggy et les Cafards enthousiasment leurs rêves.
C'est un bon début : soit pour nous copier honteusement en révérant notre génie créateur tout en nous saluant du doux nom de vieux cons, soit pour prendre le contre-pied immédiat de nos oeuvres. Or le seul contrepied c'est la guimauve et le bisounours ! Même Harry Potter est une oeuvre du passé pour eux. Fait-on de la littérature avec du bisounours ? en langue corse en plus ? voilà la grande question qui doit nous tarauder le cervelet ! D'ailleurs bisounours, u chjamaremi bisunursu, orsubisu pà fà si capiscia ? Et si nous leur brûlions la politesse pour occuper le terrain avant eux ? Ce serait coool, non ?
avatar

Message le Sam 3 Mai - 14:11 par Dominique Giudicelli

Pas de retraite pour les écrivains ! Sur leur lit de mort, ils écrivent encore !
Vous pointez d'un doigt goguenard un problème majeur, qui est celui du bain culturel, celui dont on nourrit ses écrits. J'ose être moins pessimiste que vous. Gulli et Disney Chanel sont des yeux ecoeurants dans le bouillon culturel des enfants, mais u brodu peut être fait d'autres ingrédients, plus nourrissants. Qu'Harry Potter devienne un classique est un excellente chose, par exemple. Et la littérature jeunesse, du moins en français, propose de très bons ouvrages. Peut-être est-ce un territoire que les écrivains corses pourraient investir d'avantage, même si l'on ne s'improvise pas auteur jeunesse... Et puis, il reste le quotidien, celui qui ne passe pas par les media mais justement directement des adultes aux enfants, la façon d'être, les histoires familiales, les discussions, l'école, l'éducation en un mot. Tous les enfants ne sont pas égaux devant cela, mais ce n'est pas nouveau. Et à chaque génération, il en est pour sortir du rang et, par leur génie propre, faire quelque chose d'original de la matière collective. Mais je reviendrais à ce que je disais dans un autre post : la langue qui structure d'une manière particulière, propre à chacune, la masse du pensable. Si l'on veut espérer une production littéraire proprement corse, il faut que la langue corse soit une part importante du bouillon culturel.
avatar

Message le Sam 3 Mai - 16:57 par Francesca

Liveriu, n'oublions pas les Mangas! leur violence est parfois inouie (loin du bisounours), tandis que les mythologies  japonaises et occidentales y sont mélangées allègrement, va savoir ce que cela peut donner. C'est ce dont se nourrit ma fille de 14 ans depuis des années.
avatar

Message le Mer 7 Mai - 14:39 par Marco B

Je relance un peu le débat, pas en rebondissant sur les interventions, qui me semblent toutes pertinentes et argumentées, mais en avançant quelques points moins optimistes que l'impression générale qui semble se dégager. Peut-être est-ce en raison d'une expérience du terrain, en ma qualité "d'acteur" de la problématique énoncée, mais comment puis-je parler de toute façon en me détachant du petit vécu qui est le mien ?

Tout d'abord, je crois que l'on fait trop confiance ici à la "folie" des auteurs. Celle-ci (sans la définir) peut les porter un temps, mais peut-elle les porter tout le temps et jusqu'à la fin des temps ? Mystère... Mon point de vue, c'est qu'il y a peu à gagner pour un auteur à mener toute une vie une oeuvre en langue corse, si ce n'est une royale indifférence au mieux, ou carrément un déni de son travail ou des injures dans les circonstances les plus extrêmes. Par contre il y a plus à gagner à porter cette oeuvre en français. Et ça c'est incontestable. Bref, entre les coups de pieds au cul et la reconnaissance d'un statut d'écrivain, quel est le choix qui s'impose ?

Et encore je parle là pour une génération (ultime ?) qui a quelque chose à dire et à porter en langue corse. Pour qui d'une manière ou d'une autre le rapport à la langue possède encore quelque chose de naturel (d'évident je ne m'avancerais pas...). Mais dès lors qu'on n'est plus dans ce rapport, et que rien ne vient le compenser (comme le militantisme à un certain moment, même si l'on peut regretter certains aspects de ce militantisme, c'est un autre débat), bref, si rien ne vient justifier un jour l'emploi de la langue, tout simplement, pourquoi perdre son temps dans des démarches bizarres et totalement à contre-courant ? A l'heure actuelle, un auteur de langue corse, disons acharné, peut espérer être lu par 200 ou 300 lecteurs, mais qu'en sera-t-il de ce lectorat, et de ce maigre volontarisme, dans 15, 20, 30 ans ?

D'autant que je le rappelle le bilinguisme, ou les traductions, ne sont pas un mécanisme totalement intégré, ni appréhendé de manière sereine par tout le monde. Mes démarches personnelles dans ce sens m'ont tout de même valu de jolis procès d'intention, des sarcasmes violents, des mises à l'index, voir des incompréhensions au mieux, et ce dans une période pas si ancienne que ça. Et même si ce débat sur les traductions ne me semble pas - aujourd'hui - plus aussi prégnant, le fait est qu'il existe, au milieu d'un paquet d'autres, et que les auteurs de langue corse se voient toujours mis en situation d'avoir à justifier leurs démarches, leurs choix linguistiques, etc. Se peut-il qu'un jour on n'en ait tout simplement marre d'avoir à justifier tout et n'importe quoi ?

Je pourrais être long, parler d'une littérature institutionnelle un jour pour pallier aux déficiences d'une création naturelle, évoquer un snobisme de salon, et d'initiés, pour sauver demain ce qui ne se fait plus pour dire quelque chose, je pourrais imaginer qu'après avoir exploré toutes les voix d'une émancipation artistique, le retour à la carte postale ou à l'anthropologie soit le dernier refuge de notre littérature (après en avoir été le départ, comme une manière de boucler la boucle), mais je vais m'imposer d'être bref.

Donc, la question, pour moi, qui se pose, c'est qu'en sera-t-il d'une littérature de langue corse dans quelques décennies ? La littérature d'expression française en Corse, je ne m'inquiète pas pour elle (et personnellement c'est déjà ce qui me rassure, je me dis qu'on va continuer à faire le plus important, c'est à dire une littérature) mais le faire en langue corse, et sans spéculer sur l'avenir, sans dire qu'on a la réponse, j'avoue que j'ai quelques doutes.

Oui, dans l'exercice de style, dans la démarche autiste, dans le folklore désuet, dans la bizarrerie pseudo-avant-gardiste... ce sera déjà ça.
avatar

Message le Mer 7 Mai - 19:29 par Francesca

Je ne pense pas que les auteurs en langue corse rencontrent plus d'indifférence que les auteurs en langue française, en Corse même. Pour que les Corses découvrent vraiment Jérôme Ferrari, à part un petit cercle, il a fallu attendre qu'il ait le prix Goncourt.
Si l'on interroge les Corses sur les auteurs corses, ils citeront plus Biancarelli, Thiers et à présent JYAcquaviva (cf notre enquête sociolinguistique de décembre 2012) que JB Predali ou encore (dommage, d'ailleurs) Jean-Noel Pancrazi.

A l'extérieur, le problème ne se pose que pour quelques auteurs d'envergure, pour lesquels la langue corse peut être un frein. Je ne donnerai pas de noms Smile
Pour les autres, cela ne change guère la donne, qu'ils écrivent en français ou pas. En Corse, la traduction peut faire son office. A l'extérieur, même s'ils écrivent en français, ils finiront au pilon comme les trois quarts de l'édition française.

Ceci dit, aucune littérature n'est faite que de chefs d'oeuvres et d'auteurs de génie.

Pour en revenir au tout début de ce débat, les jeunes se tourneraient à nouveau selon toi vers une folklorisation? Je n'en vois pas d'exemple, dans les romans ou nouvelles??

Message le Mer 7 Mai - 21:29 par FXR

La question de ce débat porte sur plusieurs aspects, et le point de vue inquiet de MB semble nous dire que la littérature d'expression corse n'a peut-être pas d'avenir parce que :
- le lectorat et la reconnaissance sont trop faibles pour motiver de nouvelles générations d'écrivains
- les écrits de la nouvelle génération semblent revenir vers un folklore identitaire qui fait fi de l'émancipation portée par les écrivains de ces dernières décennies
- la place de la langue corse dans la société devient de plus en plus problématique
Je veux bien ne pas être trop optimiste (même si je pense toujours sincèrement que même dans une langue dominante vouloir écrire de la "littérature" est une sorte de folie), mais alors une autre question se pose : cette évolution potentiellement pessimiste peut-elle évitée ? Si nous pensons que oui, et que nous le désirons vraiment, arrivent toutes la question du "que faire ?"
Et là, je vous avouerai que je ne sais pas quoi dire sinon ce que j'ai déjà exprimé maladroitement plusieurs fois (sans être un écrivain d'expression corse, ni un lecteur capable d'apprécier dans leur moindre détail les écrits en langue corse, ni un chercheur spécialiste de littérature corse au sens large). Il me semble que pour créer le désir d'une écriture en langue corse de qualité littéraire élevée chez les jeunes générations, il faudrait :
- évoluer vers une société bilingue (que tout le monde soit capable de lire dans les deux langues, normalement)
- prendre l'habitude de considérer la littérature corse comme multilingue (c'est-à-dire penser d'abord au fait que nous voulons lire de la littérature, et non lire une défense et illustration d'une langue)
- enseigner cette littérature multilingue dans tous les types de cours au cours de l'enseignement obligatoire (cours de corse, de français, d'italien, de latin, d'histoire...) (que les textes littéraires soient abordés par des biais très différents pour montrer qu'il y a bien des usages de la littérature)
- développer un espace public de reconnaissance, débat, critique des oeuvres littéraires corses (là aussi sans cloisonnement linguistique)
(Maintenant, mais là c'est un cas personnel, il se trouve que depuis quelque temps je lis de moins en moins de littérature corse, en quelque langue que ce soit d'ailleurs ; je trouve que le cinéma semble prendre une sorte de relais.)
En tout cas, je rêverai de voir une étude sur la réception de la littérature corse depuis les origines (qui a vraiment lu quoi, comment ? combien de personnes lisaient vraiment A Tramuntana par exemple ? Ou Pesciu Anguilla dans les années 1930 ?, etc.).
avatar

Message le Jeu 8 Mai - 13:01 par Marco B

A Francesca : le retour au folklore n'est pas le fait des jeunes auteurs particulièrement, mais quelque chose qui me semble apparaître dès aujourd'hui. De même qu'une écriture d'illustration linguistique qui avait un peu tendance à s'effacer, et qui souvent va de paire avec un désir d'illustration anthropologique. Sans compter que nombres de thèmes "identitaires" issus du riacquistu peuvent tout autant apparaître comme l'expression d'un néo-folklore. Ma (petite) inquiétude est liée à ce que les jeunes auteurs en feront (en corse et en français, d'ailleurs).

A FXR : Oui, il y a une folie nécessaire lorsque l'on veut créer, on est d'accord, mais la folie sacrificielle qui accompagne l'écriture en langue corse, celle-ci me semble assez singulière. Après, pour rejoindre Francesca, les démarches et les objectifs littéraires sont multiples, et sans doute certains auteurs se satisfont-ils - ou se satisferont-ils demain, qu'est-ce qu'on en sait ? - d'être lus à l'université de Corse, ou intégrés aux listes du bac.

Bon, loin de moi le désir de clôturer le débat, ni d'en être un quelconque meneur, mais je pense qu'un tour assez complet a été fait. Encore qu'on aurait pu évoquer le désintérêt global autour de la question posée (JYA m'a d'ailleurs dit en off que c'était un élément même du débat), et en premier lieu le désintérêt des propres acteurs de la création en langue corse. Mais est-ce vraiment nouveau ? Et est-ce un sujet de débat en soi ? Pour le reste, il est évident qu'une question posée, comme celle de l'avenir d'une forme d'expression, d'un art, d'une littérature, n'appelle pas forcément une réponse tranchée.

Je propose donc que le débat reste ouvert, et il en sera toujours ainsi sur Praxis (réagissez donc si vous avez encore quelque chose à dire), mais le moment est peut-être venu de poser d'autres questions ?

Message  par Contenu sponsorisé


    La date/heure actuelle est Dim 22 Oct - 8:29