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Sympathy for the devil (Pierre-Laurent Santelli)

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Marco B
Admin

Messages : 422
Date d'inscription : 30/01/2013
25032014

Sympathy for the devil (Pierre-Laurent Santelli)

Message par Marco B

Inhumé d'un vieux sarcophage mirvellien, ce texte de Pierre-Laurent Santelli que vous aviez peut-être déjà lu. Mais l'aviez-vous vraiment lu ? Un texte de sang et de tripes à l'air, du plus barbare des auteurs corses, entre Jagger et Rodriguez, entre rock déjanté et latinité destroy. Du démoniaque à deux cents à l'heure.    


And I was 'round when Jesus Christ
Had his moment of doubt and pain
Made damn sure that Pilate
Washed his hands and sealed his fate

Pleased to meet you
Hope you guess my name
But what's puzzling you
Is the nature of my game


Blême, livide, comme exsangue, les pupille dilatées et l'œil dans le vide , stone, halluciné, le jean déchiré et des taches de sang séchées sur sa chemise qui avait été blanche, il marqua un temps d'arrêt avant de pousser les battants de la porte. Il regarda à l'intérieur à travers les vitres crasseuses. Ce qu'il voyait lui parvenait dans un halo blafard encore plus tamisé par la buée sur les carreaux. La carcasse de la station service se découpait dans l'aube naissante. Le ballet des camions ne tarderait pas à reprendre.

whoo whoo, whoo whoo
I watched with glee
While your kings and queens whoo whoo
Fought for ten decades whoo whoo
For the gods they made whoo whoo


Les riffs de la guitare s'extirpaient du brouhaha comme pour qu'il les entende mieux. Même déformée par le bruit du dedans, les vapeurs de bourbon et les flash-back stroboscopiques des poussées d’acide, il reconnut sans peine la chanson. Mais c'était sa voix qu'il écoutait à présent.

whoo whoo, whoo whoo
Who killed the Kennedys?" whoo whoo
When after all whoo whoo
It was you and me whoo whoo


Il ne pouvait la voir de la fenêtre où il se trouvait car l'estrade était au fond du bar.
Mais il voyait la silhouette du patron dans le miroir sur le pilier. Ce gros porc immonde la matait comme tous les soirs, bavant. Il éteignit son cigarillo et pénétra dans la salle. Les cris et les sifflets couvraient presque la chaude et rauque voix. Elle le vit de loin et sourit ; elle chantait leur chanson. Celle-là même sur laquelle ils l'avaient connue. Il essayait de se souvenir combien de temps s'était écoulé depuis cette nuit au "Criollo Loco". Deux ans ? Trois ans ? Chaque effort pour penser lui causait une insoutenable douleur. Ils étaient alors tous deux à Buenos Aires ; quand ils s’engouffrèrent dans le cabaret l’heure était déjà bien avancée et leurs démarches trahissaient leur début de soirée bien arrosé. En début de semaine ils avaient convoyé et vendu un lot de bétail et depuis ils écumaient les bouges de la ville. Les filles, le bourbon, la Corinne quand ils en trouvaient. Ce soir ils s'étaient contentés de bonbons. Des acides à moitié frelatés qui les avaient plus endormis que speedés mais pas de bad trip. Sex, Drugs and Rock'n 'roll. Dès leur entrée dans le cabaret tous se tournèrent et tous  les yeux se braquèrent sur eux.
Même elle. Et ils la virent. Comme tous les autres eux aussi furent saisis par la sensuelle beauté. Brute. Hypnotique ; Puis la voix les prit pour ne plus les lâcher. Elle ne chantait que des mièvres balades country et quand elle eut fini le morceau ils lui demandèrent en même temps " Sympathy for the devil".
Elle esquissa un sourire et chanta. Elle ondulait au rythme chaloupé et ne les quittaient pas des yeux. Elle chanta et dansa pour eux. A la fin du set ils burent un verre puis deux, puis une bouteille et partirent avec elle. Elle continua d'onduler et soupirer pour eux. Le soleil était déjà bien haut quand ils s'endormirent tous les trois, enfin repus, chevaux fourbus.
Soledad les avait suivis et depuis ils ne se quittaient plus. Elle honky tonk women et eux tantôt cow-boys, tantôt barmen, tantôt braqueurs. Ils lui avaient trouvé un nom de scène et tout le monde l'appelait à présent Soltèsan, le soleil de printemps en aztèque.
Quinze jours qu'ils étaient arrivés à Trinidad. Quinze jours qu'il lui demandait d'arrêter de chanter dans ces gargotes immondes. Quinze jours qu'il lui disait qu'ils avaient assez d'argent pour se casser à New York. Là-bas elle pourrait rencontrer un producteur. Quinze jours qu'il lui avait dit qu'il l'aimait et qu'il voulait partir avec elle. Seul. Un jour qu'elle lui avait dit oui et qu'elle parlerait à Pedro.

Pleased to meet you whoo whoo
Hope you guessed my name, whoo whoo oh yeah whoo whoo
But what's confusing you whoo whoo
Is just the nature of my game whoo whoo um yeah whoo whoo


Il s'avança jusqu’à l'estrade en titubant. Ce n'est qu'à ce moment là qu'elle remarqua sa chemise tachée, maculée de sang caillé.

Les riffs continuaient mais la voix s'était tue.

- Qu'est ce qu'il y a eu ? Où est Pedro ?
À ces cris il revit son jeune frère, hors de lui, excédé, comme un taureau blessé, cassant tout dans la chambre du motel. Puis Pedro s'était jeté sur lui le traitant de salaud, d’ordure. Le frappant. A coup de poings, de pieds. Il n'avait pas bougé et s'était laissé faire. Jusqu’à ce qu'il prenne le calibre dans le sac.
- Tu la veux pour toi tout seul ? Je te la laisse.
Avant qu'il n'ait pu rien faire Pedro appuyait le canon sur la tempe.

- Viens ! On s’arrache.
- Où il est ? Où est Pedro ? Qu’est ce que tu as fait ??? Qu’est ce que tu as fait ??
- Viens je te dis !
Et il sauta sur l'estrade et la tira par le bras. Elle continuait de crier :
- Pedro !!Pedro !!
Il fendit la foule et comme il s'approchait de la sortie le gros lard se mit devant la porte avec ses deux roquets, deux serveurs lèche-culs, frustrés comme lui, deux chiens lâches toujours prêts à vous mordre au talon dès qu'on leur tournait le dos.
- Dégage!
- Elle a pas fini !
Il regardait les caniches du coin de l'œil et vit que le gros sortait sa matraque. Lui avait saisit le calibre qu'il avait dans le dos et quand l'adipeux leva la main pour le frapper il le cueillit d'un coup de crosse en plein front.
Ce qu'il aimait dans ces moments là, plus que le sang qui coulait, c'était l’instant de surprise puis de peur dans les yeux de l'autre.
Il lui mit le second coup sous la tempe et comme il s'affalait de tout son gras, lui en assena un autre derrière le crane. Il s'étala de toute sa graisse.
Il le regardait par terre et lui mit deux coups de botte dans la bouche. Il devint comme fou quand il vit qu'il avait taché ses santiags en peau de python.
Elle criait et le tirait en arrière.
Il le finit à coup de talons.
Rassasié il allait sortir mais son regard s'arrêta sur un des roquets. Il le prit par les cheveux et lui enfila le canon dans la bouche. Le serveur avait les yeux exorbités d'un lézard qui aurait lapé de la tequila.
Elle continuait de hurler et de s'accrocher à sa chemise.
Il lâcha le caniche et la tira dehors.
La moto était garée devant. Il mit le contact. Elle pleurait et répétait, hébétée:
- Pedro, Pedro…
Il mit la première, partit et se retourna pour la regarder.
Elle criait encore mais il ne comprenait pas ce qu'elle disait.
Il comprit quand il entendit le klaxon bloqué du semi-remorque. Le chauffeur se leva sur les feins.
Comme il tournait la tête il vit la remorque qui glissait vers eux.

Just as every cop is a criminal whoo whoo
And all the sinners saints whoo whoo
As heads is tails (whoo whoo)
Just call me Lucifer whoo whoo
'Cause I'm in need of some restraint whoo whoo

So if you meet me whoo whoo
Have some courtesy whoo whooo
Have some sympathy, whoo whoo and some taste whoo whoo
Use all your well-learned politesse whoo whoo
Or I'll lay your(whoo whoo) soul to waste,whoo whoo, um yeah (whoo whoo)
Oh yeah! (whoo, whoo)
Tell me baby,(whoo whoo) what's my name(whoo whoo)
Tell me honey,(whoo whoo) can ya guess my name (whoo whoo)
Tell me baby, (whoo whoo) what's my name (whoo whoo)
I tell you one time, (whoo whoo) you're to blame (whoo whoo)

Woo Who whoo whoo
Woo Who whoo whoo


Pierre-Laurent Santelli

Illustration : Pieter Brueghel, La chute des anges rebelles (détail), 1562.

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Message le Mar 25 Mar - 20:00 par Marco B

Pardon, mais, ça c'est de la phrase :

"Le serveur avait les yeux exorbités d'un lézard qui aurait lapé de la tequila."

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Message le Mar 25 Mar - 20:24 par Barbara Morandini

Puissance!!!!!

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