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Autoportrait aux cheveux coupés, Frida Kahlo

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Barbara Morandini

Messages : 39
Date d'inscription : 28/02/2014
24032014

Autoportrait aux cheveux coupés, Frida Kahlo

Message par Barbara Morandini

Et si Frida Khalo s'exprimait à propos d'un Autoportrait aux Cheveux Coupés ? Barbara Ettori-Morandini lui donne une voix.




Allez-y, regardez-moi!
Regardez-moi, comme je me suis vue dans mon miroir ce jour-là.
Ce jour où j'ai décidé de devenir une autre.
Le miroir est l'accessoire indispensable à mon art, car « je ne peins pas des rêves, je peins ma réalité ».
J'ai pris l'habitude de faire ça, me représenter, restituer mon reflet, parce que, longtemps, mon univers était réduit à mon propre corps. J'en ai été prisonnière des années. Il a fallu que je l'apprivoise, que je l'accepte.

Je ne crois pas en Dieu, je parlerai donc de destin pour désigner cette force surnaturelle qui s'obstine depuis ma naissance à me broyer.

A chaque nouvelle étape malheureuse de mon existence, je me suis patiemment reconstruite. Face à l'acharnement de ce destin tragique et exceptionnel j'ai toujours opposé la couleur, la joie, la féminité, la sensualité et la vie.
Et me voilà, face à ce miroir scrutant le simple reflet d'une femme bafouée, délaissée et trahie par son homme.
Me voilà ,à trente-trois ans, rattrapée par la médiocrité d'une vie normale. Quelle ironie!

Lorsque Diego m'a quittée et qu'il est parti je me suis mise à errer dans notre appartement. Je pensais être perdue.
J'ai enfilé un de ses costumes gigantesques espérant avoir la sensation qu'il m'enlaçait, c'est à ce moment là que j'ai aperçu mon reflet pathétique.
Une petite femme au corps brisé et au cœur ravagé dans le costume de son mari infidèle.

Il est vieux, il est gros, il est laid, alcoolique, colérique et tu le pleures? Pauvre de toi Frida !
Que regrettes-tu ? Ton dévouement pour lui ? Cela faisait de toi une esclave ! Son talent ? Tu en as autant que lui, si ce n'est plus ! Vos étreintes ? Tu es capable, toi aussi, de faire jouir une femme !

Mes cheveux étaient lâchés. Cette chevelure qu'aime tant Diego. Cette preuve extérieure de ma féminité, de ma soumission. Marx a raison: « Dans la famille l'homme est le bourgeois, la femme joue le rôle du prolétariat ».

J'ai eu pitié de cette image dans le miroir. J'ai voulu qu'elle disparaisse alors je l'ai tuée.

Après tout, qu'est-ce qu'être une femme ? Une épouse et une mère ? Je ne suis ni l'une, ni l'autre. La vie m'en a privée, je me donne alors le droit de décider ce que je serai.

Breton, parlant de mon art a dit : « c'est un ruban autour d'une bombe ». Ce jour là j'ai dénoué le ruban.

Barbara Ettori-Morandini
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Message le Mar 25 Mar - 12:09 par Marco B

J'ai un doute dans la classification du texte : je le mets en "prose" ou en "chronique littéraire " ?
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Message le Mar 25 Mar - 14:37 par Barbara Morandini

Allons y pour chronique. Very Happy 

Message  par Contenu sponsorisé


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