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Une révolution ordinaire (Petru Felice Cuneo-Orlanducci)

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Marco B
Admin

Messages : 422
Date d'inscription : 30/01/2013
16032014

Une révolution ordinaire (Petru Felice Cuneo-Orlanducci)

Message par Marco B


Presque un manifeste, le texte de Cuneo-Orlanducci regarde du côté des révolutions, ces "locomotives de l'Histoire" qu'il voit pourtant tourner en rond, sur des circuits où l'on descend toujours sur le même quai de gare. Pour tous ceux qui rêvent encore aux lendemains qui chantent.



Le jour se lève sur la ville côtière, et le soleil joue à promener ses rayons encore doux sur les murs et les grandes avenues ; pourtant l’ambiance n’est pas à la nonchalance mais à la rébellion. La révolte gronde dans le coeur des habitants et son souffle se retrouve dirigé contre le pouvoir à la tête de l’État. Nul être ne peut échapper à cette prise de conscience, et même le vieil olivier millénaire planté aux abords du Palais est immergé dans cette conscience.
L’infâme tyrannie qui sévit dans tout le pays depuis tant d’années commence enfin à connaître des signes imperceptibles d’usure et le peuple, même sans le savoir concrètement, l’a très clairement ressenti au plus profond de lui-même. Depuis plusieurs semaines, des heurts sans cesse plus violents ont lieu sur tout le territoire national opposant les Gardes Républicains avec les militants et sympathisants du Mouvement pour la Démocratie, le parti politique interdit. Le sang a encore coulé, une fois de plus, une fois de trop. Mais cette fois-ci sera la dernière, car l’aube qui se lève est l’aube d’une espérance nouvelle, l’aube de la révolution.
Ce sentiment diffus et pourtant terriblement fort qui habite chaque esprit n’est autre que l’aboutissement d’un cheminement instinctif du moi collectif entrepris depuis déjà plusieurs années.
Par sa nature profonde, l’homme veut être libre et refuse l’asservissement de quelque pouvoir que ce soit. L’homme ne supporte pas de vivre dans l’injustice et le despotisme, surtout lorsque celui-ci le touche directement. La peur est toujours le meilleur allié des régimes scélérats, mais lorsque la faim triomphe de la peur, le peuple triomphe du pouvoir.
Ce matin, comme tous les matins depuis plusieurs jours, des manifestants se sont rassemblés sur la Place de la République. Des hommes et des femmes ordinaires, très différents les uns des autres, n’ayant ni la même conception de la politique, ni même de la vie, mais ayant tous le point commun d’être mus par une force supérieure qu’est la soif de Liberté, le désir de Justice, et la faim de pain.
Ils ne sont tout d’abord que quelques dizaines, à l’aube, mais sont rapidement rejoints par d’autres, en provenance de toutes les rues alentour, et même de plus loin, de beaucoup plus loin.
Ainsi les dizaines se transforment en centaines, puis en milliers avant même que n’arrive midi. Quelques miliciens, ici et là, tentent vainement de s’opposer à la marche du peuple pour sa Liberté, mais eux-mêmes n’y croient plus, et beaucoup d’entre eux ont déjà retourné leur veste pour rejoindre leurs frères et leurs cousins.
Ce sont désormais plus de dix mille personnes rassemblées sur la Place de la République. Les Gardes Républicains les encerclent, supérieurs en armement, et très inférieurs en nombre. Mais nul ne bouge plus. On s’observe silencieusement. C’est l’attente, lourde, angoissante, pesante, de part et d’autre. Cette atroce attente que connaissent et détestent tous les soldats de toutes les guerres et de tous les temps.
Et puis la bulle éclate. Un militaire trop pressé donne l’ordre à ses hommes d’attaquer. Les premières bombes lacrymogènes explosent dans la foule. Suivie par d’autres. C’est la provocation de trop et sonne dans chaque esprit comme un signal, le signal que l’heure est à l’action.
Aussitôt, la foule, ivre de colère et de justice, se rue tout d’abord sur les hommes en armes et sbires du pouvoir, pour prendre ensuite la direction du Palais où est retranché le gouvernement depuis déjà plusieurs jours. Les derniers militaires qui n’avaient pas encore rejoint l’insurrection ne peuvent désormais plus rien face à la furie populaire qui balaie tout sur son passage.
En quelques heures, par le feu, par le fer, par le sang, et surtout par la rage, c’est le peuple tout entier qui brise les chaînes de l’oppression, tout en libérant une force extraordinaire qui bouillonnait en lui depuis si longtemps qu’il n’en avait même plus conscience. Pour la première fois depuis plus de trente années, le rapport de force s’inverse, et résonne la voix de la Liberté.
Le peuple, rendu enragé par la trop longue privation du nécessaire n’a plus aucune retenue, comme une digue qui cède soudain. Le Palais est envahi par une foule  sommairement armée. Les gardes sont tués, les gens de maison sont tués, et, au terme de violents combats au corps à corps, les
dirigeants eux-mêmes sont occis par des hommes et des femmes du peuple que rien ne parvient plus à calmer.
Les combats se poursuivent jusque dans la nuit. Les insurgés traquent sans relâche tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un suppôt de l’Ancien Régime. Le sang ne cesse de couler dans la ville.
Dans les jours qui suivent, le Mouvement pour la Démocratie, ce parti qui fut si longtemps impitoyablement traqué par la dictature, fort de sa légitimité nouvelle de meneur de la Révolution, s’installe naturellement aux commandes du pouvoir demeuré vacant, avec un gouvernement provisoire, qui proclame l’état d’urgence et la loi martiale, reprend le contrôle de l’armée, et ordonne d’innombrables arrestations préventives parmi des listes préétablies de suspects, susceptibles de nuire au triomphe de la Révolution et de la Démocratie.
Puis, au cours des mois, le Nouveau Régime prend ses marques, impose sa Loi, et le calme revient.
À quelques centaines de mètres du Palais, le vieil olivier soupire de lassitude. En plusieurs siècles d’existence, le vieil arbre a vu tomber tant de princes et de gouvernements qu’il en a perdu le décompte. Au fil des ans, il a fini par apprendre que les révolutions humaines ne servent généralement qu’à changer les dirigeants, sans pour autant changer le système. Que rien ne changera jamais vraiment tant que le cœur de l’homme restera identique à travers les siècles, et qu’une révolution ne sera jamais rien d’autre, comme le dit sa trop juste étymologie, qu’un tour complet ramenant invariablement au même point de départ.[/justify]


Dernière édition par Marc Biancarelli le Lun 17 Mar - 1:02, édité 1 fois
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Message le Dim 16 Mar - 19:47 par Joseph Antonetti

La fin du texte m'a fait penser à une chanson de Renaud ( on a les références qu'on peut ), Lolito Lolita.

" Renverse la pyramide Lolito Lolita, renverse la pyramide mets là, tête en bas, mais tu ne seras pas plus libre quand le peuple regnera. Les hommes entre eux sont pires que les rats. "

Tout ça réconforte ma fibre anarchiste.
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Message le Dim 16 Mar - 21:31 par Hubert Canonici

Ravi de te lire ici, Pedru!

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