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Leopoldo Maria Panero, poète maudit, est mort

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Dominique Giudicelli
Admin

Messages : 397
Date d'inscription : 28/02/2014
14032014

Leopoldo Maria Panero, poète maudit, est mort

Message par Dominique Giudicelli

Vous ne le connaissez peut-être pas, c'était pourtant un poète comme on en fait plus, ni en Espagne, ni ailleurs. Il vient de mourir à 65 ans, avec le corps d'un vieillard et l'âme fraiche d'un dément. De mens : privé d'esprit, mais pas de poésie, qui lui sortait par tous les orifices. Pas même d'esprit, en vérité. Il est mort à l'hôpital psychiatrique où il vivait, depuis une trentaine d'année, interné et exclu volontaire d'un monde qui lui semblait plus malade que lui.
On le croisait tous les après-midi sur les marche de la fac de Las Palmas de Gran Canaria, vendant ses livres aux passants, non pas qu'il soit absent des librairies, au contraire, mais parce qu'il écrivait plus vite qu'on  pouvait le publier, et il voulait qu'on le lise. On le lisait, on l'aimait, on s'arrêtait souvent bavarder avec lui et l'écouter comme une pythie. Il était une légende, celle du désastre vivant engendré par le franquisme. Son père en avait été le poète officiel, et ce n'était pas pour rien dans sa folie. Lui était le poète officiel que s'étaient choisis les punks et les junkies, les maudits magnifiques, et les génies fracassés.
En 1985, j'avais traduit un de ses livre "El ùltimo hombre" avec un ami basque presque aussi fou que lui, et qui lui ressemblait. Une traduction qu'on nous a volée. Envolée. Jamais éditée, bien sûr. On peut le lire en français depuis 2011, aux éditions l'oreille du loup et qq autres :

   - Territoire de la peur, éd. bilingue, trad. par Stéphane Chaumet, éd. L'oreille du loup, 2011.
   - Bonne nouvelle du désastre & autres poèmes, trad. par Victor Martinez et Cédric Demangeot, éd. Fissile, 2013. [contient les recueils complets Aigle contre l'homme, Poèmes pour un suicidement, Bonne nouvelle du désastre, Danse de la mort, Schizophréniques, et une anthologie de textes des années 80].
   - "Poèmes", trad. par Victor Martinez, dans Po&sie n° 145-146, mars 2014, p. 86-114.

On peut aussi le découvrir ici, sur le site d'un de ses traducteurs :
http://goo.gl/gXyMiW

Ma notule est pauvre, il manque le rire, la conscience politique, et la grande culture. Allez plutôt le découvrir ici :
http://www.youtube.com/watch?v=bH6wdIl9J1U
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Message le Ven 14 Mar - 20:53 par Hubert Canonici

Très intéressant, abrupte, un lyrisme cru comme une entrecôte prélevée sur une vache vivante.
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Message le Ven 14 Mar - 23:18 par Dominique Giudicelli

J'étais sûre que ça vous plairait Hubert Arthaud.... Panero est un peu l'Antonin d'Espagne (Personnellement, je préfère Panero à Arthaud)
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Message le Sam 15 Mar - 10:57 par Marco B

DÉSIR D’ÊTRE PEAU ROUGE


La plaine infinie et le ciel son reflet.
Désir d’être peau rouge.
Aux villes sans air arrive parfois sans bruit
le hennissement d’un onagre ou le trot d’un bison.
Désir d’être peau rouge.
Sitting Bull est mort : aucun tambour
n’annonce son arrivée dans les Grandes Prairies.
Désir
d’être peau rouge.
Le cheval de fer traverse maintenant sans peur
des déserts brûlants de silence.
Désir d’être peau rouge.
Sitting Bull est mort et aucun tambour
afin de le faire revenir du royaume des ombres.
Désir d’être peau rouge.
Un dernier cavalier a traversé la plaine
infinie, laissant derrière lui une vaine
traînée de poussière, que le vent dissipe.
Désir d’être peau rouge.
Dans la Réserve ne niche pas
un serpent à sonnette, mais l’abandon.
DÉSIR D’ÊTRE PEAU ROUGE.
(Sitting Bull est mort, les tambours
le crient sans attendre de réponse.)



Waouh ! Comme c'est beau, ça !
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Message le Sam 15 Mar - 11:25 par Karlheinz L.K.

Les titres des recueils sont magnifiques et laissent présager le meilleur. "Bonne nouvelle du désastre", "Poèmes pour un suicidement"

Je ne connais pas du tout, merci pour la découverte.
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Message le Sam 15 Mar - 12:12 par Dominique Giudicelli

Ah ! très heureuse que cela vous plaise !

Ces deux-là font partie du recueil "el ùltimo ombre", que j'ai traduit, et me sont si familiers que j'ai l'impression de les avoir écrits !


SOLDAT BLESSÉ DANS LE LOINTAIN VIETNAM


La mort a vidé mon être, laissé mes yeux
si doux et sexuels comme une jungle.
Chaque fois que je me souviens de moi et de ces forêts
la neige du sperme baigne mon front.
L’avion m’attendait comme une menace :
à mesure que la terreur s’éloignait
j’ai vu le navire du sens sombrer entre mes yeux.
Dans cette chambre de Windham Street
je ne suis qu’un tir entre les joncs.
Ils disent que là-bas dans les rivières, quand descend
le vent obscur de la nuit, un poisson
se souvient peut-être de moi.


PROJET D’UN BAISER

Je te tuerai demain quand la lune sortira
et que le premier grèbe me dira son mot
je te tuerai demain peu avant l’aube
quand tu seras au lit, perdue dans tes rêves
et ce sera comme une copulation ou du sperme sur les lèvres
comme un baiser ou une étreinte, comme une action de grâce
je te tuerai demain quand la lune sortira
et que le premier grèbe me dira son mot
et dans son bec m’apportera l’ordre de ta mort
qui sera comme un baiser ou une action de grâce
ou comme une prière pour que le jour ne se lève pas
je te tuerai demain quand la lune sortira
et qu’aboiera le troisième chien à la neuvième heure
au dixième arbre sans feuilles ni sève
dont personne ne sait pourquoi il se tient debout sur la terre
je te tuerai demain quand la treizième feuille
tombera sur le sol de misère
et tu seras une feuille ou une grive pâle
qui revient dans le secret lointain du soir
je te tuerai demain, et tu demanderas pardon
pour cette chair obscène, pour ce sexe obscur
qui aura pour phallus l’éclat de ce fer
qui aura pour baiser le sépulcre, l’oubli
je te tuerai demain quand la lune sortira
et tu verras comme tu es belle une fois morte
toute couverte de fleurs, les bras en croix
et les lèvres closes comme lorsque tu priais
ou m’implorais la parole encore une fois
je te tuerai demain quand la lune sortira,
et ainsi dans ce ciel qu’évoquent les légendes
dès demain tu t’inquièteras de moi et mon salut
je te tuerai demain quand la lune sortira
quand tu verras un ange armé d’une dague
nu et silencieux devant ton lit blême
je te tuerai demain et tu verras que tu éjacules
quand ce froid passera entre tes deux jambes
je te tuerai demain quand la lune sortira
je te tuerai demain et j’aimerai ton fantôme
et je courrai jusqu’à ta tombe les nuits où de nouveau
brûleront dans ce phallus tremblant que j’ai
les rêves du sexe, les mystères du sperme
et ainsi ta stèle sera pour moi le premier lit
où rêver des dieux, des arbres, des mères
où jouer aussi avec les dés de la nuit
je te tuerai demain quand la lune sortira
et que le premier grèbe me dira son mot.

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Message le Sam 15 Mar - 12:18 par Marco B

Oui, moi ça me plait. J'aime bien la poésie destroy, trash, sans fards. J'aime l'exploration des chairs, du sang, des ténèbres. Mais c'est un poète que je ne connais pas assez pour en faire de longs commentaires. Ce qu'on lit là est hyper intéressant. Je trouve que Karlheinz a des accents ressemblants, et je rêve de lire un jour un opus de ses poèmes.
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Message le Sam 15 Mar - 12:24 par Dominique Giudicelli

Trash, destroy, sexuel et aussi politique et surtout follement (littéral) littéraire. Il a choisi (l'a-t-il?) de vivre en poésie, un choix radical et qui a produit cette vie de carcasse et cette oeuvre pantelante :

CE QUE STÉPHANE MALLARMÉ
A VOULU DIRE DANS SES POÈMES

Ce que le vieux a voulu dire quand déjà la dernière lampe
dans la chambre était éteinte
et que le soleil ne nous voyait pas, le serpent jeté
avec les excréments du jour dans le puits du souvenir
dans le sommeil qui efface tout, dans le rêve,
il a voulu dire le vieux que les lois
de l’amour ne sont pas les lois du néant
et que seuls étreints à un squelette dans le monde vide
nous saurons comme toujours que l’amour est néant,
et que le néant
étant ainsi quelque chose qui avec l’amour et la vie
fatalement rompt, il veut une ascèse
et c’est pour ça qu’une croix dans les yeux, et un
scorpion dans le phallus représentent le poète
dans les bras du néant, du néant bouffi
disant que même Dieu n’est pas supérieur au poème.

Message le Ven 21 Mar - 19:54 par karlotta

Pour quelles raisons dites-vous que la traduction vous a été volée ? C'est un problème avec l'auteur ou avec un éditeur ?
Cordialement
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Message le Ven 21 Mar - 20:01 par Dominique Giudicelli

karlotta a écrit:Pour quelles raisons dites-vous que la traduction vous a été volée ? C'est un problème avec l'auteur ou avec un éditeur ?
Cordialement

Je parle de la traduction que j'avais faite en 1985, avec un ami, pas de celle qui a été publiée. Mon ami l'avait confiée à une de ses relations, à sa demande, et le type (probablement jaloux) l'a volée. Jamais rendue. Peut-être détruite. En tout cas, il a disparu avec. Et nous n'avions pas fait plus d'une copie... Nous étions étudiants, désargentés, et un peu destroy, nous aussi...

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