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L'alpha et l'omega (Dominique Giudicelli)

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Marco B
Admin

Messages : 422
Date d'inscription : 30/01/2013
01032014

L'alpha et l'omega (Dominique Giudicelli)

Message par Marco B

De toute façon, on va tous crever. Et chez Giudicelli le jour d'après ne se fera pas sans avoir célébré la vie et ses réjouissances. Ou tous ces gestes ultimes et définitifs que l'on fera le moment venu...


21-12-12

Tu riais, ricanais, tu n’y croyais pas. Et pourtant... Nous avons rendez-vous aujourd’hui avec la mort. Pas tous à la même heure, il est probable que nous mourrons par vagues, nous dressant à tour de rôle dans une ultime ola, un salut à la Terre qui nous verra partir avec une suprême indifférence. Le souffle de quelques siècles suffira à effacer nos traces, le chaos de nos nuisances. Nos chairs putrides nourriront la glèbe et fertiliseront la flore à naître, ou se fossiliseront en monticules dérisoires qu’un jour, dans un temps impensable, d’autres vivants baptiseront peut-être du nom de montagne. Nous mourrons en conscience et en équité, dans une effroyable fraternité. Tu crieras sans doute tout à l’heure, mêlant tes mugissements de terreur et de rage à la clameur des moribonds impuissants. « Pas moi ; je ne crierai pas. » Je t’avais dit cela. «  Je trouverai un arbre et j’y monterai. Je me ferai une place, un nid, un lit entre ses branches inhospitalières. J’embrasserai sa peau rugueuse, et j’écouterai la sève battre doucement sous l’écorce. Et quand mon cadavre tombera, comme un fruit pourri d’où ne poussera nulle graine, l’arbre — un châtaignier, sans doute — l’arbre ne bronchera pas ; pas plus à instant où la vie me quittera qu’ensuite, tandis que je me décomposerai en sucs qu’impavides, ses racines suceront. » Tu te moquais en m’écoutant, et tu avais raison. C’est aujourd’hui la fin et je ne mourrai pas seule dans un arbre, comme un singe savant.

Tout à l’heure, quand ils s’éveilleront, je donnerai à mes enfants un peu de lait chaud, sucré de barbituriques. Je les embrasserai, je les câlinerai, je leur lirai des histoires jusqu’à ce que leurs yeux se ferment. Je les coucherai, tous les deux dans le même lit pour qu’ils ne soient pas seuls. Je les borderai, je les bercerai jusqu’à ce que j’aie vu leurs âmes quitter leurs corps et se vaporiser dans l’air comme l’haleine en hiver. Alors, après un dernier baiser, je les laisserai à leur sommeil éternel, et j’irai rejoindre l’homme que j’aime.

Il m’attend, avec de l’alcool, de la musique et du chichon. Nous boirons, nous fumerons, nous danserons, nous rirons en nous dévorant de baisers, en nous déchirant de caresses. Il prendra mes seins dans sa bouche, fouillera ma chatte de ses doigts en tirant sur mes cheveux pour que je me cambre plus avant. Quand mes tétons auront fondu sous sa langue, et que mon con coulera comme un fleuve, il me couchera et boira à ma source, suçant, léchant, forant tous mes orifices pour que je ruisselle encore. Je ne jouirai pas ; pas encore, tandis que la Terre grondera. Je glisserai à ses pieds, heurtant du visage sa queue dressée, j’embrasserai ses cuisses, grifferai son cul, lècherai ses couilles et le pli de ses jambes, puis le bout de son gland, et sa hampe frémissante. Il prendra doucement mon visage entre ses mains, et guidera ma bouche d’avant en arrière, de plus en plus vite jusqu’à ce que l’air me manque. Il ne jouira pas ; pas encore, tandis que la maison, sur ses fondations, tremblera. Il me retournera, caressant mon dos et mon cul, donnant à mes hanches l’inclinaison qu’il préfère, écartant mes jambes pour que s’offre tout entier à sa vue mon sexe ouvert, l’origine du monde qui finit aujourd’hui. « C’est beau… » soufflera-t-il en s’enfonçant dans mes ténèbres. Je le sentirai glisser jusqu’à la garde ; son ventre contre mon cul, je sentirai vibrer les muscles de ses jambes, et ses ongles se crisper sur mes fesses. Nous ne jouirons pas ; pas encore, tandis que le sol de la chambre flanchera. Par les cheveux, il me tirera en arrière, creusant mes reins jusqu’au point de rupture. Dans mon ventre tendu, son gland trouvera sa place exacte d’où, comprimé, étreint par mon sexe battant, il ne pourra plus retenir son désir d’aller et venir. Je m’abandonnerai au mouvement, sentant monter dans l’abandon, la chaleur et la confusion de l’orgasme. Mais je ne jouirai pas ; pas encore, tandis que la poussière des gravats nous blanchira… Je veux regarder le plaisir déferler sur son visage, noyer ses yeux et secouer son corps. Basculant sur le côté d’une torsion de la taille, je le vois maintenant au-dessus de moi, dans toute la gloire de sa présence. Ses épaules larges, son torse puissant font obstacle à la lumière violente et aux bruits du monde en déroute. Tout s’efface et je n’ai plus pour horizon que son corps robuste qui même à distance m’enveloppe de sa chaleur. « C’est bon… » soufflè-je en regardant le plaisir l’envahir. Alors sans plus résister, je le laisse nous mener à l’orgasme, je m’ouvre, m’épanche, m’offrant tout entière aux convulsions de la jouissance, fondant à une vitesse vertigineuse dans un néant scintillant et hurlant à l’unisson du monde qui maintenant s’effondre et disparaît. Nous crions, mêlant nos râles à la clameur des moribonds parmi lesquels je ne distingue pas ta voix. Tu hurles pourtant, mugissant de terreur et de rage, maudissant Dieu qui n’y peut rien, et fonçant vers Hadès et son chien qui, du fond du gouffre, nous sourient de toutes leurs dents.

Dominique Giudicelli


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Dernière édition par Marc Biancarelli le Mar 4 Mar - 11:54, édité 1 fois
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Message le Dim 2 Mar - 14:20 par Francesca

APocalypse NOW ! avec Dominique, on en viendrait presque à désirer l'apocalypse! Smile
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Message le Dim 2 Mar - 17:03 par Dominique Giudicelli

Ben, tant qu'à mourir, autant mourir de sa petite mort !

Merci Francesca !
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Message le Dim 2 Mar - 18:15 par Marco B

En même temps, rien ne vous oblige toutes les deux à attendre la fin des temps.  Neutral
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Message le Dim 2 Mar - 18:17 par Marco B

OK, on se calme, je modère d'emblée la suite, c'était juste pour la placer. alien 
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Message le Dim 2 Mar - 18:52 par Francesca

je reconnais que cette réaction s'imposait presque Smile

Message  par Contenu sponsorisé


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